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HANDBOUND AT THE
UNIVERSITY OF TORONTO PRESS
COLLECTION
DE
DOCUMENTS INÉDITS
SUU L'HISTOIRE DE FRANCE
POBLlés PAR LES SOINS
DU MINISTRE DE L'INSTIIUGTION PUBLIQUE.
DEUXIEME SERIE.
Par un arrêté en date du 18 décembre i885, M. Ïamizey de Larroque, membre du Comité des travaux historiques et scientifiques, a été cbaryc de publier, dans la coHeclion des Documents inédits de l'Histoire de France, les Lettres de Peiresc aux frères Dupuy.
Par le même arrêté, M. Léopold Delisle, Président de la Section d'bistoire et de philologie du Comité, a été nommé commissaire responsable de cette publi- cation.
l/i
LETTRES DE PEIRESC
AUX FRÈRES DUPUY,
PUBLIEES
PAR
PHILIPPE TAMIZEY DE LARROQUE,
CORBESI'ONDANT DE L'INSTITDT, MEMBRE NON RK8IDANT DU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES ET SCIBKTIFIOUBS.
TOME DEUXIEME.
JANVIER 1629 — DÉCEMBRE 1633.
PARIS. IMPRIMERIE NATIONALE.
M DGCC XC.
p?,?, A4-
(€88
LETTRES DE PEIRESC
AUX FRERES DUPUY.
/
I
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
À PARIS.
Monsieur', Je ne veulx pas laisser partir la staffelte, restablie aulcunement depuis la cessation des courriers , sans avoir le bien de vous salliier, et souliaicter la bonne année où nous entrons, et vous dire que grâces A Dieu nous sommes encores en trez bonne santé en ce pais. Mais nos appréhensions ne peuvent pas cesser, quand nous apprenons que la maladie - est dans les lieux de Vigile^ et de Fraye*, fort prez de Gre- noble* où l'on ne se garde point bien. Et qui pix est nous pensions que le bas Languedoc se peusse garentir du mal, comme il avoit faict jus- ques à présent. Mais depuis peu Laudun** en a esté frappé, qui est prez de Bagnols" et le S' Esprit*, ce qui luy a faict perdre l'entrée, et
' Les notes, dans ce volume et dans le suivant, seront beaucoup moins nombreuses que dans le premier, parce (jue soit j)our les noms d'bommes et de lieux , soit pour les choses bibliographiques et philologiques , la plupart des explications ont été déjà données et qu'il suffira le plus souvent de renvoyer le lecteur au commentaire de la première partie de la Cori-espondauce de Peiresc avec les frères Dupuy.
' C'est-à-dire la |)esle.
' Vizille, chef-lieu de canton du départe- ment de l'Isère, dont il a été question dans le tome 1 , p. 660.
' Probablement la localité' appelée au- jourd'hui le Fraynès, dans la commune de Grolles-d'Isère, arrondissement de Grenoble, canton du Touvet.
' Vizille et Crolles sont h une vingtaine de kilomètres de Grenoble.
' Commune du département du Gard, arrondissement d'Uzès, canton de Roque- maure, a 3^ kilomèti-es de Nimes.
' Bagnols-sur-Cèze, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Uzès. Voir t. I, p. 6o6.
' Ponl-Saint-Espril , chef-lieu decanton de l'arrondissement d'Uzès. Voir 1. 1, p. 399.
IMrRIHKKII BltlO^lU.
2 LETTRES DE PEIRESC [1629]
à dix villages d'allentour, qui avoient eu fraischement commerce avec ceux de Laudun, bien que le mal n'ayt pas encore paru en aucun autre d'iceulx qu'à Laudun. Au comté de Venaysin le mal ne faict pas de nouveau progrez, au contraire il diminue grandement. Et ceux qui ont usé des remèdes nouvellement mis en prattique escliappent tous. Nous pensions restablir l'entrée d'Avignon, mais il y aura prou peine de s'y resouldre encores, si le mal du dit conté cesse tout à faict. Je n'ay pas eu de vos lettres plus fraisclies que de la fin d'octobre, et vous ay escript par toutes les commoditez qui se sont présentées, mesmes par la voye ordinaire de la slaffette de Lyon, ou de Belmont^ d'oij c'est que M"^ de Fetan^ datte maintenant ses lettres, et d'où il faict partir une despesche' quasi toutes les semaines une foys, ayant continué de m'escrire et de m'adresser tousjours quelque lettre de mes amys, tan- tost de M'' Gassendi tantost d'autres, que nous recevons aprez estre passées par le vinaigre. Par la dernière staffette du dit s"" de Fetan du 18 décembre, je rcceus une lettre de M"' Gassendi du 1 2""% qui ac- cusoit la réception d'une mienne du 1 i novembre que j'avois envoyée par M'' de Falaize soubs vostre enveloppe, dont j'ay esté bien aise, car j'estois en peine de ce pacquet. M' de Fetan ne m'ayant poinct accusé la réception de celles que je luy avois adressées par le dit s"" de Fa- laize. Mais j'ay esté encores plus content d'apprendre par le dit s'' Gas- sendi qu'il avoit veu entre vos mains de mes lettres encores plus fraisches. Ce qui me faict conjecturer que ce puissent estre celles que j'avois baillées au s'' Gollon du 28""' novembre. Vous en aurez depuis receu du h décembre que j'avois envoyées par la staffette dont M"" de Fetan m'accuse la réception. Et ay encore escript depuis par un cour- rier extraordinaire du païs party le 20 du mois passé. Par le retour
' Commune du d(!partement du Rhône, ' Sur M. de Fetan, voir t. I, p. 98.
canton d'Anse, arrondissement de Ville- ^ C'est-à-dire un paquet de lettres et
franche, à 17 kilomètres de Lyon. Voir p. Ix autres objets confiés à la poste. Ce sens du
une note sur Balmont. S'agit-il de deux lo- mot dépêche n'a été indiqué ni dans le Dic-
calités différentes? Le nom a-t-il été mal aowmire de Liltré , ni dans les dictionnaires
écrit, ou a-t-il été mal lu? antérieurs.
q
[1G29| AUX FRÈRES DUPUY. 3
tlucjuel je me promets d'avoir de voz nouvelles Dieu aydant. Nous n'en avons poinct icy que du passage des troupes que le Roy veult envoyer en Italie, dont les 2,000 hommes du chevalier de la Valette' ont rompu la glace '^ et commancé à brescher ' noz règlements de santé. Mais il n'y a pas moyen de desobeyr au maistre en chose si im- portante au bien de son service. On y apporte toutes les précautions que l'on peut. Vous aurez à ce coup des vers de M' Viaz* sur la prinse de la Hoclielle'', et si la despesche ne part demain, vous en aurez de M'" Hemy**. Pour des fruicts d'un pais qui ne produit rien de plus noble que des oranges aigres, ils ne seront possible pas trouvez tant mauvais. Je vouldrois bien qu'ils fussent A vostre goust et de cez mes- sieurs de vostre Académie. Four le moings tesmoigneront-ils la bonne volonté des aulbeurs comme de leurs compatrioltes. Les Flamands de Marseille ont eu roollc des chargements des despouilles que les Hollandois ont rapportées de la flotte d'Espagne, mais on n'en scait pas les particularités; ce sera une grande affaire, si elle est bien véritable. M' noslre Gouverneur'' est venu aujourd'huy de Marseille, aux fins de concerter la forme du passage des troupes du chevalier de la Valette, comme je pense. Nous verrons demain Dieu aydant ce qu'il vouldra dire. Et je finiray en vous baisant trez humblement
' Louis, chevalier de la Valette, était un enfant naturel de Jean-Louis de Nog'aret, duc d'Kpernon. Il devint, en i645, lieute- nant (jéndral de rannée navale des Vénitiens et mourut en 1 65o.
' C"est-ù-dirc ont surmonté les premières diflTicullés. Litti-é ne cite, au sujet de celte locution, qu'une phrase du duc de Saint- Simon.
' Sur le mot brescher, voir le tome i, p. 100.
' Sm- Ralthazar de Vias, voir le tome I, p. 385. •
' Voir sur ces vers le fascicule VI des Corre-ipondiiiits de Peiresc, i883, p. iiv.
' Sur Ahraham Remy, voir t. I, p. 678.
Li pièce de vers de Remy, dont une copie se trouve dans le registre XXXVFI de la collection Peiresc à la bibliothèque d'In- guimberl, est intitulée: Rupella obsessa,fii- gali Atiffli, ad tlluslrissimum cardinalem de Richelieu. Ce morceau et quelques autres {Ad liupellum. Cal. apritis i6u8; Hartii* moriens ad RupellaHO,t obsessog; Templum gloriœ e viiini.'s Riipellœ eœcitalum Ludo- vico Xlll triumphanli) sont reproduits dans le petit volume publié à Paris chez Jean Libert, iG'lS : Abrahami Remmii eloquenliœ professons et poette regii pœiimta (p. 7-.8).
' I.« duc de Guise, déjà bien souvent nommé dans le tome L
4 LETTRES DE PEIRESG [16-29]
les mains et à Monsieur du Puy vostre frère et à toute l'Académie, de- meurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc. A Aix, ce 4 janvier lôag.
Je vous envoyé un catalogue de livres m[anu]s[crit]s la pluspai-t grecs où j'estime qu'il y ayt quelque chose qui mérite de n'estre pas négligée. Un mien amy a descouvert cette cache' en un lieu, où je faics ce que je puis pour faire valloir un peu de crédit que j'y pensois avoir, et pour faire disposer le maistre des dits livres de s'en desfaire et d'y mettre un prix. Je ne scay si j'en pourray venir à bout. Cepen- dant je serois bien aise de scavoir de vous et de cez messieurs de l'Aca- démie qui y tiennent le hault bout s'ils y auront rien trouvé qui arrive jusques à leur goust, et combien ils estimeroient à peu prez que le petit recueil se peult honnestement payer.
Si l'on impiime l'ordre des courriers ordinaires qui partent de Paris toutes les semaines pour les païs estrangers et pour les provinces du royaulme, comme les années précédantes, je vous prie de m'en envoyer un exemplaire à la première commodité, par la voye ordinaire de Lyon ou de Balmont^, car il n'y aura pas de danger que cela passe par le vinaigre.
On vous adressera possible quelque lettre de change de Bordeaux de la part des gents de mon abbayie ^ auxquels ay mandé de le faire, si leur commerce est tout à faict rompu comme il semble avec Mar-
' Liltré n'a cité sous le mot cache que unenotedeM.de Cazenove (L'/ii^erwérfiaiVe
des témoignages d'écrivains postérieurs, des chercheurs et curieux du ^olansicn 888,
Molière, La Fontaine, Voltaire, Regnard, p. Bg). • J.-J. Rousseau. ' L'abbaye de Gultres. Voir la savante
' Balmont est un lieu dit coteau et montée monographie publiée par M. Ant. de Lan- de Bal mont, qui se trouve entre la gare de tenay : Peiresc abbé de Gutlres (Bordeaux, Vaise (Paris-Lyon) et le fort de Duclieré. i888, grand in-8°). Voir divers détails sur cette localité dans
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 5
seille à cause du mal île Thoulouse '. Si cela esl, je vous supplie de recevoir ces deniers aux termes apposez aux dites lettres de change, et s'il y a commodité de les faire remettre eu cette ville ou à Marseille par Messieurs Passart et Sarons, ou autre de vostre cognoissance h la meilleure condition qui se pourra, vous m'obligerez bien fort, si ce n'est que quelqu'un de cez commis de l'espargnc baillast bonne rescrip- lion sur les receptes générales, à cette lieure que l'armée vient de de ça, ou autrement, auquel cas M' le Peletier^ pourroit faire roflTice envers cez Messieurs. Il y a lieu d'y penser. Mais tousjours suis-je d'advis ([ue vous en reteniez là ce que vous jugerez à propos, pour satis- faire à mes petites commissions ordinaires de libvres. Excusez mes im- portunitez, je vous supplie.
Je vous recommande le pacquet de M' Gassendi, ensemble celuy de M' Moreau ' et la lettre du sieur Naudé ' au cas que M"" Gassendi ne fust à la ville.
Si vous voyez M"" de Vrys'', je vous prie de luy dire ou envoyer dire par un des voslres que, selon son désir. M' le General des Galères* l'a recommandé chèrement à M"" l'Archevesque de Paris ' en luy escrivant d'autre chose*.
' La pesle ravngeail alors Toulouse ef une grande partie du Ijanjjuedoc. Voir des détails sur ces ravages dans le fascicule X des Corrcspoiulaiits de Peiresc , «885, Lettres de Guillaume d'Abbalia, p. v et a 5-2 8.
' Voir t. I, p. 3oi.
' Sur le docteur René Moreau , voir t. I , p. /ii9, et surtout p. 87a.
• Sur Gabriel Naudé, voir t. 1, mêmes lettres, p. 4o5, ii^,8jli.
' Sur le peintre Adrien de Vries, voir I. I, p. 5i, 782, 734, etc.
' i'Iiilippe-Enimanuei de Gondi.
' Jean-François de Gondi.
" Bibliotlièque nationale, collection Dii- puy, vol. 717, fol. 1.
*
LETTRES DE PEIRESC [1629]
II À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT,
RUE DES POICTEVINS DERRIÈRE SAISI ANDRÉ DES ARTS CHEZ M' DE TUOO,
À PARIS.
Monsieur, J'avois esté plus de deux moys entiers sans aulcunes lettres vostres, mais par la dernière staffette de M' de Fétan j'en ay receu tout d'un coup si grand nombre que j'en suis honteux, à sçavoir du 6 novembre (soubs une enveloppe de M' le Peletier du i o décembre à M'' le pre- mier présidant d'Oppede^), du 12, 19, 21 et 28 décembre avec lettres de M-^ Gassendi du 1 9™% de M' de la Baroderie ^ du 5""^ du dernier, de Lorraine du 2 novembre, du s'' de Vris du 17°^ et une boitte de plantes du s"^ Robin ^, laquelle passa dans le vinaigre mais si heureusement, parce qu'elle estoit exactement bien adjustée et clouée, qu'aulcune humidité ne pénétra dans la boitte et les plantes se trou- vèrent trez bien conditionnées, Vray est que ce que vous aviez cotté dessus de vostre main du jour du parlement de Paris tant de la dicte boitte que pacquet de lettres empeschà que rien ne fust ouvert, et fit que l'on se contenta de tremper au vinaigre les pacquets tout clos, où il n'y eut quasi que les seules enveloppes mouillées. Je vous prie d'user de la mesme précaution à l'advenir, car les autres pacquets que l'on soubçonne venir de Lion sont tellement grillez ou bouilliz que tout Se gaste. Or il n'y a pas une de voz lettres ou je n'aye trouvé de nou- velles obligations que je vous ay lesquelles meriteroient de bien plus grands remerciements que je ne scaurois faire et des elïects de mon service que je vouldrois bien pouvoir acquitter. Mais il y faudroit des responses particulières que je ne puis vous faire présentement à mon
' Anne de Maynier, baron d'Oppède, mentionné dans le tome I. p. lio. — * Voir t. 1, p. 733. — ' Voir t. I,p. 55o.
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 7
trez grairl regret, pour avoir est6 constraint inespérémenl et hors de mon rang et ordre du tableau d'aller aujourd'huy h la garde de la porte de la ville, avec un mauvais temps, qui m'a occasionné un peu de co- lique et obligé de me jetter dans le lict d'où je vous faicts ce mot pour accuser seulement la réception de voz lettres, et vous supplier de m'ex- cuser pour cette foys si je ne faicts mieux mon debvoir, à quoy je sup- pléeray par la ])rochaine staffetle ne trouvant pas de meilleure voye, quelques bonnes qualilez que puissent avoir tous autres porteurs, comme vous pouvez voir par le temps qui s'escoula avant que vous eussiez mes lettres ])ar M'' de Falaize, qui n'a poinct encores paru de par deçà ni par consé(|uent voz lettres du 8""" que j'attends impaliam- ment puis que vous m'y renvoyez, pour la response de mes précé- dantes lettres. On nous dict icy que M"" le Maresclial d'Estrée ' est à Valance'^ puis quelques jours. Nous appréhendons fort ie passage des trouppes pour la maladie qu'on dict estre desjà dans les trouppes de Montbrison^ Tout est en la main de Dieu. Nous allons rendre l'entrée à ceux d'Avignon; le mai est cessé par tous les lieux du conté Venaissinoù il estoit foit et excepté dans Garpentras où il faict bien du ravage *. Sur quoy je finis demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Pëiresc.
Vous suppliant que la presante soit commune à Monsieur Du Puy, voslre cher frère. ,
k A Aix, ce ao janvier au soir, 1639.
Je vous recommande trez instamment le pacquet cy joinct pour Bordeaux d'où j'ay enfin eu des lettres par Marseille.
* Voir sur la peste de Carpenlras t. 1 , p. "j'ti. Dans le volume 9587 du fonds français on Ironve (pièce n" 5) une lettre écrite d'Avignon à Peiresc, le 27 avril 1639, contenant des nouvelles de Carpen- lras , où , dit-on , T la santé va s'amélioranl -.
' Sur ce- personnagfe , voir 1. 1 , p. 777.
' Le ciief-lieu actuel du département de la Drônio.
^ Aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du déparlement de la Loire, à 35 kilomètres de Saint-Klienne.
8 LETTRES DE PEIRESC [1629]
Comme aussy le pacquet de W Guiltard et ceiuy de Robbiu qui sont voisins, bien niary de donner cette courvée à voz gents, mais ii importe pour cette foys, sans conséquance '.
m
À MONSIEUR, MOÎVSIEL'R DU PUY,
ADVOCAT EN LA COL'R DE PAHLEMENT,
BDB DES POICTEVIXS PRKZ SAIM ANDRÉ DES ARTZ CHEZ M' DE THOB. À PARIS.
Monsieur, Par la dernière stalfelte qu'on fit partir d'icy il y a dix ou douze jours je vous accusois la réception de vos despesches venues par la mesme voye, tant du 6 novembre que du mois de décembre jusques au 28""° fors celle du s'' de Falaise du 8""" laquelle est depuis arrivée, aprez toutes foys voz lettres du 8 janvier pareillement veniies par staf- fette, lesquelles m'accusoienl celles tant du s' Bide que de vostre petit courrier, que j'ay enfin receiies peu à peu, trez bien conditionnées, et par conséquant le livre de M"" Rigault, et tous cez autres livrelz et lettres du dernier décembre et 2""" janvier, sans que rien de tout cela soit passé par le vinaigre. Car touz nos ordres sévères commancent maintenant à cesser puis la venue de M"^ le Mareschal d'Estrée et de tout son train , qui a voulu passer sans porter aulcune billette de santé des lieu\de son passage, non plus que Bezançon commissaire général ^, un mareschal de camp qui ne voulut dire son nom lequel couroit à six chevaulx, qui estoit possible le Mareschal DuxeP, et plusieurs autres courriers, tant du Roy, que des officiers de l'armée. Vostre petit cour-
Vol. 717, fol. 4. écrivain raconte {ihid., p. a5) qu'en avril Charles de Besançon , seigneur de Sou- lôag, à Suse, le maréchal d'Esfrées se ligné, était commis auv subsistances des ar- plaignit à Louis XIII de la conduite de Be- rnées. Bassompierre l'accuse d'avoir rempli sançon.
sa bourse aux dépens de la nourriture des ' C'était Jacques du Blé, marquis d'U-
soidats {Mémoires, t. IV, p. aSi ). Le même xelles. Voir t. I, p. 688.
^
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. .9
rier ne partit de Paris que le ai™, aussy n'arriva il que dimanche passé. Le s' Bide m'avoit envoyé de Marseille son pacquet dez le ven- drcdy au soir, sur le poinct que l'on expedioit un niessafjer à Gènes pour porter les lettres du vice lé{;at d'Avignon pour Ronnne où j'eusse peu envoyer le TertuUian s'il fut venu par le dict s' Bide, comme j'en- voyay l'inscription de M"" Rigault au cardinal ', c'est à dire celle qui estoit veniie soubs son enveloppe de luy, et non l'autre que vous m'a- viez adressée parmy ces petits livrets. Mais à quelque chose malheur sera bon, car si le TertuUian fut allé dez lors, c'eusl esté sans l'epistre liminaire que je trouve excellante, et trez digne d'estre veiie par le cardinal auparavant la préface, comme y servant de grande modifica- tion. Ce qui n'eust peu estre prest en cette conjoncture que j'estois si pressé. Maintenant nous verrons si mon relieur auroit le courage de l'insérer dans le volume de la relieure du Gascon assez proprement puisque le dict Gascon se faisoit fort d'en venir à bout. Sinon au pix aller, je ferai achever de relier l'exemplaire que j'en avois eu au com- mancement avec la dicte epistre en son lieu, et le ferai couvrir sinon de ce beau cuir marbré, au moings du vray marroquin de Levant ou du sagrin '^ de Perse , avec la plus propre doreure que mon homme ' y sçaurà faire, dont je veux croire qu'il s'acquittera aulcunementbien, si ce n'est pour la tranche, où il ne scauroit faire la couche mar- brée. Mais j'estime que cela importe moings que de laisser en ar- rière une si belle epistre et si nécessaire à voir conjoinctement avec les notes. Cependant je vous supplie de m'envoyer quelque autre exem- plaire de la mesme epistre et du petit indice que l'autheur a adjousté au bout de ses notes pour les faire insérer au livre qui me demeurera, sans qu'il soit de besoing que M"^ Rigault se mette en peine de m'en-
' Le cardinal tout court, c'est toujours Fr. Bnrberini.
' La forme saffrin reprësente-t-elle ia prononciation du mot chagrin en Provence au ivii* siècle ? Ou Peiresc tenait-il compte de l'origine orientale du mot {sagri en turc) ?
' C'est-à-dire mon serviteur et, par conséquent, Corberan, au sujet duquel je citerai cette phrase de la Vie de Pei- resc par Gassendi (liv. VI, p. 543) : irSimeoni Corberano, ingenioso glutina- tori. T)
tUrtUIKtlS tATlOIlAi».
10 LETTRES DE PEIRESC [1629]
voyer un autre exemplaire de son TertuUian pour moy, comme vous me dictes qu'il vouloit faire, estant raisonable que je me contente de l'un de ceux qu'il m'a ja adressez. Mais vous me ferez plaisir de m'en achepter une coupple d'exemplaires en blanc bien complets, pour en faire part à de mes amys de par deçà, et par la première conmio- dité pour l'Italie, j'envoyeray le livre et la lettre du dict s' Rigault au cardinal soubs l'adresse de Dom du Puy afin qu'il les presante de sa main, selon vostre désir. J'ay trouvé la lettre du dict s' Rigault pour Rome, trez belle et digne de son autlieur et de celuy à qui elle est es- critteS et crois qu'il en demeurera grandement satisfaict. Au reste ce livre avoit esté si proprement empacquetté, que quand le pacquet eust passé par la purification du vinaigre, je pense que rien ne l'auroit peu endaumager. Son inscription a esté grandement admirée icy d'un chas- cun et crois qu'elle ne le sera pas moings dans Rome; elle vint bien à poinct pour y passer, dont je lui demeure infiniment redevable, et à vous de m'en avoir procuré la communication, comme aussy de tous cez autres livrets tant de M' Grotius que autres, et des papiers et mé- moires de la Rochelle, qui ne nous ont pas esté moings nouveaux pour estre de vieille datte, car nous n'avions quasi rien apprins des curieuses remarques et particularitez qui y sont descriltes. C'est pourquoy je vous en remercie Irez humblement de tout mon cœur, ensemble de cette belle response au manifeste de Savoye^ dont on nous avoit faict • grande feste sans que nous l'eussions peu voir. Ayant encor esté bien aise d'apprendre que vous ayez veu l'Italien primitif, car j'eusse creu qu'il eust esté faict en France sans cela. Je n'ay pas encores peu voir M' Bide puis son arrivée en ce païs, mais mon frère l'a veu à Marseille, et luy a faict toutes les offres d'honesteté à luy possibles de sa part et
' Le cardinal de Richelieu. fërent et avec indication de lieu : Le mani-
' Réponse nu manifeste de M. le duc de feste de France, envoyé au duc de Savoye,
Sattoye, dédiée à Son Altesse; traduit de l'ita- sur l'état présent des affaires de France, Man-
lien, impriméàFrancfort {s.l., \&-28,ia-li°). toue et Savoye (Paris, E. Martin, 1628,
11 y eut deux autres éditions sous le même in-8°).
titre dans le format in-8° en i6q8 et i63o, ' Risposta al manifesto del serenissimo
et une autre édition encore sous un titre dif- «i«c«djSow»w( Francfort, 1628, iu-4°).
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 11
de la mienne. H doibt venir icy, où nous l'attendons en bonne dévotion pour luy lesmoigner le pouvoir que vous avez sur nous. Je Tavois veu par hasard une autre foys qu'il passa en cette ville revenant de la \\o~ chelle, m'estant moy trouvé de garde à la porte de la ville, oCi je vou- lus faire cognoissance avec luy, mais il s'excusa disant vouloir passer incognito. Il estoit avec la Miliere' qui a esté au gênerai des Galères et qui est maintenant à M' de Mantoiie, et en tout plein d'employ. Il ne m'a envoyé aulcune lettre de M' Priandi^ possible la reserve il pour sa venue, mais je ne laisray de le servir cordialement eu tout ce qui me sera possible. J'ai veu icy un M' d'Auvillier^ qui est de la suite de M"^ le Mareschal d'Estrée, qui a l'honneur d'estre cogneu de vous, et qui monstre d'estre grandement curieux. Il est un peu incommodé des jambes, et a faict, ce dict il, grand sesjour en Italie, durant l'ambas- sade et expédition militaire de M"" le Mareschal. Mais je fus estonné de ce que luy ayant moy demandé des nouvelles du dict s' Bide, il me dict qu'il ne le cognoissoit nullement et qu'il s'en enquerroit.
Quant à voz lettres et mémoires, j'ay veu le roUe qu'il vous a pieu dresser de l'employ de loo libvres dont j'ay esté aussy honteux que des précédants, jugeant cette punctualilé grandement à charge à une personne de vostre sorte, quoy que vous puisse faire dire au contraire l'excez de vostre courtoisie. Et si vous ne vous résolvez de vous abs- tenir de vous donner cette peine, vous me constraindrez de m'abstenir de vous employer en la recherche des livres et autres choses du temps, estant impossible que vous n'oublyez souvent des articles de despance à vostre préjudice, et que cette peine ne vous soit plus importune que la recherche mesmes des livres. Vous auriez subject de n'avoir pas de regret, quand vous auriez mis dans une bource à part l'argent
' J'ai vainement cherché le nom de ce personnage dans les recueils de la première moitié (lu xvn' siècle , et notamment dans les Mémoires de Bassompierre et les Histo- riettes de Tallemant des Réaux. Il ne faut évidemment pas l'identifier avec le sieur de Minière , gentilhomme de la maison du roi ,
qui figure dans le rtcueU Avenel (t. V et VII).
' Sur cet ambassadeur du duc de Man- toue, voir 1. 1, p. 779.
' Je dirai pour d'Auviiiier ce que je viens de dire pour La Miiiière : je ne trouve son nom nulle part.
12 LETTRES DE PEIRESC [1629]
qu'on vous auroit donné pour moy et que vous y puiseriez pour les fournitures me concernant tant qu'il dureroit, sans vous astraindre à l'escripture de toutes ces parties. Et vous m'osteriez l'anxiété où vous me tenez. Pour l'honneur de Dieu faictes l'ainsin dezhorsmais, je vous supplie, et ne me donnez plus de telles mortifications qui blessent en quelque façon la confiance que j'ay en vous, et desrogent grandement à la liberté de la correspondance qvie je pensois tenir avec vous, que vous me contraindriez d'interrompre, si vous ne me donnez ce conten- tement, que je vous ay si instamment requis, comme je faicts encores en toute humilité, espérant que vous ne m'en vouldrez plus esconduire. Cependant à ce que j'ay peu juger par les derniers articles de ce bor- dereau, il fault bien que vous soyez grandement en advance pour moy, ayant retenu comme vous avez faict sur mon conte, et des livres d'Elzevir, et de ceux de la foire, et de ceux mesmes de Paris, ce que vous ne debvez pas laisser si longtemps sur voz coffres. C'est pour quoy je vous supplie trez humblement d'envoyer prendre chez la dame de Lignage ce que vous jugerez à propos, estimant qu'elle ne faira pas difficulté de continuer ses fournitures sur les lettres de crédict de Mar- seille où j'escriray qu'on en r'affraischisse l'ordre. Et quand il viendra, soit par la Hollande, ou par l'Allemagne, quelque exemplaire de ce livre intitulé Marmora Arundelliana \ j'en suis si affamé, que vous m'obligerez infiniment de m'en faire avoir un , le plustost qu'il se pourra , m'estonnaiit que quelqu'un de voz libraires n'aye prins le seing d'en faire venir de ces lieux-là. Car il y a longtemps qu'on en a eu dans Rome. J'ay eu ici un exemplaire des mémoires de la royne Marguerite ^ qui est venu par Avignon sans passer par le vinaigre; j'ay admiré de voir que l'édition ayt esté non seulement advouce par un imprimeur, mais par un privilège^. C'est Mon Signor Bagny qui me l'a envoyé, qui
' C'est l'ouvrage publid par Jean Selden le Manuel du libraire (t. 111, col. i44i).
en i<î^8-} 6-2^ -.Marmara Arundeliana, sive ' L'édition faite par Anger de Moldon,
saû:a grœca incisa (in-4°). Voir sur les édi- seigneur de Granier, à Paris, chez Ch. Chap-
tions suivantes des inscriptions des marbres pelain, iCaS, petit in-8°.
de Parcs , qui avaient élé achetés par Peiresc ' Ce privilège , qui étonnait tant Peiresc ,
avant d'être achetés par le comte d'Arundel, ne reparut pas dans la réimpression qui fut
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AUX FRERES DUPUY.
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a ostc la cause que je ne l'ay pas faict passer plus oultre, ju^jeanl bien qu'il l'auroit faict luy mesmc. Je seray pourtant bien aise d'en avoir quelque autre exemplaire pour mes aniys, et le livre du Florentin que vous dictes avoir esté nouvellement imprimé là si exactement, et plustost du beau papier que du pire. Il me tarde bien aussy que nous puissions avoir cez conciles du P. Sirmond et le Solin de M' de Saul- maise ' où je me promets de trouver de rares observations.
Au reste, c'a esté un merveilleux coup de partie^ que la prinse de cette flotte des Indes occidentales ^ Ces peuples se vont rendre les raaistres de la mer en despit de la grandeur d'Espagne. Et m'estonne que cela ne constraigne l'espagnol à faire la paix en Ilalie, espérant que quelque bonne mine qu'il face quelque temps, il fauldrà enfin qu'il ployé. M' de Savoye faict tousjours continuer les travaulx de la fortification du chasleau de Nice et du fort S' Souspir.
On dict que Dom Felice* a faict une querelle d'Alleman '^ au pauvre baron d'Alemagnc, gênerai des Galères de S. A.*^, luy ayant donné un
(loniiée, la même annde, des Mémoires de la Roine Marguerite et qui , sauf celte omission , est en tout point conforme ù l'édition origi- nale.
' Rappelons que les Conciles du P. Sir- mond ( Concilia antiqua Galliœ) parurent chez Cramoisy en i Gat) (in-fol.), et ([ne le Solin de Saumaise (Plinianœ exercilnlioncs in Cnii Juin Solini Pohjhistora) parut la même annëe chez Droiiart.
* Littré, sur cette expression, ne cite que deux phrases de M"' de Sc'vigné.
' On lit dans l'A rtde vérifier 1rs dates [Chro- nologie historique de la Hollande , cdit. in-S", t.XIV,i8i9, p. 47a): trLes armateurs bol- landais , l'an 1 6a8 , firent essuyer à cette der- nière puissance [l'Espagne], à la hauteur de Cuba, en Amérique, une perte considérable par l'enlèvement de leur flotte, dont la prise fut évaluée à douze millions de florins."
* \/i Vassor {Histoire de Louis XIII, t. V, p. 687) nous apprend que ce ^Dom Félix 1 était fffils naturel de la maison de Savoye et gouverneur de Monlnieliani. Dom Félix est souvent mentionné dans le recueil Avenel (t. VI, VII, VIII). Le savant étiifeur se con- tente d'en faire rrun gentilhomme attaché h la duchesse de Savoie n.
' Littré, sous cette locution proverbiale, n'a cité que deux j)hrases de Scarron et de M"" de Sévigné.
* Nous retrouvons ce personnage dans une lettre du cardinal de Richelieu du 3i juillet i636 {Recueil Avenel, t. V, p. Sai) : trLe baron d'Alemagne est employé dans Testât de l'armée navale en qualité de chef d'esca<lre de Provence. 1 Sur Biaise , baron d'Allemagne et delà Font, et sa fille, M"" de Joucques, voir Tallcmantdes Réaux, t. VU, p. Saô.
14 LETTRES DE PEIRESC [1629]
soufflet, et l'autre ayant voulu mettre la main à l'espée, il le fit saisir et emprisonner au dit chasteau. Ce n'est rien qui n'eust esté predict à ce pauvre gentilhomme, que je tiens perdu tout à faict sans ressource quelquonque et aussy bien que le s' d'Albiny ^
Depuis avoir escript, la despesche n'estant partie on a eu advis que la nouvelle de l'emprisonnement du baron d" Allemagne n'estoit pas véritable, dont j'ay esté bien aise, car c'estpit grand daumage de la perte d'un si brave gentilhomme. Ce 5 febvrier^.
Je déplore infiniment la mésintelligence d'entre M' l'arclievesque de Thoulouze ^ et le parlement et ne doubte poinct que cela ne nuise à l'un et à l'autre ordre. Je dis à l'un et à l'autre, d'aultant que bien que M"' l'archevesque emporte l'advantage à ce coup selon la disposi- tion du temps, il y aura possible tant de peine à l'exécution entière, et tant de matière de nouvelles brouilleries, qu'on vouldroit avoir esté à recommancer. Et cela sera pour estre tiré à consequance ail- leurs, et pour rompre en divers lieux la bonne correspondance qui y pouvoit estre, laquelle semble beaucoup plus à prixser que tout autre advantage qu'on y sçauroit prétendre.
Un navire turquesque* s'est eschoiié entre les isles d'Ieres et la terre ferme, oii c'est qu'une cinquantaine de Turcs se sont saulvez comme ils ont peu. Entre lesquels plusieurs esclaves ont trouvé leur liberté, et deux Turcs l'eniez, se souvenant d'avoir esté chrestiens en leur en- fance, ont déclaré vouloir revenir à l'église et les a on mis dans le cou-
' C'est le personnage appelé d'Albigny dans les Mémoires de Bassompierre (t. I, p. 84 et a 65) et qui, après avoir été gou- verneur de la Savoie, mourut emprisonné en 1609.
' Ce paragraphe a été ajouté en marge, en regard du paragraphe commençant par les mots : (f On dit que Dom Feiice ..." , le- quel a été biffé de trois traits de plume.
' Charles de Montchal. Voir sur ce prélat le tome I , p. 888. Une intéressante étude lui
a été consacrée pr M. Léon-G. Pelissier dans le fascicule 1 de son recueil intitulé : Les amis d'Holstenius (Rome, 1886, grand in-8°. Extrait du tome VI des Mélanges d'archéologie et d'histoire, publiés par l'Ecole française de Rome).
' Montaigne a dit : les armées Turques- ques. Turc a remplacé Turquesqw dans la seconde moitié du svn' siècle, et tout le monde connaît la galère turque du Scapiii de Molière.
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 15
vont des PP. Recolez pour les instruire au christianisme. J'avois un polit livret fjue je voulois envoyer à cez pères, imprimé à Paris in-8° 167/1 chez Martin le jeune, soubs le tittre de Confusion de la secte de Mahomet, traduict par Guy le Febvre de la Boderie '. Mais je ne l'ay sceu retrouver en mon estude; si vous en rencontriez quelque exem- plaire, soit en blanc ou frippé, vous m'obligerez de m'en faire avoir un, et de me l'envoyer par la première commodité.
Quant au s"' de Vris peinctre, je vous remercie par un million de foys des caresses et bons offices que vous luy avez rendus et que vous ne cessez de luy rendre, mesmes de l'advis qu'il vous a pieu me donner que j'ay esté infiniment aise d'apprendre, non sans beaucoup de regret que le pauvre homme se laisse ainsin emporter, comme font quelques foys les poètes, en l'admiration de leurs ouvrages, et de leurs heureuses rencontres de rimes, ou autres cadances, quasi inopinées. 11 faut qu'il ayt bien change d'humeur, car il estoit merveilleusement humble en ce pais icy, et d'une conversation doulce et complaisante, quasi comme celle de M'' Rubens, au reste homme de grande probité et syncerité, et grandement timoré, de sorte que j'aurois peine à me persuader qu'il se laissast porter à des suppositions. Il m'escript qu'on avoit trouvé sa manière si approchante de celle de Antoine More, disciple de Titian, qui vivoit il y a 70 ansS qu'on avoit revocqué en double si le portraict
' Cet dcrivain naqtiil à In Boderie (Cal- vados) le (jaoût i5/ii ely mourut en iSgS. Voir sur lui et sur ses deux frères Nicolas et Antoine le livre du comte Hector de la Fer- rière-Percy : Les Lahoderie, élude sur uiie famille normande (Paris, iSSy, in-8°). Voir spécialement sur Guy une dtude de M. F. Nèvc : Guy le Fèvre de la Ihdei-ie , orienta- liste et poète, l'un des collaborateurs de ta po- lyglotte d'Anvers (186a , in-S"). Le Manuel du libraire ne mentionne pas le petit livret dont parle Peiresc, mais il n'a pas été oublié par La Croix du Maine, qui nous apprend que Topuscuie traduit de l'italien par Le
Fèvre avait ëté écrit premièrement en espa- gnol par Jean André {Bibliothèque françoise, édition de 1772, t. I, p. agS).
^ Antonio Moro, selon une note que \eHl bien me communiquer M. E. Miintz , naquit a Uli-echt vers i5i a et mourut h Anvers de 1676 h 1578. La Biographie universelle in- dique des dates bien différentes, i5'j5 pour la naissance, i5C8 pour le décès. Moro fut le peintre de Cliaries-Quint et de Philippe IL Il excella dans les portraits. Le Musée du Louvre en [wssède deux de cet habile artiste. (Voir le Catalogue de f Ecole flamande.) Moro, que Ton trouve en Italie du mois
16 LETTRES DE PEIRESC [1629]
de son frère n'esloit point de cette main là. Mais il m'allègue en tes- moings deux peintres bien galants hommes que j'ay veus icy, qui le cognoissent luy et son frère utérin qui est représenté en ce portraict. Bien veux-je croire qu'il l'a si longuement pené\ et tant à son aise, son frère luy prestant le collet 2, qu'il n'en feroit pas si aisément un pareil, et de faict il me dict que selon le payement on faict plus ou moings de travail, et que pour estre payé à la douzaine il ne seroit pas raisonable d'y apporter tant d'art et tant de soing. M'' Rubens me parle de luy en une de ses lettres ^ et me dit qu'il a veu de ses portraicts si exactement ressemblants, et de si bonne manière, qu'il le louoit gran- dement, ce qui me faict croire qu'il avoit possible veu la personne mesmes de son frère utérin qui est représentée en ce portraict; tant y a que j'en sçauray la vérité, car j'en feray escrire ces deux peinctres qu'il m'allègue. Et quand cette pièce ne seroit pas de luy, tousjours seray je bien aise d'avoir de sa main le portraict de M, Saulmaise" et quelque autre comme il m'a promis, et me contenterois bien de la bonté de la manière qu'il avoit autres foys icy, à plus forte raison s'il l'a bonifiée comme il dict. Aydez moy envers M"' de Saulmaise pour luy faire donner le temps, et prester le collet. Et s'il faict M"' Grotius , je le prieray de m'en faire une coppie, car celuy que j'ay^ ressemble si peu à mon gré que j'avois peine de le recognoistre quand je le receus.
d'avril i55o au mois de novembre i55i, ne fut pas disciple du Titien , comme l'écrit Peiresc; mais il copia d'une façon excellente pour Philippe II la Danaéde l'illustre peintre, et c'est de là sans doute, selon l'opinion de M. Miintz, que vient la qualiOcation d'élève (lu Titien.
' Sous le mot peitter pris dans ce sens qui a toujours été peu usité, Littré n'allègue aucun écrivain et se contente de donner un exemple général : Ce peintre peine beaucoup ses ouvrages.
' C'est-à-dire l'aidant. Peiresc , on le voit , emploie celte locution dans un sen» tout
contraire au sens lia bituel , lequel est celui- ci : se présenter pour lutter, être prêt à ré- sister à quelqu'un, à disputer contre lui. Voir dans le Dictionnaire de Littré trois phrases de Bussy-Rabutin , de Molière et de Destouches où prêter le collet reçoit cette dernière acception.
' Cette lettre ne nous a malheureuse- ment pas été conservée.
' Il a déjà été question du portrait de Claude de Saumaise dans le tome I,
F- 77-
' Voir au sujet du portrait de Grotius
la page citée dans la note précédente.
H
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. !7
Mais j'ay trouvé bien estrange sa prétention de faire aller M"" de la Ville aux Clercs' chez luy pour se laisser peindre, j'aymerois mieux n'avoir poinct de portraict de mes aniys que de leur pro- curer une telle importunité ou servitude, je luy en escripls mon sentiment, et que je me contenteray plus tost d'un simple premier Iraict de ressemblance que de leur imposer cette servitude. Au reste il m'escript avoir nouvelles d'Anvers qu'on y avoit recouvré pour moy un exemplaire du livre de la maison de Lynden* avec quelque portraict qu'on luy debvoit bientost envoyer et qu'il es- toit en peine de me le faire tenir; je luy mande qu'il vous remette le tout en main et que vous me ferez la faveur de prendre ce soing. Quand vous le verrez, je vous prie de l'en semondre, et de le faire retirer, attendant qu'il se puisse restablir quelque commerce sans passer par Lyon. J'attendray impatiemment cez notes de M' Hcinsius ' sur le nouveau testament *, car ce qu'il a faict sur le Nonnus avec tant de modestie m'a infiniment agréé ^. Son Ovide et son Horace ne pourront estre que trez bons*, tant soit peu qu'il y ait contribué du sien, quand ce ne seroit que le choix des meil- leures entre diverses leçons, ou la correction de l'ouvrage et netteté de l'édition.
J'ay veu le cathalogue des libvres m[anu]s[crit]s que le s'' Franc. Bravo a baillé à M"" Rigault où il y a bien des pièces curieuses et im- portantes, ce semble, mesmes le Fecundus Hermianensis dont il a fourny la coppie, mais pour mon goust de moy, qui ne puis pas tant bien me servir des meilleurs libvres, je vouldrois bien avoir veu cette
' Sur Antoine de Loménie, sieur de la ' Danielis lletnsii Aristarchng Saeer, tive
Ville-aux-Glerc8, voir t. 1, p. 56. ad Nomi in lohannem metaphrasin exercita-
'' Aiinales /rénéalogtques (le la maison de tiones (Leyde, 1697, in-8°). Lynden, pni' F. Ghiistopiie Buikens, An- ' L'Horace et VOvide attendus par Pei-
vers , 1 6a 6. resc parurent en 1 6a 9 ( Leyde , in- 1 6 ). Déjà
' Sur Daniel Heinsius, voir t. I, p. 8.34. Heinsius avait publié dans la même ville.
' L'ouvrage ne parut qu'api es la mort en 161a, une édition in-8° d'Horace qui
de Peiresc : Exercitationes sacrce ad Noviim avait été fort critiquée. Teslamentutn (Leyde, 1689, in-foi.).
f8 LETTRES DE PEIRESC [1629J
histoire ecclésiastique de Menegaldus puiscp'il a manié le Trogus, et qu'il en a vraysemblablement conservé quelques fragments autres que ce que nous en a donné le Justin.
Cez etyinologies aussy d'Orion grammaticus^ ne pourroient estre que de bon usage. Et cette histoire de Philostorgius de Photius^ en- semble cez autres pièces de l'histoire coustantinopolitaine de Briamius et de Nicephore Blemniydas^. Gomme j'escrivois la présente on m'a apporté de la poste vostre despesche du 1 5'™' soubs une enveloppe de M*" Jacquet du ^h""" passée par le vinaigre, mais Dieu mercy il n'y a rien de si gasté qu'il ne puisse bien servir. Celuy qui a accoustumé d'estre au bureau pour la santé, et qui sçait mon humeur, ne s'y est pas trouvé par malheur, car la cotte du doz de vostre pacquet de- voit empescher la puriflcation du vinaigre; on y a voit joinct au bureau de M'' de Fetan un pacquet de Lyon qui a esté cause de ce desordre. Je luy veux mander de faire mettre soubs enveloppe séparée ce qui viendra de Paris. J'ay grande appréhension que cez changements ne desgoustent M'' Jacquet, à quoy beaucoup d'honnestes gents feroient grande perte.
Voila quasi tout ce à quoy escheoit principalement responce sur toutes voz lettres, si ce n'est que je crains d'avoir oublié de vous accuser la réception de la boitte de cire d'Espagne, et de tout ce que vous aviez faict bailler au petit courrier du païs. Vous remer- ciant de rechef de tant de soing et de tant de belles curiositez et m[anu]s[cri]tes et imprimées dont nous ne vous sçaurions rendre aul- cune revanche qui vaille. Et je suis constrainct de clorre pour le
' Lexicographe grec, né à Thèbes en Egypte dans le v' siècle après J.-C. Son Etymologicum a été publié par Sturz dans le recueil des Elymologica , dont il forme le 3' volume (Leipzig, 1820, in-/i°).
^ L'extrait de ÏHisloire ecclésiastique de Philostorge (nd en Cappadoee dans le iv* siècle après J.-C.) que nous a conservé Plio- tius fut publié par J. Godefroy (Genève,
i643 , in-4°), et de nouveau, quelques an- nées plus tard, pr Henri de Valois (Paris, 1673).
' On a publié quelques pages de cet écri- vain ecclésiastique du xin' siècle ( Recueils de Raynaldi, de Léo Allatius, etc.). Plusieurs autres ouvrages de Blemmidas existent en manuscrit dans les bibliothèques de Munich, de Paris et de Rome.
[1629] AUX FRERES DUPUY. 19
présent, on continuant mes voeux pour vostre santé et contentement, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et Irez obligé serviteur, DE Peibesc. A Aix, ce 3 febvrier lôag.
Mon frère est en Arles depuis quelques jours; je l'attends à mardy procliain Dieu aydant. Il vous est trop obli{jé et à M"" vostre frère de riioiuieur de vostre souvenir comme je suis aussy et de l'espérance que vous me donnez de la participation de ces belles inscriptions antiques nouvellement recueillies par Dom Du Puy.
Celles d'Arundel debvroient bien sortir de quelque coing. Je plains infiniment le pauvre P. Goulu'. Ce bref avec la clause Dummodo recédai à vulgari schismate facuUalts est bien estrange, et s'il s'en void de coppie je la verrois bien volontiers. Je m'en vay voir M"" Bide dont je viens d'apprendre l'arrivée. M"' le mareschal d'Estrée revint devant hier au soir en cette ville et alla incontinant rendre sa visite à M. le premier présidant qui l'avoit veu à son retour d'Arles; mais il estoit passé oultre à Marseille.
J'entends qu'il se trouve là des curieux qui ont coppie de diverees pièces curieuses de la façon de fra Paolo Servita^. Mesmes une sienne version des cantiques, quelques pieux discours familiers, recueillis par de ses amys, et plusieurs epistres mesmes à des persones qualifiées de delà. S'il s'en pouvoit avoir des coppies vous m'obligeriez bien de me les faire faire par quelque coppiste.
Comme aussy de quelques petits traictz de Scaliger qu'on dict se trouver pareillement sur quelques chappitres du Daniel et du Job, si cela se trouve en main de voz amys'. On m'a dict que vous avez faict
' Voir, sur Dom Jean Goulu , le tome 1 , p. 177. Peiresc venait d'apprendre la nou- velle de la mort du gdndial des Feuillants, mort urrive'e à Paris le 5 janvier i()si<).
' Sur Fra Paolo Sarpi , voir t. I , p. 98 , 55, etc.
' Aucun de ces traités n'est signalé dans le Joseph Jusius Scaliger de Jacob Bernays
3.
20 LETTRES DE PEIRESG [1629]
bailler l'armonie céleste de feu M' Aleaulme ' au s' Hardy commissaire au Chastelet^pour la faire imprimer. J'en sçauray volontiers la vérité^
Il s'esloit veu une lettre du roy à M. de Crequy du i Janvier pour faire mettre en liberté la connestable , on dict qu'il y a eu arrest du conseil du 17™"= Janviei", pour son eslargissement formel. Vous verrez icy les arrests dudict conseil contre nous et contre Mess" des comptes. On dit qu'ils avoient esté résolus bien plus fulminants, mais que cela fut modéré. Je me conjouys avec vous de la publication des conciles du P. Sirmond, et vous ay bien de l'obligation de la reserve qu'il vous plaict me promettre d'un exemplaire en fin papier. Je vous prie d'en faire autant du Solin de M'' Saulmaise.
Je vous avois prié de me .mander si les notaires apostoliques de Paris ont aulcuns privilèges, enquerez vous en, je vous supplie, et s'il s'en trouve rien d'imprimé, faictes moi la faveur de me l'envoyer au plustost que vous pourrez *.
(BeHin, i855, in-8°), ouvrage très exact au point de vue bibliographique et où un chapitre spécial est consacré à Ja critique ecdésiasûque {Ecclesiastische Kriltk) dans les œuvres du grand philologue.
' Surle mathématicienJacques Alleaunie, voir t. I, p. 3io.
"^ Claude Hardy, fils de Sébastien Hardy, receveur des tailles au Mans, naquit dans cette ville; il fut d'abord avocat au parle- ment de Paris : il acheta bientôt une charge
de conseiller au Châtelet; il mourut le 5 avril 1678. 11 fut l'intime ami de Descartes, de Gassendi, de Huet qui l'a beaucoup loué dans ses Mémoires. Il fit imprimer en i6q5, in-i°. Les questions d'Euclide(Data Euclidis), avec les Commentaires du philosophe Marin. Voir Histoire littéraire du Maine, par B. Hau- ' réau, seconde édition , t. VI , 1 878, p. 72-76.
^ Hardy ne fit jamais imprimer ï Harmo- nie céleste.
' Vol. 717, fol. 6.
H
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AUX FRERES DUPUY.
21
IV À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT, BUE DES P0ICTEVIN8 PREZ SAINT ANDBI^ DBS AHTZ, CHEZ H' DE THOD.
À PARIS.
Monsieur, La despcsclie est demeurée quelques jours icy pour attendre quel- ques resolutions que vouloit prendre M"" le Mareschal d'Estrée avec les gents du païs, sur le passage des trouppes qui viennent du Hault Lan- guedoc et du païs suspect de maladie, lesquelles on expose en une isle de S** Marguerite, prez Lyrins', pour quelques jours de quarantaine, sans les laisser communiquer avec ceux de cette province. Comme aussy pour l'embarquement et charroy de grande quantité de bled et de munitions, qui suyvent l'armée, ce qui s'est résolu ce jourd'huy. M' Sanguin '^ qui passa en poste samedy, portoit des ordres si précis de passer en quelque façon que ce fust, soit que M"" nostre gouverneur fust présent ou non, remettant à son arbitrage de passer ou non, qu'il fut grandement surprins, et parla cathégoriquement qu'il iroit quoy qui peust arriver. Et c'estoit pour cela qu'il avoit désiré de voir M"' le Mareschal dimanche, qui s'y en alla, et en revint hier au soir ayant aujourd'huy disné chez M'' le premier présidant d'Op- pede. Et le s' Bide y est arrivé de Marseille à l'heure mesmcs qu'ils s'alloient mettre à table tout à temps pour estre de la partie. A ce soir j'ay eu l'honneur de le voir et de le sallûer de vostre part; il se lotie
' L'ile Sainte-Marguerite fait partie des îles de lidrins, vis-h-vis de Cannes (Alpes- Maritimes).
' C'était Charles Sanguin, alors gentil- homme ordinaire du roi et plus lard son maître d'hôtel (i6,3o). Il fut renvoyé de la
cour en 1 638. Voir les Mémoires de Bassom- picrre (t. IV, p. aSg). On trouve une anec- dote sur Sanguin dans Tallemant des Réaux (t. II, p. 93). Ce personnage est souvent mentionné dans le recueil Avenel (t. II, III, VII, VIll).
22 LETTRES DE PEIRESC [1629]
grandement de vous, et m'a faict de grandes recommandations de la part de M' Priandi, à qui je suis infiniment redevable de i'Iionneur de son souvenir, et de m'avoir procuré la cognoissance d'un si galant homme. M' de La Falaise s'y est trouvé en mesme temps, qui s'en va demain en Arles pour les embarquements. Un qui vint hier de Nice m'a asseuré que les fortifications y vont fort laschement, et que les soldats y sont en si petit nombre qu'il n'y en a pas 3oo d'extraordi- naire. Ce qui me faict conjecturer que M"' de Savoye pourroit bien sinon estre de la partie, au moings se tirer un peu en arrière pour laisser faire, ce qui ne seroit pas peu. Dieu luy veuille bailler cette inspiration! M'' Bide n'est pas trop esloigné de cette espérance, je le serviray de tout mon cœur en tout ce qui me sera possible. Et sur ce je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
Ce 5 febvrier au soir 1629.
J'ay aujourd'huy escript à Mess. Autin\ Poullain^ et Du Chesne ', et vous supplie de leur faire rendre mes lettres, et d'en faire demander la responce. Je prie M' Autin de me faire bailler coppie de quelques chappitres d'un registre de monnoyes qu'il a , de feu Lautier ", et vous ' supplie de luy envoyer un coppiste, pour les transcrire. J'ay des cop- pies de quattre ou cinq vieux registres des monnoyes, qui seroient possible de quelque bon usage, si j'y pou vois adjouster une coppie en-
' Voir, sur Aulin ou Aultin, 1. 1, p. 211.
^ On conserve h Carpentras, dans ie cin- quième registre des minutes des lettres de Peiresc, plusieurs lettres à M. Poullain, gê- nerai des monnaies à Paris, mais on n'y trouve pas la lettre ici annoncée et qui aurait été écrite le 5 février 1629. l^es lettres de ringuimbertine adressées à M. Poullain sont au nombre de neuf, huit de 1612, la der-
nière de 1619, toutes écrites de Paris. Voir une lettre de Poullain à Peiresc à la Biblio- thèque nationale, fonds français, vol. 95^2 , fol. 27, écrite de Paris te 28 août i6i3.
' Sur André du Cbesne, voir t. I, p. i5.
* Philippe de Lautier, d'Embrun, qui avait été général des monnaies de France dans le siècle précédent.
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. M
tiere de celuy du dit Laulhier, mais je ne sçay si ce ne seroit poinct une demandf! désagréable au dit s' Autin. Bien l'asseurerois-je que je ne l'imprinierois pas, s'il me permettoit de le faire transcrire, et que ce ne seroit (juc pour mon usage particulier, pour avoir mieux de quoy entendre le faict des monnoyes de ce Royaulme. H ne seroit pas besoing d'y faire dessigner les figures du registre parce qu'elles sont toutes imprimées en i'espreuve qu'en fit tirer M"" Aulin dont il me donna un exemplaire. Cependant s'il y avoit moyen de faire transcrire le registre qu'on appelle Entre deux aiz de la cour des monnoyes, j'en serois infiniment aise et en ferois bien volontiers la despance. Je crois qu il a esté desja coppié plusieurs foys, et qu'il se trouveroit de vos amys qui en auront la coppie, entr'autres M' le Présidant Lauzon', M"" Poullain et autres. Voyez, je vous supplie, si par quelque moyen vous le pourriez faire coppier soit sur l'original, ou sur des coppies; en un besoing, M'' de Lomenie le pourroit bien faire tirer pour l'amour de vous et de moy, s'il ne le vouloitadjouster à ses recueils luy mesmes par niesme moyen. Vous verrez une lettre de M' Holstenius^ qu'il ne fault pas publier, je luy prépare des lettres de recommandations aux consuls de Levant. 11 eu fauldroit du roy à l'ambassadeur qui fussent de bonne ancre ^.
' M. de Lauzoïi est très souvent men- tionné dans le recueil Aveiiel. Voir passim t. II , III , IV, V, VI , VII et VIII. Nous retrou- verons plusieurs fois son nom dans les let- tres suivantes. Le registre VI des niiimtes de Peiresc à la bibliotliè({uc de Cai'pentras con- tient (fol. 789) une lettre à M. le président
de Lauzon écrite d'Aiv le 6 février i633.
'' Sur Luc Holstenius, voir I. I, p. ôg, 453, etc.
" L'expression écrire de bonne encre est dans ['Histoire universelle d'Agrippa d'An- bigué. — Vol. 717, fol. 10.
24 LETTRES DE PEIRESC [1629]
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, ROE DES POICTEVINS DERRIÈRE SAINT ANDRÉ DES ABTZ, CHEZ m' DE THOU.
A PARIS.
Monsieur, Vostre lettre du 2 Janvier me fut envoyée de Marseille cez jours passez de la part de M"' Bide, et le jour mesme, mon frère De Vallavez, qui se trouvoitlors à Marseille, l'allà visiter de ma part, pour sçavoir si ce n'estoit pas luy qui s'estoit chargé d'un pacquet vostre selon l'ad- vis que vous nous en aviez faict donner par la voye de M' de Fetan, et luy offrit toute sorte de service et pour luy et pour moy. M' Bide luy dict qu'il me l'avoit envoyé et qu'il s'en debvoit incontinant venir icy où je l'avois attendu en bonne dévotion, pour luy faire mes com- pliments de vive voix, et pour luy tesmoigner combien vous pouvez sur moy et sur touls les miens. Il ne vint qu'hier fort tard, et dès que je l'ay sceu à ce matin je le suis allé trouver avant qu'aller au palais, il n'estoit pas levé et je l'eusse attendu sans que pour une affaire qu'il m'avoit envoyé recommander je suis entré en la chambre, et l'ay faict passer à son contentement. A l'issue je pensois l'aller voir, et j'ay trouvé un des siens en chemin qui me venoit faire des excuses de ce qu'il avoit esté constrainct de repartir en poste sur le passage d'un courrier du roy. Et de faict M"' le Mareschal d'Estrée qui estoit icy pour quel- ques jours, s'en rêva' demain du grand matin à Marseille, pour re- venir icy souper le mesme jour, aprez avoir conféré avec M' de Guise des ordres nouveaux qu'il a eus du Roy. Possible que le dit s' Bide re- viendra avec luy, et je rechercheray tous moyens de le servir, pour
' Ce synonyme de s'en va de nouveau a-t-il été ailleurs remarqué? Je n'en trouve pas mention dans nos dictionnaires.
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[1629]
AUX FRÈRES DUPUY.
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l'amour de vous, et de M' Guiscardi, et pour l'amour de luy. Si j'en rencontre des occasions, vous en entendrez les effects Dieu aydant. H ne m'a poinct laict rendre de lettre de M'' Priandi, mais je ne laisray pas d'agir en tout ce que je pourray, et de servir M"" Priandi si je puis de toute mon afFection, vous l'en pouvez asseurer. Au reste le Tertullian de M"' Rigault est arrivé en trez bon estât sans passer par le vinaigre. J'ay trouvé grandement belle son epistre au cardinal de Richelieu, non seulement pour les félicitations de l'Iieureux succez de la guerre de la Rochelle, qui ne se pouvoient faire de meilleure grâce que cela, mais aussy pour les interprétations qu'il y a faictes de la préface de ses observations laquelle en est bien meliorée à mon advis. C'a esté de la peine à M"" Rigault de reparler une seconde foys de ce qu'il avoitdesjasi dignement traicté. Et je recognois bien que je suis cause en partie du soing qu'il en a prins. Mais je n'en suis pas marry et crois bien qu'il en est maintenant bien aise luy-mesmes, puisque par ce moyen il contente tout le monde, et prévient tout prétexte de sinistre interprétation. Et je trouve que cez derniers éloges qu'il donne à Tertullian sont grandement advantageux pour sa mémoire, voire plus obligeants que les précédants, espérant qu'ils seront encore mieux prins d'un chascun. Son inscription pour la réduction de la Rochelle ne se peult assez extoller' à mon gré; j'envoyay au cardinal Barberin, par la dernière commodité, l'exemplaire qu'il m'en avoit envoyé luy mesmes, et si j'en eusse eu une douzaine d'exemplaires, je les eusse envoyés en bon lieu. Je vous prie de nous en faire envoyer, ensemble- de son epistre liminaire au cardinal de Richelieu, pour en faire part à noz amys.
M"' le Mareschal d'Estrée faict tout ce qu'il peult pour liaster les trouppes qui doivent passer les monts, tant pour les levées qui se iont en cette ville et en divers autres endroicts de cette province, que pour le passage de celles qui viennent du Languedoc et du Daulphiné,
' Le verbe exloller, du latin exloUere, est iadiquë comme vieux par ie Dictionnaire de Trévoux. Le mol ne figure pas dans le Dictionnaire de Richelet.
lirilMtlK NAtlOIAU.
26 LETTRES DE PEIRESC [1629]
lesquelles descendront par la rivière jus(|ues à la mer, où l'on les em- barquera sur des navires ou autres barques de mer, toutes celles du Martigues ' et autres lieux de la coste ayant esté arrestées pour cet effect; la cavallerie est desja descendue prez d'Avignon, d'où elle prend la traverse du Conté Venaissin , bien prez des lieux infectez de la maladie, pour passer par Apt'S sur le pont de Sisteron\ et de là se rendre vers Antibe \ Car en ce temps le passage des barques de la Durance seroit grandement incommode, et cependant on espargne les principales villes du coeur de la province , au cas que les trouppes laissassent du mal en passant quelque part, ce que Dieu garde. 11 est desja arrivé en Arles grande quantité de bleds et de mu- nitions pour toute l'armée, descendues par eau à travers le canal de la rivière de Saône qui passe par Lyon. Dont l'allarme est bien grosse de touts cez peupples icy, estant malaisé de croire que ceux qui estoient sur cez batteaux ayent peu s'abstenir de frequanter avec ceux de Lyon en passant*. Dieu nous veuille bien garder, nous en avons bon besoing en ce païs. Vous verrez coppie d'une lettre du Roy à M' de Grequy pour l'eslargissement de M*^ la Connestable. On dict qu'il y a eu un arrest du conseil sur le mesme subject et qu'il est arrivé un exempt à Grenoble pour l'aller eslargir et que M' de Grequy avoit voulu remettre à l'arbitrage de M'' le premier Présidant touts les différants qui pouvoient estre entr'eulx. Ge que ceux de sou conseil d'elle n'ont pas voulu accepter qu'elle ne fust actuellement remise en plaine liberté. On nous [fait] espérer bien tost le Roy à Valance*^.
' Aujourd'hui les Martigues, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Aix, à ko kilomètres de cette ville, à 38 kHoraètres de Marseille.
■ Chef-lieu d'arrondissement du départe- ment de Vaucluse,à 55 kilomèti-es d'Avignon.
' Chef-lieu d'arrondissement du départe- ment des Basses-Alpes, à /io kilomètres de Digne, au confluent de la Durance et du Buech.
' Chef-lieu de canton des Alpes-Mari- times, arrondissement de Grasse, à 2.3 kilo- mètres de Nice.
' Bassompierre , qui avait passé à Lyon le 12 février, note que la peste y restoit violente» {Mémoires, t. IV, p. 4).
" LouisXIIl était parti de Paris le i5 jan- vier (et non le i6, comme le marque ÏArt de vérifier les dates); il passa, le i4 février, à Lyon , et de là se rendit à Grenoble , d'oii
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 27
Nous n['avons] maintenant d'autres nouvelles, et je finis demeu- rant lousjours, Monsieur,
vostre trez humble et trez alTectionné serviteur, DE Peuiësc. A Aix, ce 3 febvrier 1639 '.
VI À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT, À PARIS.
Monsieur, Je vous escrivis fort amplement par la dernière staflette qui s'en alla vers vous. Celle qui arriva devant hier m'apporlà quelques lettres, mais non pas de vostre part, lesquelles ne passèrent par le vinaigre que pardessus la commune enveloppe. Les trouppes commencent à passer et faire bien des desordres, Dieu sçait ce que ce sera au passage du gros. Pourveu que nous eschappioiis de la maladie, tout le reste sera peu de chose. On dict que ceux de Casai ont faict des merveilles à une sortie, mais qu'ils sont grandement pressez^. L'exemple des Roclielois leur doibt fournir tant plus de persévérance et de patiance en leurs nécessitez. Un messager extraordinaire de Gènes vient de pas- ser qui m'a laissé afl'orce lettres de Rome, mais on ne me donne pas le
il alla, le 6 mars, hëroiquement forcer en personne les barricades du Pas de Suse. Il ne se rendit îi Valence qne plus tard. Voir Lettre du roi à M. d'Haliiicourt , sur son dé- part de la ville de Suie pour venir à Valence (07 avril). Paris, J. Martin, i6:j<), in-8°. ' Vol. 717, fol. 11. La ilate du 3 fc'vrier est très distinctement inscrite au bas de la |)résenle lettre, mais comme il est très pro-
bable que l'eiresc, qui avait déjà écrit à Dupuy une assez longue lettre ce jour- là (n° III), n'en a pas ëcril une nouvelle le même jour, nous devons considérer le chiffre 3 mis ici comme un lapsus et le rem- placer par un chiffre plus vraisemblable, tel que 6 , 7, 8 ou 9 février.
' Le siège lut levé sur la nouvelle de l'approche des Français (ao mars).
4.
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LETTRES DE PEIRESC
[1629]
loisir de les lire pour voir s'il y a rien de digne de vostre entretien ; j'ay ouvert par hazard une lettre de Dom Du Puy vostre frère. J'en ay en mesme temps ou peu auparavant receu par la voye de Grenoble de la part de M' Godefroy * qui m'a retenu le Scaliger De emendatione temporum^ et le Concile^ avec quelques autres pièces de mes précé- dants mémoires* dont je luy ay bien de l'obligation. Il se plaint un peu de ce que cez messieurs de Paris l'oublient, n'ayant poinct en- cores veu le Tertullian de M' Rigault. Et je trouve qu'il a raison. S'il y avoit moyen que vous m'en fissiez tenir deux ou trois exemplaires, vous m'obligeriez bien , car je ne m'en puis deffendre de divers en- droicts d'où il m'est demandé avec grande instance. Si vous prenez de ceux du petit papier et les faites ployer et battre médiocrement, il en pourra bien venir une coupple à la foys, et les faire mesmes rogner, pour diminuer daultant le pacquet, encore qu'ils courussent fortune dépasser par le vinaigre, patiance, il suffît de les envelopper dans un bon cartoncin (?), et y faire coller l'enveloppe pardessus, car on se contentera, au pix, de le tremper superficiellement. Et s'il y a moyen d'avoir aussy quelqu'autre exemplaire de ce panégyrique de Sillon ^, vous ne me ferez pas une petite faveur et à mes amys qui s'y attendent. Excusez may de cette importunité et de la presse qu'on me donne qui me constrainct de clore demeurant tousjours, Monsieur,
vostre trez bumble et trez obligé serviteur, DE Peiresc. A Aix, ce XI febvrier 1629.
' Sur ce Godefroy (Jacques) , qui habitait Genève pendant que son frère Théodore ha- bitait Paris, voir 1. 1, p. 55.
' Opus de emendatione temporvm : addita veterum Grœconon fragmenta selecta (Ge- nève, 1629, in-fol).
•* Probablement quelque réimpression de Vhtoria del concilio tridentino de Pietro Soave Polano (pseudonyme de Paolo Sarpi), dont
la première édition avait été donnée h Londres en 1619.
* Les mémoires des livres à acheter pour le compte du plus fervent des bibliophiles.
' Sur l'académicien Jean de Silhon , voir t. I, p. 177, 495. Voici le litre complet du panégyrique dont veut parler Peiresc : Pa- négyrique à Momeigneiir le cardinal de Riche- lieu, sur ce qui s'est passé aux derniers troubles
[1629] AUX FRERES DUPUY. 29
Depuis avoir escript j'ay leu quelqu'une des lettres de Rome, cntr'autres des vers de M' Aleandro ' qui me semblent bien gentils sur la Rochelle '^ et une relation des cérémonies dont vous aurez coppie à tout hazard en cas que ne les eussiez apprinses si particulièrement, où vous trouverez quattre vers du pape sur le mesme subject' et au- rez le dernier règlement de la santé.
Vous accepterez la bonne volonté et M' Du Pu y vostre frère que je révère comme je doibs. J'attends impatiement quelque bonne espreuve de l'epistre liminaire du Tertullian de M' Rigault et croyois bien la trouver dans la dernière despesche qui me fut apportée de vostre part.
Je vous recommande la lettre de M'' Guiltard,*.
VU \ MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS,
' RUE DES POICTEVINS DERRIEAE SAINT ANDBÉ DES ARTZ , CHEZ M' DE THOU,
À PARIS.
Monsieur, Nous avons aujourd'huy receu par la stalTette vostre pacquet du 1 3 Febvrier avec une lettre de M"" de Fetan du a a Febvrier, qui nous
de France (Paris, T. du Bray, lôag, iQ-4"). La pièce est datée du ao décembre iGaS.
' Sur Jérôme Aleandro, voir t. I, p. Go, 6i.
' La petite pièce d'Aleandro (c'est un dizain) est intitulée : LudovicoXIlI , Gallia- rum reffi Chrislinnissimo , de Rupella recopia et data Rupellensibim renia, Uieromjmus Aleantler. On la trouve h la Bibliollièijun de Carpentras dans le registre XXXVII de la Collection Peiresc, fol. 5i.
^ Les vers d'Urbain VIII sont reproduits au fol. 5 1 vei-so du registre qui vient d'être
mentionné dans la note précédente. Le pape est très gracieux pour Louis, et il rapproche de son surnom de Juste le surnom de Vic- torieux :
Fortis cum justi nomine nomen babe.
Rappelons cjue le souverain pontife avait célébré aussi en prose la prise de la Ro- chelle : Bref de N. S. pire le pape au roi, sur la prise de la Rochelle; arec la traduc- tion en/rançoi's(a8 novembre i6a8). Paris. E. Martin, iCag, in-8°. • Vol. 717, foL 14.
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LETTRES DE PEIHESC
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donne advis de son retour chez lui; il est passé par le vinaigre sur l'enveloppe, sans qu'il y ait rien eu de gasté Dieu mercy. J\ous y avons trouvé le livre de Bertius S à l'ouverture duquel je suis tombé sur la page 2 44 laquelle seule pouvoit bien mériter d'en faire la recherche '^ et quelque simplicité qui prédomine en ce pauvre bon homme, tous- jours son recueil peult servir de quelque sorte de soulagement aux curieux de voir les choses qu'il a assemblées. Je vous remercie trez humblement du soing qu'avez eu de me l'envoyer, et s'il fust arrivé deux heures plus tost, je luy eusse faict passer les monts à faulte d'autre nouveaulté. N'ayant osé envoyer par cet ordinaire d'Avignon le Tertullian de M"^ Rigault, sur la deffance que vous m'en avez faicte depuis peu, ne cez mémoires de la Royne Mai-guerite parce que j'en avois eu le premier exemplaire de la part d'une persone qui l'a, je m'asseure, faict tenir en ce pais là plus tost qu'en celui cy.
Le s' Bide nous rendit dernièrement, avec une lettre de M' Priandi de Grenoble du 17, voz deux pacquets du 9 Febvrier, oii nous trou- vasmes cez trois ou quattre pièces bien curieuses tant des dicts mé- moires et opuscules de Picherel ^ et de la vie de ce cardinal Alborno en
' Sur Pierre Bertius, voir t. I, p. 5. Le livre dont veut parler le correspondant des frères Dupuy est celui (]ue le cosmographe et historiographe du roi composa à l'occasion de la construclion de la digue par laquelle Richelieu fit fermer le port de la Rochelle : De uggeribus et pontibus hactenus ad mare exstructis digestum novum (Paris, 1629). L'ouvrage a (!té re'impriraé dans le Thésau- rus antiquitatum romanarum.
* On trouve à cette page une lettre du cardinal de Richelieu à l'auteur. Cette lettre en langue latine [Ad P. Bertium, geogra- phum et professorem regium), écrite en jan- vier 16a 9, a été réimprimée par Avenel (t. VII, p. 696).
^ Pierre Picherel est un savant du xvi' siècle que les recueils biographiques de
notre temps ont oublié. Il naquit près de la Ferté-sous-Jouarre et mourut en iSflO dans un prieuré dépendant de l'abbaye d'Es- somes. C'était un docte humaniste et aussi un hébraïsant, ce qui lui a valu une place honorable, comme dit le Dictionnaire de Morért, dans le Gatlia orientalis de P. Colo- miès. Il est même queslion de Picherel dans la Bibliothèque sacrée du P. Lelong et dans les Mémoires du président de Thou, lequel rapporte que le jour où il alla le voir, le vieillard (alors âgé de soixante-dix-neuf ans) avait étudié pendant quatorze heures. Les opuscules théologiques de Picherel, écrits en latin, furent recueillis par André Rivet, théologien de Leyde, et imprimés en cette ville (1639, in-ia).
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 31
François', que de ce wrantl edict du i5 Janvier, dont le dict s' Bide Icsmoijjna d'avoir si (jrande envie, et si grand besoin^ pour s'instruire de la l'onction de sa charge d'Intendant parmy la milice, que je le luv bailiay de bon cœur sans en voir que deux ou trois articles, et ne s'en est veu aulcun autre exemplaire jusques à ce jourd'huy que M' le Pre- mier présidant en a receu un par la staflette qu'il m'a promis me faire voir si tost qu'il l'aura parcouru, de sorte que vous nous obligerez bien de nous en envoyer un autre exemplaire, tel que vous pourrez, si n'en pouvez avoir do cette première édition. Geluy qui a envoyé à M"" le premier Présidant le sien, dict qu'il y a voit soubs la presse un livret de modifications telles que le parlement jugeoit y pouvoir escheoir, qui mériteront bien d'y estre joinctes, sf cela est vray, comme il ne seroit pas tant incompatible, puis qu'on l'a voulu imprimer avant qu'il fust vérifié selon les formes accoustumées.
J'avois auparavant eu par une précédante stalfette voz despesches du 2i, 26 et 3o janvier toutes ensemble, bien conditionnées et par consequant touts les livrets et papiers qui y estoient joincts, qui sont en tel nombre en toutes, et de si hault goust la plus part que je ne vous sçaurois exprimer les obligations que vous accumulez à toutes heures et à tous moments sur nous.
Je fus si malheureux lors de l'expédition de la dernière staffette que M'' le Mareschal d'Estrée et M'' le premier Présidant en firent anticiper le départ d'un jour et demy sans que j'en feusse adverty, de sorte que vous aurez esté longtemps sans recevoir de mes lettres, non sans un grand reproche sur moy, car elles ne vont que de i5 en i5 jours, dont l'interstice '^ est bien long et faicl on icy ce qu'on peult pour les faire remettre à une foys la semaine.
Au reste la dernière foys que je vous escrivis, qui fut le 1 2 Febvrier, je lus encorcs si malheureux, que venant de recevoir une grosse
La vertu ressuscilée ou la rie du car- nrchevêque rie Tolède, mourut le ai août
ditw.1 Albornoz; sunwmmé père de l'Eglise, 1867.
par de LcsmIo (Paris, 1609, in-S"). ' Nous avons dëjà trouvé (t. I, p. iSg)
Gil Alvarez Carillo de Albornoz, cardinal- - le mol interstice employé pour intefra/fc.
32 LETTRES DE PEIRESC [1629]
despesche de Rome je négligeai de parcourir vistement une lettre que j'y trouvay sans datte, et que j'estimay sur les premiers mots devoir estre de plus vieille datte que les autres, bien qu'en effet elle fust plus fraische de huict ou 1 5 jours. Et aprez le parlement de la staffette j'y trouvay les nouvelles de l'arrivée de M' de Thou à Raguse en bonne santé, bien qu'eschappé de deux grandes fortunes, oi!i il avoit perdu son valet et son équipage, dont je fus grandement mortifié, d'avoir manqué l'occasion de vous en faire part. Car si bien il y a eu de la perte pour luy, j'estime le gain si grand, quand on s'en lire la vie sauve, qu'il y a lieu de s'en resjouyr à bon essiant attendu que ce contentement luy demeure tousjours d'avoir veu les pais et les singularitez qu'il avoit tant désiré de voir. Vous aurez maintenant la coppie de l'article le con- cernant en cette lettre, qui est escripte à mon advis le la ou le 1 9 Janvier qui sont les jours ordinaires qu'on escript de Rome à Gènes. Je crois bien que vous en aurez eu l'advis d'ailleurs, mais à tout cas j'ay estimé de vous en debvoir faire part, quand je puis, n'ayant peu vous envoyer la lettre originale à cause d'un article concernant un ordre de recevoir quelque partie d'argent et de le faire tenir, qui a obligé de laisser la lettre à celuy qui y estoit intéressé.
Or pour responce à voz lettres, aprez mille trez humbles remercie- ments (que je suis constrainct vous réitérer et à Mons. du Puy vostre frère, tant au nom de mon frère, encores qu'il soit allé à Beaugen- tier, qu'au mien propre) de tant de belles singularitez dont il vous plaict nous faire part incessamment, et de la grande peine que vous daignez prendre à nous escrire si souvent, dont nous ne sçaurions nous revancher de nostre vie, j'ay à vous rendre conte en premier lieu de ce que vous desirez tant d'apprendre, pour raison d'Orange', pour raison de quoy l'on a faict courir icy plus d'une foys les mesmes bruicts dont vous avez ouy parler de pardela. Mais quand nous le voulusmes vérifier, nous trouvasmes que tant s'en fault que cela fust vray, qu'au contraire en ce mesme temps là, il y avoit des commissaires du Prince
' La ville d'Orange (département de Vaucluse).
[1629] AUX FRERES DUPUY. 33
d'Orange dans la ville qui faisoient je ne sçay quelles procédures, les- quels y ont longuement sesjourni'! et je ne scay s'ils n'y sont poinct encores. Bien suis-jo Irez asseuré ([ue le Gouverneur y est tousjours', et qu'il y a la mesnie direction que de coustume, et les mesines com- mandements, n'ayant poinct ouy nommer ce Latour. Et pour la religion dudict Gouverneur, je ne puis pas sçavoir s'il se lasse d'estre huguenot ou non, et s'il a envie de se faire catholique ou non, mais pour le moings il n'a point encores faict de profession publique de la religion catholique. Que je ne pense que le Roy teroit trez bien de s'en asseu- rer s'il pouvoit honorablement, je ne le sçaurois dissimuler scaichant comme je faicts avec certitude la loiblesse des prétentions de cette souveraineté, et au contraire les justes raisons qu'a le Uoy de se la maintenir, à qui que ce soit que puisse appartenir la propriété du fonds, soit au Prince d'Orange dujourd'huy^, ou à M"^ de Longue- ville^ ou autres. Et ceux qui conseillèrent au delfunt Prince Mau- rice*' de refuser l'homage par luy deub au Roy luy firent tort, et à tous ceux qui auront droict et cause de luy. Car tost ou tard, il fauldra vuider le diflcrant, et il n'est pas pour competer avec un Roy de France qui a tant de droict de son costé, et tant de moyen de s'en faire h croire , et de tirer la raison du tort que ses devantiers ont souffert si longuement, tandis qu'ils estoient divertis à autres occu- pations et pensées plus importantes. Et puis que vous dictes qu'on faict recherche des droicts du Roy, je vous supplie me mander s'il est poinct sorty de coppie de voz mains, des mémoires que je vous avois autresfoys baillez sur ce subject. Voire si Quentin en pouvoit aller transcrire chez vous une coppie sur vostre exemplaire je serois bien aise que la luy fissiez entreprendre ou à quelque autre, de qui vous
' Sur ce gouverneui', le sienr de Val- keiubourg, voir t. I, p. 3()0.
" Fmldric de Nassau.
■' Henri II d'Orlëaiis, duc de Longueville , naquit le S17 avril i5(>ii, tut gouverneur de Picardie, comme son père, se distingua u.
dans les guerres de Franche-Goratë et d'Al- lemagne , ae se distingua pas moins comme négociateur à Munster et mourut k Rouen le 1 1 mai iCti3.
* Le frère et prë<léc*sseur de Fn'tlëric de Nassau.
tiiriiiaïKic vtrioxiic.
U LETTRES DE PEIRESC [1629]
«eussiez prendre quelque confiance chez vous, car je ne serois pas bien aise qu'ils en peussent retenir et l'aire courir des coppies, s'il estoil possible. J'en ay bien encores la minute originale de ma main^ mais plus tost que prendre la peine à la chercher entre mes papiei-s je payerois volontiers la peine d'un coppiste, si vous l'avez agréable, et de me l'envoyer, s'il vous plaict, par la staffette, bien enpacquetté, à diverses foys s'il ne peut venir en une seule ^.
J'ay veu dans un mémoire de Celierier un petit livret in quarto de deux feuilles seulement intitulé lingua Samaritana; s'il s'en trouve d'autres exemplaires, je vouldrois bien en achepter trois ou quattre pour en envoyer à mes amys et qu'il vous pleut me les envoyer dans un pac- quet de lettres. Comme aussy verrois je bien volontiers dans un pacquet s'il peult venir ployé in k° seulement, le Tarich de Perse ^, pour le joindre à un discours d'Abbas le Persan, qui règne encor aujourd'huy \ si j'v trouve aulcun rapport de l'un à l'autre. Il a esté imprimé à Ve- nize et est intitulé Délie conditioni [sic) di Abbas Re di Persia di Pietro délia Valle^ 4° 1628. Avec la Généalogie derrière tirée depuis Adam en 79 degrez de père en fils*^. C'est l'autheur mesmes qui me l'a en- voyé et je ne l'ay receu que depuis hier, j'ay escript en Italie pour en avoir d'autres exemplaires. Ce gentilhomme qui estoit> venu de Perse
' Cette minute originale des Instructions concernant les droicts du Roy en sa souve- raineté d'Aurange est conservée dans le re- gistre LXXVIII de la Collection Peiresc, à Carpentras : elle y occupe les feuillets 187 à 906, lesquels avaient été enlevés de ce registre et ont été restitués à la bibliothèque d'Inguimbert à la suite de la condamnation .de Libri.
.;/';, Une copie des Instructions se trouve dans le registre LXXVIII , tout rempli de pièces relatives à la principauté d'Orange.
^ Tarich Fenaï. C'est une histoire (en langue turque) des anciens rois de Perse, depuis le règne d'Husheng jusqu'à l'époque
de la conquête arabe. Le Manuel du libraire ne cite qu'une édition de Vienne, gr. in-4°, 1784-1785.
* Schah Abbas , surnommé le Grand , ne régnait plus an moment où Peiresc écrivait ceci. Proclamé roi de Perse en i586 , il était mort en décembre 1698 et il avait eu pour successeur, trois jours après sa mort, son petit-fils Sophi II. Voir VArt de vérifier les dates, t. V, 1818, in-8°, p. 287-388; La Perse, par Louis Dubeux, i8ii. in -8°, p. 355-358.
' Sur Pierre délia Valle voir 1. 1, p. 545.
° L'ouvrage fut traduit en français par Baudouin (Paris. i63i, m-à°).
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 85
avec ie filz du s' Tanneur l'esté passé m'avoit promis coppie de quelque chose de semblable, mais il ne s'en est pas ressouvenu, il seroit bon (lo sçavoir de luy ce que c'est et tascber d'en avoir la veiie. Et s'il estoit en la mosnie volonté on luy pourroit envoyer un coppiste chez luy, pour le deschaqjer de ce soinfj ou bien chez le lilz de M' le Tanneur, qui en aura sans double aultant par devers luy.
J'avois oublié par mesfjarde de vous accuser la réception de la lettre de M' Ilubens, si vous n'en avez trouvé aulcune mention dans les miennes comme je pensois avoir faict; il ne m'escripvoit quasi que la mesme chose que ce que vous m'en touchiez de la vostre, qui fut la cause possible que je nc(]li{![eay de la vous envoyer; seulement il disoit qu'il n'y ' trouvoit aulcun curieux de faire des recueils d'antiquitez et que le Roy'^ aymoit fort la jieinture et le venoit souvent voir travailler au logement qu'il luy avoit faict donner dans le palais, où il avoit faict un sien portraict à cheval dont il estoit demeuré bien satisfaict. Et qu'il s'en venoit à ce moys de mars avec la Royne de Hongrie et faisoit estât de me venir voir en passant et mes bagatelles ^
J'ay prins grand plaisir de voir les inscripfions de Transylvanie de M' Grottius cl qui j'ay bien do l'obligation aussy bien qu'à vous de la libérale connnunicalion qu'il vous a pieu m'en faire. Il seroit fort à pro- pos qu'on en eust ainsin de tous les pays qui ont esté soubs l'empire Romain, car on y verifieroit une infinité de belles choses, pour la cognoissance des vrays noms des lieux et spécialement de leurs colonies dont les géographes nous laissent si souvent en doubte ou dont ils n'ont pas mesmes faict mention bien souvent, oultre une infinité d'autres belles choses qui s'y apjirennent de l'antiquité.
J'ay escript au cavalier Doni" suyvant ce qu'il vous plaict m'ordonner
' A Mndrid , où la lettre ici luenlionnée sucette h son père sur le trône d'Espagne
fut écrite le a dticembre iGaS. Voir la en 169 1, à l'âge de seize ans. ti'aduction de cette lettre dans Pierre-Paul ' Ce que Poiresc appelait si modestement
Ritheits, documents et lettres publiés et an- ses bagatelles, Rubens l'appelait Vabrégé de
notes par Gli. Uuelens (Bruxelles, 1877), toutes tes curiosités du monde {loc. cit.,
p. 69. p. 70).
' Philippe IV, fils de Philippe JH, avoit ' Jean-Bapliste Doni, né à Florence en
36 LETTRES DE PEIRESC [1629]
pour l'édition des inscriptions qu'il avoit recueillies ', et veux croire qu'il se laisra persuader de les lascher pour les laisser imprimer en HolJande avec l'auctarium de Gruterus'^ où l'édition s'en fera sans doubte plus commodément, plus belle, en plus beau papier et plus correcte que toute autre part, principalement si l'Elsevir s'y vouloit intéresser ^. Je pense qu'ils suivront l'ordre et la disposition que feu M"' délia Scala avoit donné au volume de Gruterus^ et sçauray volon- tiers s'ils n'entendent imprimer que l'auctarium seulement, ou bien refaire toute l'édition de Gruterus, ce que j'aymerois bien mieux, afin que ce fust en bon papier où l'on peust escrire, ce qui est impossible en celuy de cette Alemagne, qui a esté cy devant employé. J'en ay re- cueilly quelques unes de cez païs de deçà que je bailleray volontiers, mais je vouldrois bien , en aydant à la despance, si besoing est, les faire imprimer en cahier à part, comme on a faict celles d'Espagne , pour voir tout d'une veiie le rapport des unes aux aultres et servir princi- palement à la cognoissance des origines de nostre pais. Sauf à cez Mess" de remettre les mesmes soubs les chapitres de la grosse oeuvre selon la disposition de Scaliger. A leur volonté.
iSgS, mourut dans la même ville en 16/17. Il étudia le droit à Bourges sous Cujas, fut ensuite protégé par le cardinal Pr. Barbe- rini, qui le logea dans son palais et en fit son secrétaire pour les lettres latines; il de- vint aussi secrétaire du Sacré Collège , et il abandonna la ville de Bome en i6io pour aller occuper une chaire d'éloquence à Flo- rence. Voir sur J-B. Doni l'article de Gin- guené dans la Biographie universelle. Gas- sendi a mentionné les relations de Doni avec Peiresc (p. 39/1, année i6a5, et p. 3o8, année 1607).
' L'antiquaire Antoine -François Gori, prévôt de la basilique du Baptistère de Flo- rence, publia en 1781 (Florence, in-fol.) le recueil d'inscriptions que Doni avait laissé inédit ( Veierum iiiscripiionum collectio).
"' Sur Jean Gruter, voir 1. 1, p. 768.
' L'Elsevier, comme dit Peiresc , ne voulut pas s'intéresser à ce projet, car nulle publi- cation d'inscriptions anciennes ne fut faite par la célèbre imprimerie. Il fallut attendre jusqu'en 1707 pour avoir l'édition aug- mentée et améliorée tant désirée par le cor- respondant des frères Dupuy ( Amsterdam , U vol. in-fol. publiés par Georg. Grœvius).
' Inscripliones antiquœ tolius orbis Romani , auspiciis Jos. Scaligeri ac M. lelseri; ac- cedunt XXIV Scaligeri indices (q vol. in-fol., sans date et sans nom de lieu). L'opinion générale est que le lieu d'impression fut Heidelberg, mais quant à la date, les avis sont partagés : Niceron indique 1 60 1 ; le Manuel du libraire, 1602; Fabricius, i6o3, etc.
[1629] AUX FRKRES DUPUY. 37
M"" voslre frère Doni du Piiy m'escript que le dict s"" Doni avoit desja preste son consentement, et qu'il se disposoità moles envoyer, possible pour faire à la mode de son pais d'une pierre divers coups ', car quand ils ont résolu de faire quelque chose, ils y demandent par aprez l'intercession de tous ceux qui leur en pourroient sçavoir gré aupa- ravant que la conclure comme je l'ay esprouvé une infinité de foys en practiquant avec eux. A cela ne tienne qu'il ne fasse en cecy tout ce que vous desirez pour le bien public, et contentement de M' Grolius et de ccz Mess". Je luy ai escript en termes qu'il aura subject d'estre content de moy pour ce regard s'il n'attendoit plus que cela ; mais pai- ceque je cognois bien l'humeur du pais, j'estime que pour l'exécution finale de ce bon dessain , et pour l'accellerer, il fauldra que M'' Grottius et celuy qui se charge de l'intendance de cette édition l'en requièrent par quelque honneste lettre, car je pense qu'aussy tost on luy fera tomber les armes des mains ^. Il s'est rencontré que nous avions eu cy devant quelques propos par ensemble et de bouche à son passage par icy \ et par lettres, sur les didicultez qu'il auroit peine de vaincre s'il pen- soit faire imprimer cela en Italie, et il m'avoil advoiié qu'il n'y vovoit guieres de remède, et que l'on en viendroit mieux à bout de pardeça. Il eust désiré le faire à Paris, mais je luy avois faict cognoistre l'impos- sibilité de le faille là aussy grande quasi qu'en Italie, pour le peu de courage de noz libraires, de sorte qu'on a trouvé la matière bien dis- posée quand M"' vostre frère luy a parlé et que vous luy avez faict l'honneur de luy escrire de laisser faire cela en Hollande, ce que je crois qu'il désire et passionne* plus que ceux mesmes qui s'en font rechercher.
' Littré, sous le mot pierre, ne cite au sujet (le celle locution qu'une phrase de Di- flerot; rrOn a fait d'une pierre deux coups.» Il serait facile de trouver bon nombre d'au- tres exemples antérieurs.
' Métaphore à rapprocher du vers de Malherbe :
De leur inain insolente a fait tomber ic» armes.
' A l'époque (i6a5) où Doni, accompa-
gnant le légat Fr. Barberini, son maître, reçut l'hospitalité à Aix dans la maison de Peiresc.
* Littré cite , sous le mot passionner pris dans ce sens , Mascaron et le duc de Saint- Simon; il rappelle que Chiillet, dans sa Grammaire , avait déclaré que ir passionner quelque chose n'est pas un bon motn.
38 LETTRES DE PEIRESC [1629]
C'est pour quoy je ne doubte nullement qu'on n'obtienne de luy tout ce qu'on vouldra en cette conjoncture, avec un peu de compliments, comme je vous ay touché cy dessus.
Pour les livres m[anu]s[crit]s j'ay esté bien aise de voir ce qu'il vous a pieu m'escrire des sentiments de M*" Saulmaise, et en ce qui est du Pollux j'avois eu un peu de sa curiosité et en ayant escript à celuy qui m'avoit donné l'advis des dicts livres, pour le prier de vérifier parti- culièrement ce quecepouvoit estre, ensemble de quelques autres pièces dudict catalogue , il m'a faict la responce que vous trouverez cy joincte. M"^ Piigault a le goust si friand et si délicat qu'il n'estime ce semble rien l'argent parce que l'or est plus précieux, ne par consequant la chair du boeuf et du mouton, parce que celle des perdreaux et des chappons est plus exquise et plus savoureuse. Et toutefoys encores que toutes cez choses ne contestent poinct la préséance entr'elles selon l'usage de ce siècle, où elle est assez réglée, si est ce qu'on ne jette poinct l'argent pour ne garder que l'or, non plus qu'on ne jette pas le lard aux chiens pour vivre si scrupuleusement de la seule chair du gibier dont on se lasseroit plustost que du bœuf et mouton, estant bien certain que ce qui faict trouver le sucre meilleur, est la vicissitude et l'entregoust d'au- tres choses qui sont aigrettes et de différante saveur. Si touts les livres estoient d'un mesme style, pas un ne meriteroit de louange pardessus les autres, et ne sçauroit on que c'est de beaulté de femmes s'il n'y en avoit que d'esgalement belles.
Quant au Poliœnus j'en ay desja un m[anu]s[crit] assez net que j'apportay d'Italie. Si M'' Saulmaise ou aultre de vos amys s'en veulent servir, je le vous envoyeray trez volontiers, et si les livres de ce catalogue se peuvent recouvrer, ou desmembrer, je ne laisray pas eschapper celui-là, non plus que tout ce qui est de Proclus que j'avois destiné à M' Holstenius, lequel a des desseins particuliers sur cet au- theur.
J'ay bien de l'obligation à M'' l'Evesque d'Orléans» de la double fa-
' Gabriel de l'Aubespine. Voir, sur ce savant prëiat, t. I, p. 99.
[16291 AUX FRÈRES DUPL'Y. 39
veur ([ii'il m'a (laifjn»! faire des deux exemplaires de son livre ', dont j'ay desja parcouru avec plaisir celuy que vous m'avez faict tenir de sa part, et faisois estât de vous supplier do m'en retenir un exem- plaire en blanc pour le faire bien relier, ayant esté bien aise qu'il vous en ayt baillé luy mesmes un autre en si bon papier et vouldrois qu'il en eust faict de mesmes d'un exemplaire qu'il m'avoit promis de ee beau volume qu'il avoit cy devant faict imprimer^, ofi il disoit avoir faict corrijjer quelques endroicts, j)our les tenir, avec l'honneur et le respect qui leur appartient, l'un et l'autre, entre les livres curieux. Il fault im- puter à son bon naturel ce qu'il luy a pieu vous dire de mes services, car certainement je ne luy ay peu rendre aulcuns eflects qui vaillent, mais il se paye de la seule bonne volonté comme Monsieur du Puy vostre frère et vous, Monsieur, qui n'attendez pas seulement que j'apprenne une des obligations que vous acquérez sur moy un jour, que vous n'y en adjoustiez une autre dez le lendemain sans que j'ay le moyen ne l'adresse de sçavoir user d'aulcune revanche qui vaille, ne vous faire pa- roistre comme il lauldroil au moings ce qui est de ma bonne volonté. J'eusse esté bien aise de vray que Monsieur l'Archevesque de Thou- louse eust eu agréable de me despartir un exemplaire de son factum^, comme il vous a dict, pour le conserver entre les plus curieux papiers de mon estude où il y en a dont la compagnie ou le voisinage n'eussent rien desrogé au mérite de son ouvrage. Mais un de ses amys m'escript qu'il en avoit donné un exemplaire à M' le Prévost Marchier*, et seu- lement l'avoit prié de me le faire voir, ce que le dict s"' Marchier n'a pas encore faici depuis son escrire^ bien qu'il m'ayt apporté deux aul- tres livres assez grossetz venus de Paris dans ses coU'res oultre celuy de
' De l'ancienne police de l'Égline sur l'ad- ministration de l'Eucharistie. Paris, 1699. I/oiivrage fiit rëimprimé en i655 (in-ia).
' De veteribus ecclesiœ ritibus (1698, m-k°).
^ Au sujet de la lutte de Charles de Montchal contre lo parlomenl de Toulouse, la Bibliothhque historique de la France ne
signalf! du pn-lat que deux imprimés, Ip . Journal de l'Assemblée de Mantes et ses Afe- moires.
' Sur l'abbd Marchier, prévôt de la ca- liiodrale d'Aix, voir t. 1, p. (j5.
' G'est-h-dire depuis que l'archevêque de Toulouse lui avait écrit.
ZrO ■ LETTRES DE PEIRESC [1629]
Monsieur d'Orléans que vous luy aviez baillé, lequel il m'avoit envoyé de Grenoble. Et adjouste de plus celuy qui m'escript, qu'on tient le factura fort secret, et que l'autheur faict estât de le tenir en cette ré- putation. Mais si quelque bon gros moine ou quelque fratte^ bien zeellé en attrappe quelque exemplaire , nous le verrons bien tost entre les mains des colleporteurs , et encores pensera il avoir faict de quoy se faire canoinzer, en desrobant cette pièce à son autheur. Possible rae tient on pour suspect, et Dieu veuille que vous ne passiez dans la niesme cathegorie, car aulcuns m'ont imputé d'estre trop parlementaire et j'ay bien recogneu dans l'arrest qu'il vous a pieu m'envoyer, qu'on n'a pas moings affecté de nous faire le procez à nous autres de pardeça qu'à Mess" de Thoulouse, et vouldrois bien sçavoir au vray, si le cas estoit arrivé entre M' l'Archevesque de Thoulouse et M" du Parlement d'en- trer en contention de tous les chefs qu'on a voulu faire régler, mesmes pour les rangs des processions derrière le poille , parce qu'icy il y avoit eu quelque chose à redire sur cela, qui n'avoitpas neantmoings esclatté, ne paru dans le monde, l'affaire s'eslant estouffée en sa naissance amia- blement. Et puis que nous sommes sur cette matière je vous prie me mander si c'est l'usaige de pardelà, et s'il est bien vieil ou récent, que les prédicateurs preschants devant M"' vostre Archevesque adressent leur discours, non aux auditeurs, mais au dit s"" Archevesque seul, aussy bien que quand on presche devant le Roy, ou les Roynes , comme il fut practiqué l'année dernière en cette ville, sans qu'on s'en voulust formalizer, bien que ce ne fust pas bien patiemment qu'on le souffrit, ne avec tant de concurrance que de coustume de Mess" du Parlement, qui ne voulurent pas, et ne pensèrent pas estre à propos de faire de contention pour si peu de chose principalement en cette conjoncture que le desadvantage est si grand de leur costé. J'avois tousjours oublié de vous en demander vostre sentiment. On trouvoit je ne sçay quelle incompatibilité pour ce regard en la personne d'un evesque, puisque celuy qui preschoit allant monter en chaire prenoit sa mission imme-
' Fratte, frère, moine.
[1629 1 AUX FRÈRES DUPUY. ^ AI
diate de luy et sembloit aller porter la parole que l'evesque mesme» eust deiib annoncer comme souloient faire les anciens prélats et sem- bloit aussy debvoir parler plus tost do la part du dict evesque à son peuple et luy faire les ammonitions ' en tel cas requises, que de parler de son propre chef, et s'adresser au dict evesque si ce n'est par quelque j)etite dijjression convenable à sa personne et à sa qualité.
Il me reste un autre commandement dont il vous a pieu m'honorer, pour auquel satisfaire je vous envoyé un extraict de tout ce qui s'est peu trouver dans le couvent des Cordeliers de cette ville d'Aix concernant la proffession roligieuse et ecclésiastique de frère Gauchier de Volland, dont on eust bien eu de la peine de rien trouver sans la recherche qui en avoit esté desja faicte il y a deux ou trois ans à la requeste d'un gentilhomme breton qui se disoit son parent, lequel emporta un extraict pareil à celuy que je vous envoyé, dont un religieux avoit retenu coppie, que j'ay faict collationner sur l'original, signer par le grelTier du seneschal et seller du seaul de la dicte seneschaussee en deiie forme, estant bien marry qu'il ne se soit trouvé rien de plus précis. Mais les papiers de ce couvent ont esté trez mal tenus. Or il s'est rencontré en faisant faire cette perquisition que j'ay apprins que cette affaire touchoit principalement une femme encores vivante , la plus prochaine de parenté qu'eusse le dict defunct Gauchier de Volland, laquelle, si les biens dont est question estoient en ce pais, en auroit la succession entière exclu- sivement à tous les autres parents plus esloignez. Laquelle a un fds fort honneste homme et fort traictable qui est bien de mes amys, lequel est honune de party, et possible auroit moyen de faire taire tous les autres parents et prétendants de ce pais icy, et pourroit prendre la peine de s'en aller sur les lieux si on vouloit entrer en traicté avec luy. De quoy j'ay estimé voys debvoir donner advis, afin que vous en puissiez parler avec celuy pour qui vous avez demandé cette instruction. A quoy je n'adjousteray autre chose si ce n'est que pour cette succession il y a
' Peiresc ëcrit le mot admonition a peu près comme l'écrivait Olivier de Serres. De VAmoiiilion du Théâtre d'agriculture Litlrt!
a rapproché V Ammonissioti d'un écrivain du xiii' siècle, Beaumnnoir.
42 LETTRES DE PEIRESC [1629]
un procez formé et pendant à Paris, contre Monseigneur le comte de Soissons, qui s'est saisy des biens comme mouvants de son fief au païs de Maine, si je ne me trompe, à faulte d'héritiers. Présupposant comme on dict que ce Gauchier se soit depuis sa profession et ordre ecclé- siastique marié en ce pais là soubs autre nom et ayant laissé des en- fants depuis décédez sans hoirs, et sans pouvoir légitimement dis- poser de ses dits biens au préjudice des héritiers ab intestat. Si j'en puis avoir de meilleures instructions, je ne manqueray pas de les vous envoyer, et si vostre amy trouve à propos d'entrer en traicté avec celuy cy, je tascheray de le servir pour l'amour de vous en tout ce qui me sera possible et d'employer tout mon crédit de pardeça pour luy procurer toute la satisfaction que je pourray, et disposer ce mien amy à tout ce qui se pourra trouver juste et raisonable, et à toute sorte d'honneste party. J'altendray ce qu'il vous piairra m'en ordonner.
J'ay esté infiniment aise de voir le mémoire qu'il vous a pieu me communiquer de la part du s" Diodati, pour les errata de l'édition an- gioise du concde de Fra Paolo , sur quoy je feray corriger mon exemplaire. Mais je pensois que ce fussent apostilles de l'autheur qu'il eust adjoustées sur la dicte édition, de ce qu'il semble que ce ne soient que les faultes d'imprimerie, remarquées par quelqu'un qui l'aura conférée sur l'au- tographe sur lequel avoit esté faicte l'édition angloise. Car en effet j'ay apprins que le dict fra Paolo s'estoit plainct de quelque altération ou interpolation qu'on y avoit faicte contre son sens et qui faisoit je ne sçay quelle contradiction importante au fonds, qui estoit ce que j'eusse bien désiré de voir. Mais tousjours luy ay je bien de l'obligation de cecy qui rend la lecture de la pièce bien plus facile et plus agréable.
Vous me faictes grande faveur de proffîtter le temps du sesjour de Quentin pour luy faire coppier cez belles relations italiennes de M'' de Thou et du cardinal de la Cueva ^ Encores vous doibs je de nou-
' Alfonse de la Cueva, ëvêque d'Oviëdo, de quatre-vingt-ti-ois ans. Il avait été célèbre de Maiaga et de Paiestrine , devint cardinal en sous le nom de marquis de Bedmar ; anibas- 1622 et mourut en i655, le lo août, âgé sadeur de Philippe III à Venise , il fut , avec le
I
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 43
veaux remerciements du soing qu'il vous a pieu de prendre non seule- ment de me retenir des livres nouveaux curieux, mais aussy de m'en envoyer les parties ' tant de Gramoisy que Cellerier, ce qui est plus tollerable, puis qu'il vous plaict ainsin, leur en laissant tenir les conte- rolles sur leur libvre courant, que de vous donner la peine et l'im- portunité de les tenir vous mesmes, comme vous faisiez autres foys, en quoi vous m'avez infiniment obligé et m'obligerez bien davantage, s'il vous plaict vous resouldre pour l'amour de moy, quand vous recevrez de l'argent de ma part,- de le tenir en un sac à part et y en prendre à mesure que vous m'acheptercz quelque livre en dettail ou que vous payerez quelque copiste, sans vous mettre en peine d'en dresser des parties et d'en retenir mémoire, si ce n'estoit de quelque pièce dont le prix fust si extraordinaire que vous jugeassiez à propos de le faire sçavoir à l'advance.
M'" Cardon m'escript de Lyon qu'il a receu pour moy les Antigue- dades de Cadis^, mais je ne suis pas d'advis de le presser de me les faire tenir que Lyon ne soit achevé de purifier.
M"' Godefroy m'avoit pareillement appresté quelques livres que je suis bien en peine de faire venir seuremcnt, parce que nous n'avons pas encores peu restablir le commerce des marchandises avec les pro- vinces voisines de crainte qu'on y mesle de celles de Lyon. Si le Roy vient, il fauldra les faire passer comme du train de la cour. C'est pour- quoy je ne suis pas d'advis que vous m'adressiez mes livres par Lyon, car tout y demeureroit ou à l'abandon en quelque lieu des chemins. Si M"^ le Pelletier venoit et qu'il voulut faire passer ma balle comme des dépendances de ses bardes, il y auroit plus d'espérance de luy faire avoir entrée. Mais en ce cas il fauldroit prendre certificat à Paris, tant des officiers du Chastellet que de l'IIostel de ville, de l'emballement d'icelle et qu'il y fit apposer en divers lieux le scel de plomb du Roy et
ducd'Ossoiie, gouveriieurdeNaples, l'auteur dfi la conjuration de 1618. On lui attribue un traité : Squiilino délia lihcrta vciteln , qui a été traduit par Ainelot de la lloussaye.
' M(*nioires , riMes . et , comme nous disons aujourd'hui, factures.
^ Ce livre a dëjà été l'objet d'une note dans le tome I.
6.
44 LETTRES DE PEIRESC [1629]
de la ville de Paris, et qu'on priiit certificats des lieux du passage par
les chemins par où on la conduiroit, pour faire voir qu'elle n'auroit
poinct passé par Lyon, ne par les lieux infectez de la maladie qui sont
entre Vienne et Valance. Et en ce cas on pourroit espérer de la faire
passer jusques icy. Mais tout cela est bien difficile, et au dict cas la
fauldroit adresser à Valance chez M'' Paury ', ou je l'envoyerois prendre.
Il fauldrà attendre ce que le temps pourra opérer, et tousjours vous
demeureray je infiniment redevable, estant de tout mon cœur,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc. A Aix, ce a mai-s 1629.
Vous aurez les nouvelles dans la lettre de M"^ de Lomenie que je le supplie vous communiquer.
Je vous avois supplié de m'envoyer quelques exemplaires d'un petit panégyrique du sieur Naudé sur l'antiquité de l'escolle de Paris 8" chez .Tean Moreau 1628^. Je vous en supplie de rechef, et d'y en adjouster une coupple de cet autre livret du s' Coecilius Frey\ dont le filtre est Admiranda Galliarum 8° apud Franciscum Targa, en la sale du palais*. Ils pourront venir en blanc ployez et battus, dans un pacquet, pour les envoyer en Italie à des gents qui les trouveront à leur goust, vous
' Ce mol n'est pas lisiblement écrit, et la forme ici donnée est douteuse.
' De anliquitate et dignilate Scholœ medicœ parisiensis.
' Jean- Cécile Frey, médecin et poly- graphe, né à Kaiserstuhl vers 1 58o , mourut à Paris le 1" août i63i, après avoir long- temps professé la philosophie au collège Montaigu. Voir sa bibliographie dans le tome XXXIV des JWémoire* de Niceron, com- plétée dans le Morcri de 1769. Jean Bales- dens a réuni les divers opuscules de Frey en deux volumes qui parurent à Paris en 1 6tt5
et i646, in-8°. On a une lettre de Peiresc ( Minutes de Carpentras , registre III , fol. 89 1 ) écrite d'Aix le 9 mars 1629 à ^M. Frey. docteur en médecine à Paris 1. Diverses pièces de Frey relatives à la Rochelle sont mentionnées dans le catalogue de la Bi- bliothèque nationale {Histoire de France, p. 570, n° 2619; p. 675, n' 9699) : Be- bellis Rupellœ ruina (1698); Panegyris triumphaUs (1699, in-i°).
* Le titre complet est celui-ci : Admi- randa Galliarum compendio indicata (Paris, i6a8, in-12).
[1629] AUX FRKRES DUPUY. iS
suppliant d'excuser la frcquance de mes importunilez. Vous aurez des vers de M'' Rcmy sur l'accidanl de i'assablement ' de l'embouscheure du Var, qui ne sont pas à nejjligcr, ce semble^. Je seray bien aise d'ap- prendre quel ju{jeinent on en fera, et qu'il vous plaise en envoyer ua exemplaire au bon P. Vassan •\ et un au bon homme Bertius de ma part. J'oubliois de vous dire pour les oeuvres de Malerbe que je n'ay que quelques vers et alTorce lettres siennes qu'il ni'avoit demandées pour en faire choix, je les chercheray et parleray à Mad. sa femme.
J'escripts à M"' de Lomenie pour un brevet de gentilhomme de la chambre en faveur du s'' César de Nostradame*. Je vous supplie d'in- tercéder pour luy et de faire fournir ce qui sera nécessaire à M"" de la Tremoliere à qui j'en escris un mot, ou à tel autre que vous adviserez estre plus propre.
J'aurois encore de besoing à mesmes fins d'un petit office de la Vierge en grec en l'an 1620 chez Jean Hébert.
J'escripts à M"' d'Orléans et à M' le Lectier, vous suppliant de leur faire tenir mes lettres et de prendre soing de celles du s' Versoris et du s"" Frey*.
VIII À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, RDE DES POICTEVINS PREZ SAINT ANDRÉ DES ARTZ , CUEZ IM' DE THOU .
À PARIS.
Que cecy ne se divulgue poinct, je vous supplie.
Madame de Guise et M"" de Joinville son filz ne passèrent poinct à
' Pour ensablement. resc, et dont il paya gt'nëreusemenl tous les
' Cette pièce n'a pas étt! reproduite dans frais, comme nous l'apprend la phrase sui- tes Poemala dëjh souvent cilds ( Paris, 1 645). vante, voir le fascicule II des Correspondanlt
' Sur le père Vassan, voir t. I, p. qo. de Peiresc, p. 18 et suiv.
' Voir, sur César de Nostrcdanie, t. I, ' Vol. 717, fol. 1 5. p. 664. Au sujet du brevet obtenu par Pei-
1^
46 LETTRES DE PEIRESG [1629 1
Aix où l'on leur a voit préparé logis, d'aultant que M'' de Guize dict que son filz n'apporloit aulcun nouveau pouvoir, ains seulement des lettres de cachet au parlement et aux procureurs du pais pour com- mander en absance de M' son père. Or par le premier pouvoir qu'il avoit eu par lettres patentes enregistrées dez l'an 1 6 1 6 , il n'y auroit que la simple survivance, à condition de succéder à son père, et aprez la mort d'iceluy, sans autres nouvelles provisions, pouvoir commander dans la province, etc., se reservant ie Roy la réception de son serment. Or n'y est faict aulcune mention de commander en absance du père, ains seulement aprez sa mort et je pense qu'on ne luy a jamais faict prester le serment au Roy. De sorte que je pense que M' de Guise, voyant qu'il n'y avoit aulcun moyen de passer pardessus cez dilficultez, se résolut enfin d'envoyer en cour pour faire expédier un nouveau pouvoir de lieutenance en absance, avec clause pour la prestation du serment au parlement, et cependant l'entrée a esté différée, car pour aller chercher le Roy sur la frontière et puis le sceau à Paris, il y aura quelque temps. Cependant, parce que M'' de Guise vouloit que son filz coramandast effectuellement, ce qu'on ne pouvoit souffrir paisiblement, pour prévenir toute contention, il fut concerté qu'il s'abstiendroit de son costé de faire d'acte de gouverneur, et que le parlement en feroit aultant du sien, et qu'on differeroit et dissirnuleroit toutes choses de part et d'autre en attendant les commandements du Roy sur cela.
Madame de Guise a preste 6,ooo escus' à M' son mary par contract publique^ devant notaire et tesmoings avant son parlement pour l'armée. On avoit emprunté 5oo escus pour luy meubler sa maison d'elle avant son arrivée. Ces navires ont bien despendu ^, et bien peu faict de service depuis qu'on les a quittez. Enfin il les a fallu tous laisser, et aller par terre.
Les trouppes qui sont passées ont faict de grands ravages, rançon-
' Je remplace par ce mot une abrévialion ^ Despendu, c'est-à-dire dépensé. Voir au
formée de deux signes conventionnels. sujet de ces synonymes la piquante définition
Peiresc dit contract publique comme donnée par Malherbe et rapportée par Racaii
Montaigne avait dit un debvoir publique. dans la Vie de co poète.
[1629 1 AUX FRÈRES DLPUY. 47
nemeiits et violements, sans que la penderie de quelques uns ayt peu remédier au mal; leur excuse et de leurs capitaines estoit que depuis onze moys ces pauvres soldais n'avoient pas touché un sol de leurs monstres, et qu'il les falloit bien laisser indemniser comme iispouvoient. Bezançon' reprocha publiquement à M' le Mareschal d'Estrée que le Roy n'avoit poinct entendu que les trouppes traversassent la province comme elles ont faict, ains seulement un bout pour s'aller embarquer, et que le fonds estoit destiné pour ledict embarquement et traject par mer, et que cela ne s'estoit iaict que par vengeance de ce qu'on ne s'estoit voulu laisser persuader de donner de l'argent-.
' Glioilos (le Besançon , dnnt il a éié déjà question, ainsi que du maréchal d'Eslrdes, dans in lettre III du présent volume.
* Vol. 717, fol. aa. Cette lettre fut écrite le même jour que in précédente , comme nous l'apprend la mention inscrite au dos : 9 mars 1609. Signalons, dans le volume 9544 du fonds français , divers documents transcrits de la main des Dupuy et qui i'ornieiit un petit dossier tfpour estre envoyé à M' de Peiresc, conseiller. Le premier de ces docu- ments (fol. 84) est une relation des événe- ments militai resde Suse , écrite de Cliaumont, le mardi 6 mars 1699, et dont la dernière partie seulement a été conservée. Il y est ques- tion du maréchal de Schoniberg , qui n a receu une mousquetade si favorable que la halle luy ayant passé entre la chair et les costes du costc gauche l'on promet sa guarison entière dans 19 joursT», du commandant de Valençay, «qui eu a aussi receu une dans le gras de la cuisse, mais il n'a délaissé pour
cela de continuer son travail ... 1 , du comte de Sault "qui a entièrement delTait un régi- ment des erjuemis dont estoit maistre de camp Don Marc Antonio Bellon, Milanois, lecjucl eslant à cheval à sa teste s'est sauvé plus visle que le pas abandonnant ses compagnons». Le second document (fol. 84 \°) est une relation , écrite le même jour et en la même ville, de l'entrevue du prince de Piémont et du cardinal de Richelieu, et de l'enlève- ment des barricades de Suse. Deux autres documents (fol. gC) sont relatifs h l'attaque et à la capitulation de la ville de Sose. Ces derniers, exiraits de lelti-es écrites du camp de Chaumont, sont datés du 7 mars. Le nar- rateur donne, dans le dernier document, les détails que voici : irLe combat dura environ deux heures. J'y cstois et je vous asseui'e qu'il y faisoit bien chaud. Enûn M' de Savoie lascha le pied. On a pris dix drapeaux et trois capitaines prisonniers ...»
àS LETTRES DE PEIRESC [1629]
IX -
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS. Monsieur, J'ay receu vostre despesche du 20 febvrier depuis quatre ou cinq jours par la voye de la stafTette sous enveloppe de M' de Fetan du 3 mars, où je trouvay les imprimés des resjouyssances de Rome, et de l'apologie pour les juges royaulx dont je vous remercie Irez humblement, ensemble de toutes les autres belles curiositez qui y estoient joinctes, et principalement de la peine qu'il vous a pieu de prendre à nous faire si bonne part des nouvelles de pardelà. Estant bien fascbé que la cessation de noz ordinaires nous empesche de vous pouvoir rien mander en revanche de pardeça, qui ne soit si envieilly que la grâce en est perdue. Vous pourrez voir les deux petits imprimez des dernières nouvelles de la cour que nous avons eu hier et aujourd'huy, ne doubtant pas que vous n'en ayez aultant et au centuple de pardelà , aussy tost et plus tost que nous. Mais pour ne rien obmettre de ce qu'il vous plaict me commander, je ne laisray pas de vous envoyer tout ce que nous pourrons en avoir de pardeça. Ne pouvant y adjouster si ce n'est que' la relation du xu est d'un gentilhomme qui est au service de M' le Ma- reschal de Crequy, nommé Busset. M' de la Barben, qui en est reveim aujourd'huy et qui en partit le samedy malin 1 o""*, ne dict rien de plus, si ce n'est que revenant par Ambrun, il y lencontrà deux régiments qui alloient trouver le Roy et grand nombre de mulletz chargez de munitions et provisions nécessaires à l'armée; que l'on preparoit le convoy de 2,000 mulletz pour le secours de Casai, et qu'aulcuns l'avoient asseuré (sans toutefoys qu'il en fust si acertainé') que chascun
' Le Dictionnaire de Trévoux donne de ce ft vieux mot» celte définition : asseurer, certifier, et cite ce vers de Marol :
Quant au travail, bien je vous acertaine.
[16291 AUX FRÈRES DUPUY. ~ 49
des dits niullclz devoit porter une couverture de velours viollet semée de fleurs de liz d'or, pour faire que les Irouppcs qui feroient la scorte' fussent plus jaloux de les conserver, et que les ennemys eussent plus d'a])preliensioii de violer la vénération et le respect qui estoit deub à cette livrée. On dict de plus que Senetaire^ ne laissoit pas de continuer le traicté avec M'' de Savoye', et qu'il estoit arrivé le mesme jour avec certains articles corrigez, reformez en la forme qu'on disoit avoir esté auparavant demandée par le Roy, voire tous signez, mais je ne sçay s'ils seront venus aussy peu à temps, ou aussy tard que ceux que disoit l'ambassadeur d'Espagne avoir esté signez par son maistre.
Du coslé de Nice vous aurez sceu que M' de Guise avoit envoyé Le Plessis Bezançon* avec un trompeté à Dom Felice dez le 6 de ce moys, lequel avoit demandé cinq ou six jours* de terme pour advertir son maistre. Le i 2 de ce moys les trouppes commancerent à passer la rivière avec grande facilité, parceque à la faveur des sables que la mer y avoit jettez dez le commancement de febvrier, encoresque Dom Felice eust refaict un nouveau canal artificiel, on s'avisa de subdiviser l'eau de la rivière un peu plus liault, et la ranger en une vingtaine de diverses branches, qui la diminuèrent en sorte que chascun rameau ou ruisseau pouvoit estre saulté et passé commodément par les gents de pied sans se mouiller. On avoit apporté des ponts de boys et autres engins que l'on n'a pas laissé d'employer pour le passage du canon, qui debvoit bientost passer et M'' de Guise en mesme temps, lequel estoit encor à Antibes, la pluspart de son armée estant desjà campée dans la plaine et les prairies audelà de l'eau. On dict mesmes que 3o ou
' Peiresc reproduit ici l'italien scorla. La forme escorte se trouve déjà chez des écrivains anldrieurs.
' Henri de Senneterre ou Saint-Nectaire, 'marquis de In Fertd-Nabert, était alors ma- l'échal de camp. Il mourut le 4 janvier 1 (iCa , âgé de quatre-vingt-neuf ans.
■^ Sur la mission de Senneterre auprès d(i duc de Savoie, voir les Mémoires de
Bassompierre (tome IV, pages i5-a4). * Bernard de Besançon, seigneur du Plessis , s'était distingué comme ingénieur au siège de la Rochelle. Voir sur lui une note dans le Recueil Avenel [i. IV, p. i.35). Be- sançon est plusieurs fois mentionné dans les Historiettes de Tallemant des Réaux (t. I, p. i35,i36;t.II, p. 164,173,360).
IVPKlMtUI «ATIOIILI.
5» LETTRES DE PEIRESC [1629]
ko coureurs, allant recognoistre le païs, trouvèrent une embuscade de 2 00 Espagnols où il y eust un peu d'escarmouche, et quelque pri- sonnier emmené, mais nous n'en avons encores rien de certain, si ce n'est que M"" de Guise receut un pacquet du Roy, soubs l'enve- loppe duquel il en trouva un autre accompagné d'une lettre de Sa Majesté par laquelle elle luy commandoit de passer un jour certain, et aprez estre delà l'eau, ouvrir le pacquet qui y estoit joinct et non plus tost pour mettre lors à exécution les mandements de Sadicte Majesté.
La maladie du conté Venaissin est cessée partout fors Garpentras, où il y a eu encores quelque petit accez. On a restably l'entrée pour le commerce quasi par tout ledict païs, et rouvert les ports et pas- sages des rivières, de ce costé là, et commancé à souffrir qu'on ap- porte de Grenoble des balles de bardes, et livres de persones particu- lières; peu à peu il se fauldra apprivoiser. J'oubliois de vous dire que dez dimanche dernier les cinq galères de reste qui avoient esté ap- prestées, suy virent la première, et firent voile par un fort favorable temps pour aller à Antibes, et favoriser le passage des trouppes qu'il nous tarde bien de voir dans la terre ennemye, car elles ont ruiné tout le pauvre païs, estant incroyable des extorsions et rançonne- ments qu'elles y ont faict et des cruaultez exercées, pix qu'en païs de conqueste. J'oubliois encores que certaines galères de Sicile avoient abordé à Villefranche et deschargé quelque infanterie espagnole ou sicilienne d'environ i,5oo ou 2,000 hommes en fort mauvais équi- page, et qui ne sont pas en estât de faire grande résistance ciux nostres.
Pour respondre maintenant à vostre lettre , j'ay esté bien fasché du decez du pauvre M"" Poullain. Il avoit de fort curieuses recherches pour la matière des monnoyes, qui meriteroient bien de n'estre pas per- dues. Vous obligerez le public de vous en enquérir et d'en prendre un' peu de soing, aussi bien que de celles de M' Aleaume. Il avoit mesmes de fort bons libvres bien qu'en petit nombre; s'ils se vendoient, ils me- riteroient d'estre recherchez. Il avoit entr'autres ce volume in fol" des
[1629] AUX FRKRES DUPUY. 51
opuscules du P. Mariana ' qui est tant dellendu eu Espagne, oi'i est ie traiclé De Monetis^ qui le Ht tant persécuter^. Je l'achelterois bien vo- lontiers, si vous en rencontiiez jamais à vendre soit ccluylà ou autre, mes assortiments en cette matière, qui sont assez grands, estants deffec- tueux en cette pièce là, et en celle de la Grœcia Lazii'* de la vieille édi- tion en petit folio, qui est bien meilleure, à mon gré, que la dernière de Francfort en plus grande forme, mais en trez chettifve lettre *, et def- fectueuse d'une espreuve qui y estoit joincte d'un autre ouvrage de cet autheur, dont je vous r'alTraiscbiray la mémoire à tout bazard, si vous le rencontriez jamais. Si j'eusse esté adverty des voyages que sont allez faire en Allemagne les s" Diodati et Gassendi*, je les eusse priez de l'y chercher pour l'amour de moy. Cependant je vous remercie trez humblement du seing qu'il vous plaict de prendre de la transcription des deux registres des monnoyes dont je vous avois prié, tant chez M' le présidant Lusson que chez M'' Aultin, ensemble des droicts et pri- vilèges des notaires apostoliques. Quant à la lettre du consul de l'Italie, je la vous renvoyé avec mille remerciements trez humbles comme d'une
' N«U8 avons rencontré le nom du père Jean Mariana dans ie tome I (p. i3a). Le volume dont parle Peiresc est relui-ci : Trac- talus Vil lum iheofogici, tum historici, vi- delicel : I. De advenlu Beau Jacobi Apostoli in llispaniam. II. De edittone vulgata SS. Bihliorum, etc. (Cologne, 1609. in-fol. de hkU pages).
' C'est le traité qui dans le recueil de 1 G09 porte le n° IV et est intitulé : De monelœ tnu- tationc.
' Le père Mariana, accusé du ci-ime de lèse-majesté pour avoir osé affirmer que le changement opéré dans la valeur de la mon- naie est condamnable, fut misaux arrêts dans le couvent des religieux franciscains de Ma- drid : il était aloi's âgé de soixante-treize ans. Le roi d'Esj)agnc ordonna de faire acheter sans bi'uit le plus grand nombre possible
d'exemplaires des sept traités et de les livrer aux flammes.
* Voir sur Wolfgang Lazius t. I. p. a 18. Conférer une note des Lettres françaises de Joseph Scaliger (1879, p. Q70 ).
'■ Commentationum rerum Grœcarum libri duo. L'édition de Francfort , dont Peiresc se plaint, avait été précédée de deux éditions au moins, celle de Vienne (i5.58) et celle de Hanau (itioS), in-foiio l'une et l'autre. L'ouvrage de Lazius a été inséré par Grono- vius dans le tome VI du Thésaurus antiquil. Grœcar.
' Le voyage projeté ne se lit pos. Gas- sendi, ayant visité les Pays-Bas, revint à Pa- ris le 8 août 1639, après environ neuf mois d'absence. Voir Viede Gassendi, par Bougerel , lequel ajoute (p. 64 ) que ir c'est l'unique voyage qu'il ait fait hors du Royaume-.
52 LETTRES DE PEIRESC [1629]
pièce qui n'a-pas laissé de me bien consoler, encores que je ne l'aye peu Hsre sans frémir, parceque j'y ay apprins que les naufrages dont on m'avoit escript de Rome estoient antérieurs au voyage ou arrivée à Seyde, car on me les escrivoit en sorte qu'il sembloit que cela fust arrivé à son retour*, ce qui m'affligeoit grandement, attendu ce qu'on y adjous- toit de la perte de son équipage, qui me faisoit croire que toutes les curiositez qu'il pouvoit avoir ramassées en la Palestine et Œgypte fussent perdues. De ce que maintenant je suis en quelque espérance qu'il ayt saulvé non seulement sa persone, mais aussy les despouilles qu'il r'emportoit de cez païs orientaux, qui en sont plus fertiles que les contrées de Constantinople, à tout le moings, plus aiseez à recouvrer et avec moings de rançonnement.
J'aftendois à ce jourd'huy bien impatiemment le retour de l'ordinaire de Rome, pour y apprendre des nouvelles plus fraisches du progrez de sa pérégrination, mais il n'est poinct encores comparu, et fault que les troupes qui sont sur la frontière tant d'un costé que d'autre l'ayent arresté, si ce n'est qu'il n'ayt pas trouvé à Gènes les despesches de Rome, et qu'on l'y aye retardé une semaine pour les attendre comme ils font quelquefoys. Ou bien que M"" de Guise le retienne comme on dict qu'il arreste toute sorte de commerce de part et d'autre jusques à ce qu'il ayt faict esclatter son dessain , dont nous serons bientost esclaircis Dieu aydant. Si vous me pouvez envoyer par la voye de la poste un exemplaire du Tertullian de M' Rigault, pour M' le Premier Présidant, vous m'obligerez, et pour sa préface je vouldroisbienau moings en avoir exemplaire corrigé en un endroict où l'imprimeur a laissé je ne sçay quelle faulte en la douzième page, ce me semble, lorsqu'il parle de l'opinion que Tertullian pouvoit avoir conceue du Montanus. Je voul- drois bien qu'il se résolut de la laisser imprimer de rechef à son libraire puis qu'il ne double plus que M"' le Cardinal n'en soit demeuré plaine- ment satisfaict. Je n'ay poinct osé envoyer sans cela son exemplaire à M"' le cardinal Barberin et en attends tousjours sa resolution. Je me res-
' Peiresc a oublie de nommer ici François-Auguste de Thou.
I
[16291 AUX FRÈRES DUPUY. 5â
jouys que nous puissions espérer un peu plus tost que ne pensions le Solin de M'" Sauimaise, mais je suis fasché que ses notes demeurent en arrière, voire quand ce ne seroicnt que ses prolégomènes', car Dieu sçaict quand on les luy pourra arracher des mains si l'occasion de cette édition ne l'y force. Voilà quant à vostre lettre.
Il me reste à vous dire que je vous envoyé une petite relation traduite de l'anglois de Purclias* par le s' Valois', de deux petits voyages assez curieux, l'un de Jean Sanderson en Syrie, et l'autre de Henry Timberley en OEgypte*, m'asseurant que vous ne le verrez pas mal volontiers. Le dict s"' Valois avoit prins cette peine à la prière du s' Gassendi, et j'en voulus retenir coppie, avant qu'il luy en en- voyast la minutte comme il disoit vouloir faire, et comme je pensois qu'il eust faict, et que vous l'eussiez veiie par ce moyen. Mais il m'escrivit dernièrement qu'il s'attendoit que j'en envoyasse une coppie, ce que je faicts maintenant avec prière d'en faire part au dict s'' Gassendi à son retour, si ce n'est qu'il eust laissé ordre de la luy faire la part où il serà^. Il y aura icy une lettre pour luy que je vous recommande, comme chose qui luy importe h ses affaires particulières. Je vous envoyé aussy le premier libvre du Théophile de M'' Fabrot® bien au net, et en Testât qu'il peut estre plus commodément imprimé en trois colonnes, sur l'autre coppie cy devant envoyée. N'ayant osé en mettre davantage dans le pacquet pour ne le trop grossir, et pour ne laisser en arrière un petit livret des Actes du Pape Gains' venus de Rome que j'ay creu vous devoir envoyer à faulte de meilleur entretien. 11
' Littré n"a cilë sous le mot prolégomènes qu'un seul dcrivnin, Guez de Balzac [Le Barbon).
' Sur Samuel Purchos, voir le tome I, p. 85.
' Il s'agit de Jacques de Valois, lo tré- sorier de Grenoble , qui , en raison de son origine écossaise, connaissait bien la laiijjue anglaise.
* Sanderson et Tr'niborley ne figurent dans
aucun de nos recueils biographiques ou bi- bliographiques.
' À l'endroit où il sera. Litti-é n'a pas si- gnalé cette expression qui revient souvent dans les lettres de Peiresc.
' Le Théophile d'Annibal Fabrot devait paraître nruf ans plus tard (Paris, i638, in-/i').
' Saint Gains, élu le 17 décembre a 83, mourut le Qa avril agô.
5A LETTRES DE PEIRESC [1629]
y aura là assez de quoy entretenir l'in>primeur s'il y veult mettre la main selon sa promesse, en attendant que par les ordinaires ou staffettes suy- vantes, je vous puisse envoyer peu à peu les autres livres suyvants. Ce vous sera tousjours de la peine nouvelle, et nouvelle occasion de nous obliger nous mesmes en la personne du dict s'^Fabrot, que nous hono- rons et affectionnons, comme le seul qui faict un peu valloir les bonnes lettres de pardeça. Je vous recommande cette entreprinse tant que je puis, l'ayant grandement à coeur, pour le contantement de l'autheur, et pour l'honneur de nostre pauvre et stérile païs, qui doibt faire valloir le plus qu'il luy est possible les fruicts qu'il produict, quelque austé- rité qu'il y ayt, comme les septentrionaux l'ont valloir leurs citres^ et leurs biaires, à faulte de bons vins. J'oubliois que le passage de cez trouppes ont desassorty^ tous nos livres de géographie de la carthe de Provence, que j'ay esté constraint d'arracher de divers endroicts pour en accommoder les députez du païs, qui suy voient les routtes avec les ré- giments par divers endroicts. Je vous supplie de m'en faire achepter quatre ou cinq exemplaires chez le s"" Tavernier s'il est possible de les faire séparer comme je pense, et une coupple de celles du Daulphiné. Je n'ay pas encores peu expédier les inscriptions de M"^ Grottius , mais ce sera Dieu aydant par le premier, et demeureray à jamais. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, "
DE Peiresc. A Aix, ce 16 mars 1639'.
' Peiresc écrit le mot cidre comme l'écri- tionnaire de Trévoux cite sous ie même mot
vait , au xvi" siècle , La Noue dans cette phrase nu quatrain du duc de Nevere. de ses Me'jnoiVe*.- B Meilleur que les «ires de ^ Vol. 717, fol. 28. Voir à l'Appendice
Normandie.'» du présent volume, seconde partie (n" I et
' Littrë ne cite sous le mot désassorti II), deux lettres de Jacques Dupuy à Pei-
qu'une phrase de M"" de Sévigné. Le Die- resc, une du 12 mars, l'autre du 20 mars.
[1629]
AUX FRKRES DUPUY.
55
[sa fis adhessk.]
Monsieur, Despuis vostre dernière despesche du 1 6"* j'en ay receu deux des vostres du 97 febvrier et 2 mars, soubs une enveloppe de M' de Fetan du dimanche xi"", lequel ra'escript avoir retenu par devers luy un livre assez grosset^ qu'il dict reserver pour me le l'aire tenir par le prochain ordinaire. Je pense que ce soit le Tertullian de petit papier dont vous faictes mention, que nous pourrons avoir environ dimanche prochain ou lundy, car de Lyon icy par la staffette les des- pesches qui en partent le dimanche demeurent tousjours 8 ou 10 jours par les chemins, s'il ne se rencontre quelque extraordinaire qui les chasse. Mais si le Roy vient en Languedoc comme on dict, ces lettres viendront un peu plus viste. Car on ne songe nullement de restablir les ordinaires courriers, puis que M"' de Fetan s'est retiré dans Lyon, que le commerce ne soit absolument restably avec la ville de Lyon, ce que je ne pense pas estre iaisable de nostre costé, que les grandes challeurs ne soient venues, pour descouvrir si la maladie n'y regrillera poinct. Ceux de la santé de Lyon avoient faict requérir le restablisse- mentdu dict commerce et pour justification de leur bonne santé avoient envoyé un estât des malades, avec certification qu'il n'y niouroit plus de la maladie que deux persones par jour, ce qui renouvella bien les allarmes de tout le monde icy, auquel un seul accez est cappable de donner l'espouvante toute entière. On avoit relasché un peu de la ri- gueur du vinaigre, estimant que le bureau de M' de Fetan fust hors de Lyon au lieu de Balmont d'où, il faisoit datter ses lettres et brevects. Et parloit on de souffrir que les courriers ordinaires peussent aller d'icy à Vienne, et possible au dict Balmont dans quelque temps. Mais cette retraicte de M' de Fetan a gasté tout le mystère, et destruict tout
' Le mot grosset a été trouvé par Ijtlrë dans le floman de la Rose, dans Ambroise Paré et dans les Mémoires de Saint-Simon ; c'est, du reste, un mot d'origine provençale.
56 LETTRES DE PEIRESC [1629]
ce que nous avions advancé pour le regard, et a-t'on desjà renouvelié beaucoup plus de rigueur que de coustunie, tesmoing les bulles de Montmajour de M"" de Brèves que j'ay receues par la dernière staffette, dont l'enveloppe passa parle vinaigre chauffé, et peu s'en fallut qu'elles ne fussent endauniagées, mais Dieu mercy on y arriva à temps, pour empescher qu'on n'y exerçast plus de rigueur. La grosseur du volume qu'elles monstroient avoir, fit demeurer en arrière vostre livre du Ter- tullian, comme je pense. On nous veult faire à croire que le Roy s'en revient par cette province en Languedoc, dans 3 semaines; si cela est, il fauldrà faire effort pour le restablissement de noz ordinaires de Lyon, et tascher de les faire arrester à Vienne, et qu'on leur envove ' là les despesches de Lyon, pour faire cesser les ombrages qu'on a icy de la ville de Lyon; si le mal qui estoit en Valance et Vienne est cessé, nous en viendrons plus facilement à bout.
J'ay receu dans vostre despesche les exemplaires que vous y avez mis tant de l'inscription de M"^ Rigault que de la préface, dont je vous rends grâces trez humbles, et ne manqueray pas d'en faire insérer un dans l'exemplaire destiné à M" le Cardinal , s'il se peult faire propre- ment, sinon j'y employeray le mien que j'avois tousjours tenu en laisse' pour cet effect, et puis le feray tenir parla première commodité. Entr'autres coppies de la dicte préface la première que je maniay me mit en grande allarme, car je la trouvay chastrée de tout ce qui alloit à ' la deffence du Tertullien, et craignois que toutes les autres fussent de mesmes, et qu'il eust prins fantaisie à l'autheur d'en retrancher cette partie là, qui me sembloit trez nécessaire. Mais je fus tout consolé, quand j'eus vérifié que les aultres estoient aussy entières que la pre- mière que j'avois veue, et prins conjecture que la chastrée estoit celle qui avoit esté véritablement faicte pour celuy à qui elle est adressée, et que le surplus avoit esté arraché de la lettre qui pouvoit avoir esté préparée pour Rome, afin de l'insérer en ce lieu là, où elle fict trez bien; tant est que j'en suis gra;idement satisfait et content, et grande-
^ C'est-à-dire réserver, comme le chasseur tient en laisse des chiens dont il se servira jilus tard. -- ,
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 57
ment obligé à la courtoisie de M' Rigault, auquel si je ne pouvois escrire cette foys icy, je vous supplie de luy faire mes excuses trez humbles at- tendant de m'en acquitter mieux par l'ordinaire prochain, auquel temps je verray si par mesme moyen je luy pourrois faire tenir quelques lettres de recommandation pour les juges de Dijon, sinon de moy, qui n'y ay pas de grandes habitudes, au nioings de quelqu'un de mes amys.
Il m'escript que M"' Autin mettroit entre les mains de nostre coppiste le registre de Lautier pour en transcrire ce que je luy avois demandé, qui n'estoit ([ue certains feuillets des monnoyes du temps de S' Louys, et s'd ne luy estoit inconunode, toutes celles qui estoient audessus de Philippe le Bel, en remontant jusques à Philippe Auguste, en quoy ils m'ont bien obligé l'un et l'aultre, et je tascheray de leur en rendre toute la revanche qu'il me sera possible.
Je ne luy en avois pas demandé davantage, parce que le registre entre deux aiz qui commence au dict Philippe le Bel pouvoit suppléer le surplus en quelque façon. Mais c'est la vérité que s'il se trouve de coppiste à prix honneste qui eust le courage d'entreprendre la coppie entière de tout le dict registre de M' Aultin, et que luy ne l'eust pas désagréable, je ferois de bon coeur la despance, et ne ferois pas pour cela moings volontiers aussy celle de tout le registre entre deux aiz. Et pensois vous en avoir escript à peu prez en ce sens là, mais je vois bien à ce que vous m'en revocquez en doubte, que je ne m'estois pas bien donné à entendre.
Cependant je vous suis bien redevable du soing que vous avez daigné prendre de l'un et de l'aultre, comme aussy de la recherche des livres de la secte Mahomelane et de ceux d'Estienne, qu'il vous a pieu me retenir, en quoy je ne puis assez loiier vostre desbonnaireté en mon endroict, et la curiosité du choix que je trouve bien délicat et cappable de tenter de ceux mesmes qui pourroient estre moings curieux que moy. C'est pour quoy je seray bien aise qu'il vous plaise me les retenir tout à faict, non que plusieurs d'iceulx ne se trouvent parniy les miens. Mais ce que vous dictes qu'ils sont tous en blanc et fort nets, m'en a mis la salive en bouche, afin de les pouvoir faire miculx relier que ne
■HPItlitltlE FATID'-Alt.
S8 LETTRES DE PEIRESC [1629]
sont ceux quej'avoispar devers moy de plus longue main, dont quelque aniy sera bien aise de s'accommoder. Je n'en retrancheray que ce nou- veau Testament grec i BGg que j'ai desjà double ou tripple, au lieu du quel je vous prie de prendre la petite bible hebraïcque in 16, si le prix en est modéré, pour la donner à un de mes amys qui a ce goust là, qui la sçait quasi toute par coeur, lequel en a une encores en moindre forme (je pense que c'.est le au) en plusieurs volumes, qu'il a con- tinuellement dans ses pochettes, que je vouldrois bien luyrenouveller, car elle est fort sallie et engraissée. Mais j'ay oublié la datte. Ce Mys- tagogus Cresolii > sera tousjours bon à avoir, puisque vous le trouvez bon , voire en fin papier, si le prix n'en est pas excessif.
Le sieur de Gastines m'escript de Marseille qu'il avoit renouvelle le crédit à la dame de Lignage pour 600 l[i]b[vres] selon qu'il vous plairra d'en ordonner, et envoyer prendre chez elle pour mon compte. Je n'y regrette que la peine que ce vous est.
Nostre ordinaire de Rome n'est poinct encores passé de ce jourd'huy, nomplus que le vendredy de la semaine passée, et craignons qu'il ne soit retenu, avec toutes ses despesches, où je courrois fortune de perdre quelque petite anticaille qu'on y debvoit bazarder. Mais ce qui me le faict attendre plus impatiemment est d'apprendre des nouvelles de M' de Thou. On m'escript de Marseille qu'à son exemple le filz de M' Mangot ^ qui estoit à Rome s'est résolu au voyage du Levant et s'en va par Constantinople.
' Ludovici Cresollii Annorici e Societate Jesu Mystagogus de sacrorum hominum disci- plina, etc. (Pari», Sébastien Cramoisy, 1629, in-fol.). Ce recueil, dont on peut voir Je litre complet dans la Bibliothèque des pères de Backer et Sommervogel (t. I, col. ii64), reparut à Paris, i638,en 9 vo- lumes in-li". Le père Louis Crésol, né en i568 dans le diocèse de Tréguier, mourut en i634.
^ Claude Mangot, seigneur de Villarceau , Dreville , Oi-gèrea et Villeran , fut tour à tour
maître des requêtes, procureur général en la chambre de justice, ambassadeur en Suisse, premier président du parlement de Bordeaux , secrétaire d'État , garde des sceaux, etc. Si Ton connaît bien Claude Mangot, on connaît très peu le fils dont il est ici question. D'après la généalogie donnée dans le Moréri, Claude eut de sa femrae Marguerite Le Beau, quatre fils et quatre filles. Je ne sais lequel des quatre fils (Claude, Anne, Jacques, Malhurin) fut le voyageur en Orient.
11629] AUX FRÈRES DUPUY. 59
J'ay esté bien inarry de l'incontinance du sieur du Moustier ' ; l'ap- prelionsion que j'en avois eu à l'advance m'avoit induict à luy escrire, pensant que pour l'amour de moy il fist quelque violance à son mau- vais naturel, mais il ne fault pas trouver estrange que la nature ayl vaincu, nomplus qu'envers l'aultre que vous me nommez. Si le sieur de Vris peult faire quelque autre pièce esgalement elabourée sur per- sone vivante, il fauldra bien qu'envie se taise. Quoy qu'il en puisse estre, tousjours en faict il assez pour avoir de quoy me contenter en mon par- ticulier, et pour mériter qu'on en face cas, et qu'on ne le tienne pa.s dans le commun. Je suis bien aise ([u'il ayt si bien rencontré au por- Iraict que vous dictes de M' nostre jadis archevesque'^et vouldrois qu'il en eust aultant faict de celuy de M'' de Saulmaise. Il fauldrà avoir pa- tiance, pour attendre sa commodité, ce ne sera jamais trop tard pour- veu qu'on ayt les pièces qu'il a j)romises.
La lettre de M' le Cardinal au Roy^ sur son reffus des abbayes de
M'' de Vendosme *, est généreuse et digne d'une grande loiiange à
' Monseigneur, en cette conjoncture principalement, qu'il n'a pas trop
de revenu pour les fraiz extraordinaires qu'il est quasi constraint de
faire ^.
Je vouldrois bien que le Iraicté de M"" de Rohan dont on vous a parlé fust véritable et bien conclu, pour esviter le passage des trouppes de l'armée, qui ont eu commandement de repasser dans cette province pour aller au siège de Nismes et Usez qu'on dict debvoir estre faicts en mesnie temps, car ce pauvre païs estoit quasi riiiné de leur allée, et s'en va
' Le célèbre peintre Daniel du Monstier.
' C'était Alphonse de Richelieu, devenu en 1 6a8 , d'archevêqae d'Aix , archevêque de Lyon.
'' Cette lettre du cardinal Armand de Richelieu à Louis XllI (i3 février 1629) est dans le lonielIldur(;cMCiY^t;e»e/(p. a3o- a3a).
' Les abbayes de Marraoutier et de Saint- Lucien-de-Beauvais , les deux lueilleiu-es des
quatre que possédait le grand prieur, mort prisonnier au château de Vincennes, le 8 fé- vrier précédent.
' D'a[)rès les Mémoires de Richelieu , beau- coup eurent pour la générosité de ses senti- ments la même admiration que Peiresc exprime ici; «Ce refus, dit Richelieu, fut très bien pris de Sa Majesté et loué de toute la Cour, où semblables actions ne sont pas vues d'ortlinaire. »
8.
60 LETTRES DE PEIRESC [1629]
estre désolé tout à faict à leur retour. Les gents du pais ont député mon frère de ce costé la malgré luy, pour voir s'il s'en pourra faire em- barquer une partie et il s'y en est allé par un trez mauvais temps de pluye.
La consolation que nous pouvons espérer en ce mal quasi inesvitable gist en l'espérance et au bien que l'on nous promet que nous verrons icy le Roy dans peu de jours, et par mesme moyen quelques uns de nos amys qui suyvront à la file, entr'autres M'' le Pelletier et M"' de la Hoguette, puis que vous nous asseurez leur despart, dont je tressaillis de joye, en m'imaginant desja de les gouverner un peu céans et d'y faire des voeux pour vostre santé et de toute l'Académie en cette bonne compagnie là.
J'oubliay la semaine passée de voir si mon homme n'avoit rien laissé sur ma table en fesant l'enveloppe de vostre pacquet, et quand la staf- fette fut partie je trouvay qu'il n'y avoit rien mis de cez petites relations de la cour dont je vous parlois. Vous m'en excuserez, s'il vous plaict, comme de chose où vous ne pouviez pas aussy rien apprendre qui vous fust nouveau, et sur ce, aprez vous avoir conjuré de me conserver l'honneur de voz bonnes grâces, je finiray demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Pëiresc. A Aix, ce vendredy au soir aS mars 1629 '.
XI À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PARIS.
Monsieur, Depuis avoir envoyé mon pacquet à la poste, estant au palais, on m'y a faict appeller par un huyssier pour me rendre un pacquet do
' Vol. 717, fol. 97.
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 61
M' de Tliou; aussy tost j'ay envoyé requérir mon pacquet. à la poste, et conjurer le postillon qui debvoit porter la stalTette de différer en- core un quart d'heure, pour joindre ce pacquet au mien et cependant j'ay prins la plume pour me conjouyr avec vous de l'heureux succez de ses perefj'rinations jusques à ce poinct là qu'il n'attendoit plus que le bon vent pour s'embarquer et s'en revenir dcpardeça, comme j'ay veu au bas de sa lettre en la parcourant laquelle je ne laisray pas de vous envoyer, afin de ne vous pas faire attendre d'y voir les particula- ritez qu'il m'escript, auxquelles il ne se sera possible pas amusé dans les vostres. Seulement vous supplieray-je de ne pas faire sçavoir ce qu'il m'escript concernant la ncjjociation d'Algers qui pourroit ruiner ce pauvre Sançon ' tandis qu'il est encore engagé de pardelà. Mais qu'il soit de retour et qu'il ayt achevé de ramener tous les esclaves, il n'y aura pas de danger d'en dire chascun librement sa rastellée^, sans ap- préhension de nuire à la liberté et à l'interestde tant de pauvres gents. Encor un coup je vous félicite de cez bonnes nouvelles, estant de toute mon affection , Monsieur,
vostre Irez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc. A Aix, ce dernier mars 1699.
Si le pacquet d'Alexandrie fust arrivé quelqu'heure plus tost, j'eusse peu faire part de cette bonne nouvelle à Rome, où. les amys de M"" de Thou eussent esté grandement consolez.
Vous prendrez plaisir de voir, je m'asseure, la lettre de M' Holste- nius. Il n'est pas si desgousté que M' Rigault, et monstre bien plus
' Sur Sanson Napollon , voir t. 1 , p. 3 1 8. Depuis que ladite page a élé iniprimëe, M. Léon Bourguès a iiistW. dans six livrai- sons de la Revue de Marseille et de Provence (mai-juin 188G à mai-juin 1887) une ex- cellente dtude biographique sur cet ami et correspondant de Peii'esc.
' Peiresc emploie quelquefois celte ex- pression figurée que le Dictionmire de Tré- votuc signale dans Saint-Amant et au sujet de laquelle Liltrë cite , outre divers auteurs du XV* et du xvi' siècle, Scarron et J.-B. Rousseau.
62 LETTRES DE PEIRESC [1629]
d'ardeur aux M[anu]s[crit]8 Grecs dont je vous avois envoyé l'indice, mais j'ay grande peur qu'ils ne m'eschappent; j'y faicts ce que je puis pour en venir à bout.
Tandis que j'estois au palais, mon homme avoit entreprins la coppie du catalogue des opuscules m[anu]s[crit]s de Cardan "que je venois de recevoir; il s'en va faict, et j'espère le pouvoir encores mettre dans le pacquet. Il en fauldra envoyer aultant à M"' Deodati.
Nous ferons demain chanter un Te Deum à l'église métropolitaine pour les heureux succez des armes du Roy en Italie, sans feu de joye, selon les mandements de Sa Majesté K Je vous prie de trouver bon que je prie icy M"' vostre frère d'essayer s'il pourroit avoir quelques exem- plaires des vers de M'' Sirmond^ sur la Rochelle', car j'ay perdu le mien qui m'a esté retenu et en vouldrois bien garder un dans mon recueil et en envoyer delà les monts. Quand on luy en iroit demander pour moy, il est assez galant homme pour en donner s'il ne s'en trouve plus à vendre \
' Défaite du duc de Savoie au pas de Suze Deum , chanté solennellement en l'église métro-
(6 mars); conclusion de la paix avec le politaine {ao mars). Aix, par E. David,
vaincu (it mars); levée du siège de Casai iCisg.in-S".
(i8 mars). On conserve à la Bibliothèque ' Voir, sur Jean Sirmoud, 1. 1, p. 282.
nationale (LL" 2782) : Lettres du roi à sa ' Rupclla capta, seu defeliciLudovici XIII
cour de parlement de Provence, sur l'Iieu- ad perduelles tiwreticos expeditione , auctore
rettx progrés de ses armes en Italie, où les JoanneSirtnondo,hisloriographo7-egio{faris,
Espagnols ont été contraints de laisser ravi- 1629, in-/i°).
tailler Cazal, et d'ôter le siège, dont ladite " Vol. 717, fol. 29. cour a fait rendre grâces à Dieu par un Te
[1629]
AUX FRÈRES DUPUY.
63
XII À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT RUE DES POICTEVINS PREZ DE SAIffT ANDHI^ DES IRTZ , CHEZ H' DE THOO,
A PARIS.
Monsieur, Je vous escrivis fort à la haste par la dernière stafTelle, laquelle partit par un si mauvais temps de pluye, que je ne sçay si elle aura peu arriver au temps accoustumé. J'avois destiné cette matinée à vous entretenir, mais un présidant de la cour m'est venu surprendre, et m'a de vive force enlevé et faicl perdre le meilleur du temps, mais je vous envoyé tout ce que nous avons eu du costé de nostre armée, et de Constantinople, qui est tout ce dont je vous pourrois entretenir. Le sieur Guez de Marseille" y adjouste que M"" du Thou luy escript du 2 5 febvrier, d'Alexandrie, qu'il estoit prest à s'embarquer sur le navire du cappitaine Roubau ^ qui n'attendoit que le temps propre pour prendre la routte de Malte, pour de là s'en revenir par l'Italie et par ce païs icy, qui nous sera un grand heur. Il me mande que M' Man- got ' estant à Venise eust une bien favorable rencontre pour son pas- sage en Constantinople avec le sieur Gedoin sur les galleres de la republique qu'elle a baillées au dict sieur Gedoin jusques à Cataro * ou Corfu^.
' Jean Guez iiit un des correspondaaU de Peiresc. On conserve à Garpentras plu- sieurs des lettres que ce dernier lui adressa (Minutes, registres III, IV, VI) et une lettre écrite de MarseiUe, le 17 mai i63/i, par Guez h Peiresc, en lui envoyant la relation des dernière troubles de Constantinople (registre VIII).
' Voir deux lettres de Peiresc au capitaine Roubau, du aô juillet 1619 et du 1" août
de la même ann(5e (Minutes, registre VI).
' Je n'ai trouvé qu'une seule lettre écrite par PeirescTàMiingotiùParisiIe 93 février iGi3 (Minutes, registre IV).
* Cattaro est une ville de la Dalmatie, chef-lieu de district, h 70 kilomètres de Rai'use. au fond du golfe appelé Bouches de Cattaro.
' C'est Corfou, une des plus grandes des îles Ioniennes (royaume de Grèce).
6a LETTRES DE PEIRESC [1629]
Je vous renvoyé avec mille remerciements la lettre de Valkenbourg ' que j'ay veiie bien volontiers aussy bien que les autres curiositez que vous y aviez daigné joindre, bien honteux de n'avoir de quoy user de revanche. Les vers de M' Borbonius^ à part du livre de Bouguier ne seront que les bien venus pour en pouvoir envoyer de là les monts, et les joindre au recueil de ceux de la Rochelle. Vous remerciant en- cores de ceux qu'il vous a pieu me retenir du sieur de S' Amand, et sur- tout de ceux de ce jeune Jesuitte dont je voudrois bien sçavoir le nom ^, à la lecture desquels j'ay prins un grandissime plaisir, et s'il y a moyen d'en avoir d'autres exemplaires vous m'obligerez infiniment pour en faire part aux amys. J'ay veu avec grand plaisir les livres dont vous m'avez daigné retenir l'assortiment, entre lesquels j'ay esté bien aise de trouver le Typus orbis terrarum du bonhomme Bertius in fol° * que je luy avois autres foys voulu mettre en teste ^, et luy proposois de le représenter en différantes cartes, selon la differance des suppositions des divers aultheurs principaulx, comme Pline, Strabon, et autres dont nous n'avons pas des carthes. S'il y a moyen d'avoir de ces vers de Barlaeus ^ 8° pour les faire passer en Italie par la poste, vous m'obli-
' Le gouverneur d'Orange déjà men- lente monographie : Étude sur la vie et les
donné dans le tome I. Voir notamment œuvres du P. Le Moyne, par il. Ghéroi(¥ans,
p. 390. 1887, in-8°).
- Sur Nicolas Bourbon, voir une note de ' Sur Pierre Bertius, voir tome I, p. 5. '
V Appendice du tome I, p. 768. On trouve Le io« Aomjne avait alors soixante-quatre ans
presque toutes les poésies de cet académicien et allait mourir six mois plus tard. Le baron
réunies dans un volume intitulé : Poematia Walckenaer (article Bertius de la Biographie
exposita, etc. (Paris, i63o, in-ia). universelle) cite sous un titre quelque peu dif-
' Ce jeune jésuite n'est autre que le père férent un recueil qui doit être le même que
Pierre Le Moyne qui , né le 5 mars 1609, n'a- l'ouvrage mentionné par Peiresc : Varice or-
vait que vingt-sept ans au moment oîiPeiresc bis universi et ejus partium Tabulce geogra-
écrivait ceci. On sait qu'en 1629 parut un phieœ ex antiquis geographis et historicis con-
recueil de vers de ce poète sous le titre sui- fectœ, per Petrum Bertiuin, in-/i° oblong.
vant : Les Triomphes de Louys le Juste en sa ' On voit que l'heureuse influence de
réduction des Rochelois et des autres rebelles Peiresc s'exerça sur les travaux du géo-
de son royaume. Dédiés à Sa Majesté , par un graphe flamand comme sur tant d'autres
religieux de la Compagnie de Jésus du collège travaux de ses contemporains,
de Reims (in-4°). Voir la complète et excel- ' Rappelons que les vers latins de Bar-
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 65
gérez. Je vous envoyé un duplicata du sieur de Gastines à la dame de Lignage pour le crédit et vous supplie en toute summission d'excuser l'importunité que je vous donne à toutes heures et le temps qui s'est perdu sans vous renvoyer voz vers du dict Bar]a>us, avec vostre ni[a- nu]s[crit] du Mareschal Gervasius ' et des papiers que je vous debvois avoir envoyez si long temps y a, mais j'espère que les chemins ne tar- deront pas de s'ouvrir, Dieu aydanl, mesmes si le Roy vient en ce pais. Monsieur de Lusson^ m'oblige infiniment de me vouloir si libéralement communiquer les extraicts qu'il a de ses registres, et je rechercheray tous moyens de le servir en revanche. Si j'estois résidant à Paris comme luy, où j'eusse moyen d'avoir la veije du registre entre deux aiz', toutes les foys qu'il se presenteroit occasion d'y aller vérifier quelque article, je ne me mettrois pas tant en peine d'en faire faire une coppie entière. Mais en estant esloigné comme je suis, et hors quasi d'espé- rance de retourner de là, avec mes infirmitez\ il ne fault pas trouver si estrangc que je voulusse avoir faictla despance de cette transcription, s'il estoit loisible, pour y pouvoir avoir recours au besoing au cas que je puisse rédiger par escript ce que j'ay observé des monoyes de noz
laeus (Gaspnrd van Baerle) ont été plusieurs fois recueillis sous le titre de Poctnala, no- tamment en i645 (Amsterdam, a volumes in-ia).
' Gervais de Tilbury, maréchal du royaume d'Arles, auteur des Olia Imperiatiu. Voir sur lui le tome I, p. 438.
" Lusson ou Lauson. Rappelons que le président de Lauson, déjà mentionné, fut un des plus célèbres bibliophiles et collection- neurs de Paris. Voir l'article (jue lui a con- sacré M. Edmond Bonnall'é dans le Diction- naire des amateurs français du Jtrii' siècle (1,884). Je dois ajouter que Peiresc, en ce passage comme en plusieurs autres, a écrit très distinctement Ltisson et non Lauson. Quoique le président de Lusson soit inconnu et quoique, au contraire, le président de
Lauson ait été célèbre et ait eu, de plus, des relations avec Peiresc, je n'ose donner la sid)stitution du nom de l'un au nom de l'autre comme évidente: elle est seulement assez probable.
' Le registre entre deux ais était un registre de la Cour des monnaies, dont, comme veut bien me le rappeler M. L. De- lisle , il y a une copie aux Archives nationales Z' 35o-35 1 . Ce registre devait son nom h sa reliui-e faite avec deux planchettes. Littré cite, au sujet de cette sorte de reliure, une phrase du Cyinbalum mwidi de Bonaven- lure des Périers : rrJe ne sçay s'il le de- mande [relié] en aix de bois, ou en aix de papier. »
' Peiresc ne devait, en effet, jamais revenii' h Paris.
IMraiHtKIK BATIOSllI.
66 LETTRES DE PEIRESC [1629 1
roys, aussy bien que des plus antiques, et possible y auroit il quelque chose de plus curieux que le commun. Mais si ce livre est tenu si chè- rement à cette heure qu'il ne se communique poinct, comme autres foys, il fauldrà prendre patiance, et à tout le moings s'il est loisible d'avoir coppie du chappitre concernant les monnoyes d'or du Roy Phi- lippe le Bel , ce nous sera encores beaucoup de faveur, et d'apprendre en quel temps finit le dict registre. On me presse desja tant que je suis constraint de clorre pour ne laisser eschapper l'occasion de la staffette, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur.
DE Peiresc. A Aix, ce 7 avril 1629.
Je vous recommande les lettres cy jointes, et de faire clorre celle qui est à lâche volant S avant que l'envoyer au sieur Guiltard^ pour la faire tenir, et m'excusez si je vous faicts voir mes badineries si confi- damment, à faulte de meilleur entretien.
On a desterré un nouveau marbre' avec une inscription qu'on soubstient estre antique, bien qu'en termes bien extravagants ou extraordinaires, à sçavoir * :
BORISTENES ALANVS CAESAREVS VEREDVS
PER AEQVOR ET PALVDES ET TVMVLOS ETRVSCOS VOLARE QVI SOLEBAT PANNONICOS IN APROS NEC VU.VS INSEQVENTEM DEN^
' Le Dictionnaire de Liltré ne donne pas ' Ce marbre avait été trouvé sur le terri- cette expression et indique seulement l'ex- toire d'Apt, et Peirescl' avait fait transporter pression cac/ie( yo/ani. La même observation dans sa maison. Voir Gassendi, liv. III, s'applique aux Dictionnaires de Ricbelet et p. 33 1. de Trévoux. ' Gassendi a reproduit (ibid.) cette in-
'' Guiltard était un avocat au conseil du roi, scription sur laquelle on a tant disserté. Pei-
qui habitait Paris, et auquel Peiresc adressa resc en a souvent reparlé dans sa corres-
plusieurs lettres, du a 3 octobre 1626 au pondance. 8 avril 1697 (registre III des minutes). ' Vol. 717, fol. 3o.
[1629J
AUX FRERES DUPUY.
67
XIII À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PARIS.
Monsieur, La dernière slalFette de Lyon du premier de ce moys m'a apporté vostrc despesclie seulement du 20 mars, de ce que j'y attendois celle du mardy suyvant 27"°% ce qui monstre que l'ordinaire de Paris du mardy n'arrive plus à Lyon le sammedy au soir comme il souloit, ou que M"^ de Fetan faict partir la staflette le dimanche trop matin, avant que les lettres soient distribuées, ce qui faict perdre huict jours de bonne grâce aux nouvelles que vous prenez la peine de nous escrire. Et si cela debvoit aller aiiisin, il vauldroit mioux que vous escrivissiez le vendredy, pour avoir dix jours francs entre Paris et Lyon au lieu de i/i qui s'y consument à cet autre conte. 11 fault que je luy en escrive un mot. Il vouldroit que noz ordinaires fussent restablis et trouve es- trange que nous ne puissions nous y resouldre, mais si la présence du Roy ne le faict, ils courent fortune d'estre bien reculez, tant pour les grandes foulles qu'a souffert le pais à cez passages d'armées, que pour l'ordre qu'on remettra à la garde de la santé aussy tost que les trouppes auront achevé de repasser. Car on ne peult approuver que les villes voisines de Lyon se soient si tost bazardées d'y restablir le commerce. J'ay receu par cette voye de l'ordinaire le libvret de Drebels '
' Voir sur Cornélius Drebbel et sur le livret dont parle ici Peiresc {Petit traité de la nature des éléments) , h tome I , p. 486. Complétons les renseigtiements dounds là (note 1) en disant que Drebbel naquit à Alk- maar en 1 5 7 3 et mourut à Londres eni 6 3 & ; que dans le registre VII de la collection Peiresc, à Carpentras, figure une lettre de
Girard Pielerson Schagen à Adrien Thoni- son, écrite d'Alkniaar eu décembre 1607, contenant la vie et l'éloge de C. Drebbel, ingénieur du roi d'Angleterre. Ajoutons en- core que l'on trouve une mention de Drebbel dans Gassendi (liv. III, p. 1 6a 1), où le nom du physicien est imprimé Drebelsim. Voir enfin sur Drebbel une lettre de linbens
9-
68
LETTRES DE PEIRESC
[1629J
et celuy de la langue samaritaine dont je vous remercie trez humble- ment. Il y avoit d'autres livrets que j'ay veu aussy volontiers. Mais celuy de la semaine précédante de ce jésuite de Rheims a esté trouvé bien gentil, il fauldrà bien sçavoir son nom, et en avoir quelque autre exemplaire^; avec iceluy il vint un petit éloge du Roy, qui monstroit avoir esté broché, et lequel avoit esté depressé pour l'envoyer, mais il y manquoit les dernières feuilles.
Jen'ay pas trouvé en ce discours de la langue samaritaine ce que j'attendois, au moings pour ce qui est de l'autheur, car il y a faict mettre des Alphabets, quivallent mieux que son discours. C'est pour- quoy, ne s'en pouvant pas avoir d'autre exemplaire, nous prendrons plus facilement patience.
Je vous remercie des bonnes nouvelles qu'il vous a pieu me donner du sieur Gassendi d'Aix la Chappelle ^ et du soing que M' du Puy vostre frère veult prendre d'intercéder envers M"^ de Lomenie pour le sieur de Nostradame^, comme aussy de celuy que vous daignez prendre d'employer Quentin pour l'amour de moy, principalement en cez re- gistres de monnoyes, en quoy je vous aurois bien de l'obligation etpar conséquant à Mess" Autin et Rigault.
Pour M"" le présidant de Lusson, je me doubtois bien que malaisé- ment pouvoit il estre sans avoir aultant de ce registre entre deux aiz. En quoy il m'obbligerà grandement de m'en octroyer la communica-' tion. Et pour les itinéraires du sieur Le Blanc*, qu'il ne s'en mette pas
h Peiresc, écrite de Londres le 9 août lôag {Recueil d'Emile Gachet, p. 2 3 3). Rubans parle avec quelque ironie de cefamosissimofloso/o.
' Le P. Pierre Le Moyne mentionné dans la note 3 de la page 64.
' Bougerel ( Vie de Pierre Gassendi) n'a pas mentionné, dans son récit des voyages de son héros en 1629, ce séjour à Aix-la- Ciliapelle.
' César de Nostredame. -Il s'agissait d'ob- tenir pour le poète-historien le brevet de
gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi et peut-être aussi quelque autre faveur. Voir le fascicule I! des Correspondants de Peiresc , passim.
' Le voyageur Vincent Le Blanc , appelé quelquefois Blanc, naquitàMarseille cm 554 et mourut à une époque qui n'a pas été pré- cisée (vers i64o). J'ai rappelé dans le tome I [Appendice, p. 77a, note 5), que Le Blanc confia, d'après les conseils de Peiresc , à Pierre Bergeron le soin de mettre au net ses ma-
[1629]
AUX FRERES DUPUY.
69
en peine, car enfin je me suis saisy de tout ce que le pauvre homme cnavoit par devers luy par escript, et qui plus est on luy avoit des- robbé un yrand volume in Col" que j'ay soubstraict le plus dextrement du monde d'entre les mains de celuy qui le luy debtenoit plus de vingt ans y a, et le nyoit^ Je ne plains que la [mesjllange ^ que le pauvre homme y a faicte, de ce qu'il s'estoit laissé persuader à In- diens'' contre la globosité* de la terre, s'il est loisible d'ainsin par- ler, en quoy il se rend grandement importun et ridicule, mais il faul- dra retrancher tout cela, comme M' Bergeron avoit desjà faict. Si le commerce n'eust esté fermé pendant la maladie de Lyon, j'aurois en- voyé long temps y a le volume au dict sieur Bergeron , avec un autre aussy gros et quelques autres papiers de l'autheur. J'espère que ce sera bien tost que je vous en envoyeray une cassette oii tout cela sera avec d'autres choses qui me pèsent bien long temps y a.
Je vous envoyay par la dernière staflette une lettre de M' de Thou- iouse* pour vous faire voir son desgoust de son arrest, et m'eschappa de
vous ser^ la responce que je luy avois faicte ù la chaulde'' sur
ce subject, laquelle je vouldrois bien maintenant avoir retenue, et si par hazard vous ne l'aviez encor envoyée, vous me ferez plaisir de me la renvoyer. Je n'ay pas veu son factum, et n'ay pas creu le debvoir demander à M' le Prévost Marchier, pour bonnes considéra- tions. Quelque jour nous le verrons Dieu aydant. Ce qui me le faisoit
nuscrits. Le recueil parut en 16^9 sous ce titre : Le Blanc ( Vincent). Les voyagesfamcttx qu'il a faits depuis l'aage de douie ans jus- qu'à soixante aux quatre parties du monde; rédigez. Jidellement sur ses mémoires et regis- tres par P. Bergeron (Paris, in-/i°).
' Connaissait-on l'intervention si adroite et si heureuse de Peiresc ?
' La première partie du mot est coupée. Le mot mélange était autrefois des deux genres : Amyol et Ambroise Paré ont dit la meslange.
' Nouvelle petite coupure dans le manu- scrit. J'avais cru pouvoir lire aux Indiens, mais on ne lit que d [Injdiens.
* Le mot globosité n'est ni dans le Dic- tionnaire (le Littré , ni dans les Dictionnaires de Richelet et de Trévoux.
' Charies de Montclial.
* Mot coupé. Probablement /(lire passer. ' Nous avons déjà trouvé (t. l,p. 667)
l'expression sur la chaude, qui est la même que celle-ci.
70 LETTRES DE PEIRESC [1629]
plus désirer, estoit que je ra'estois imaginé que le Père Sirmond y pourroit bien avoir contribué quelque chose de son chef.
J'escriray à Venise pour le livre de Pietro délia Valle ', cependant je vous envoyeray le mien si tost que je l'auray retiré des mains d'un amy, qui l'a voulu parcourir. J'ay eu des lettres du sieur Doni, mais il ne parle nullement de ses inscriptions, et me parle d'une chose bien mal possible à moy, de faire agir en sa faveur les puissances supresmes. Je pense que c'estoit pour cela qu'il me r'envoyoit l'esteuf^ sur ce sub- j«ct, nous verrons ce qui s'y pourra faire.
Voila pour respondre à la vostre dernière. Les nouvelles de ce pays consistent seulement au retour des trouppes qui s'en reviennent du costé de Nice par diverses routtes à travers la province, ayant esté ainsin ordonné de la part du Roy, avec mandement exprez de ne les pas faire embarquer pour considérations particulières, qu'on n'a pas exprimées. Il est desja passé par cette ville quelques cornettes de ca- vallerie qui ont gaigné le devant pour s'en aller au rendez vous à Ta- rascon.
On attend aujourd'huy en cette ville M"" le Mareschal d'Estrée, et à Marseille M' de Guise que l'on tient avoir couché la nuit passée à la S''^ Baulme, et avoir esté hier à midy à S' Maximin pour voir le miracle annuel de la S'*' Ampoulle. Madame la duchesse de Crequy s'y trouva à mesme dessein accompagnée de M""' la marquise de Canillac, sa sœur.
Le Roy debvoit, ce dict on, faire la feste^ à Ambrun*, pour passer par cette province au temps qu'il avoit cy devant ordonné, et se rendre vers le Languedoc, où l'on asseure que M"" de Rohan a faict des courses jusques au S' Esprit, pensant surprendre un convoy de
' Sur Pierre délia Valle, le grand voya- ' La fête de Pâques, qui, cette année-là,
geur, et sur ses ouvrages, voir le tome I, tombait au i5 avril. p. 5^5. ' Embrun (Hautes-Alpes). La nouvelle
Sous l'expression figurée , empruntée n'était pas exacte , car Louis XIII ne partit
aux joueurs de paume, renvoyer l'éteuf, de Suse pour aller en Languedoc que le
fiittré ne cite que La Fontaine. <a8 avril.
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 71
bcstail qui s'en vcnoit d'Anverfjne en ce pais icy pour la provision des
boucheries, mais il n'eusl pas d'assez bons advis. On attend le conseil
à Beaucaire aprez Pasques, et sur ce je finis demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur.
DE Peiresc. A Aix, ce i4 avril 1629.
Puis que mon pacquet ne se trouvoit pas {fros à ce coup cy, j'y ay adjouslé le second libvre du Théophile de M' Fabrot\ attendant de vous envoyer les autres petit à petit par les commodités suyvantes. Je vous recommande la lettre de M"" de Vris, et vous prie de faire ouvrir le pacquet de livres qu'il vous adonné, car il y debvoit avoir deux exem- plaires du livre de la Généalogie de Linden, l'un que M. Gevartius m'envoye, et l'autre que j'avois faict achepter, auquel cas si M' de Thou n'en a poinct en sa bibliothèque je vous supplie d'en retenir un pour son assortiment. Que s'il n'y en avoit qu'un dans le dict pacquet, je vous prie d'en faire advertir le dict sieur de Vris, afin qu'il moyenne de faire recouvi*er l'exemplaire, car je suis en quelque soubçon, qu'un Flamand nommé Cossiers qui s'estoit chargé de l'un et de l'autre n'y ayt faict quelque fripponnerie, pour gaspiller les 8 escus que l'on m'a faict payer de l'un des dicts exemplaires. Je vous remercie trez humble- ment de la lettre de M'^ Gevartius où j'ay apprins avec desplaisir \v decez du pauvre P. André Schottus*.
L'excez de vostre desbonnaireté me faict excéder en importunité; nous n'avons pas depardeça des ouvriers qui travaillent si proprement qu'à Paris, et noz marchands n'y pouvant pas encores trafliquer, nous ne les pouvons plus charger des commissions que nous leur soullions donner. Si les dames de chez vous ont un jour la commodité allant à
' Il s'agit Ih du manuscrit prt^paré par t. III, col. G-Sa) n'indique pas le jour du
Annihal Fabrot, le 7'A«op/it7e n'ayant pani décès du docte liellëniste et se contente de
qu'en i638. dire qu'il moumt en 1639. Le DictioiiHaire
' La Bibliothèque des écrivains de la Corn- de .Wor^n (17. S y) nous avait appris (|ne
pointe de Jéxus (dernière ëdition, in-folio, Schot mourut le a."» janvier 1629.
72 LETTRES DE PEIRESC [1629]
la riie Aubery le boucher, de faire commander à quelque lingiere des rabats pareils à peu prez à celuy qui sera joinct à ce pacquet', elles me feront grande faveur; le mal est que je ne sçaurois espérer de les servir en revanche de cette peine, comme je debvrois. Je vous envoyai dernièrement des lettres pour la dame de Lignage où il y aura de quoy fournir à cette despance. Excusez moi, je vous supplie, de cet importun employ, et me commandez tant plus librement^.
XIV À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS , À PARIS.
Monsieur, Je vous escrivis sammedy par la stafTette ordinaire. Depuis celle de Lyon est arrivée soubs enveloppe de M' de Fetan du 8"^ de ce moys, où. se sont trouvées voz despesches du 22°"^ demeurées l'autre foys, et celles du 3""^ de celluy cy fort bien, conditionnées, avec tous les lib- vrets qu'il vous a pieu d'y joindre. Cependant l'ordinaire de Rome est revenu qui m'a apporté afforce lettres du 17 et 3o mars, la plus part sur le subject du decez de feu M' Aleandro '. Le sieur Suarez * m'a en- voyé (de la-part de M'' le cardinal Barberin, ce dict il) une figure d'un phénomène bien extravagant de 5 soleils apparus à Rome sur Saint-Pierre en plein midy le 20 du dicl moys de mars^, lequel je vous eusse bien
' Rapprochons de cette demande de ra- ' Voi. 717, fol. 35.
bats une demande de même genre faite par ' Rappelons que Je'rôme Aléandre mourut
Peiresc à Malherbe en l'année 1607 {Lettres le 11 mars 1G29. Cette date, indiquée par
de l'édition Laianne, t. III, p. 43). Ajoutons Crescirabeni, à tort contestée par Niceron,
que, l'année précédente, le poète avait de- est confirmée par Victorelli, à la fin de son
mandé des camisoles à l'archéologue (lettre éloge du cardinal Aléandre, imprimé en
du 3 octobre 1606, ibid., p. 7), et que, i63o, et est aussi confirmée par Peiresc,
d'autre part, Malherbe,' en mai 1607, pro- comme on le verra plus loin, cura des aiguillettes h son correspondant de ' Sur Joseph -Marie Suarès, le futur
Provence {ibid., p. 38). Les commissions évêque de Vaison, voirt. I, p. iS97. bien faites entretiennent l'amitié. ' Ou possède deux opuscules de Gassendi
|1629] AUX FRÈRES DUPUY, 73
envoyé trez volontiers, par cette voye extraordinaire, mais noz curieux d'icv me l'ont osté des mains tantosi pour le voir; ce sera Dieu aydant pour sammedy prochain. Cependant vous aurez une autre lettre de M"^ Holstenius oi!i il y a de bien jolies choses, et M"" Aubery m'escript avoir eu lettres de M'' de Thou du grand Caire du 5 janvier sur le sub- ject de ses pérégrinations en pleine santé grâces à Dieu, en Hieru- salem, au mont Liban, et en Damas. Mais vous aurez veu par les pos- térieures du a 5 febvrier, qu'il estoit depuis allé au mont Sinai et qu'il nous avoit escript de cette mesme datte, mais noz lettres doib- vent avoir prins le chemin d'Italie, au lieu de celuy de ce pais icy. Vous verrez ce qu'il escript du 1 7™ sur la mort du sieur Aleandro que je ne puis assez déplorer. Dom du Puy m'en faict une grande page qui m'avoit bien serré le cœur, je vous envoyerois sa lettre sans qu'il fault que je luy responde la semaine prochaine, et à cez autres Mess".
Je ne pensois pas vous escrire avant sammedy par la prochaine staf- fette, mais ayant sceu que M'' le Premier Présidant' envoyoit un pac- quet à la poste extraordinaire, j'ay esté bien aise de vous faire part de ces nouvelles de M' de Thou quoy que plus vieilles que les précédantes et de cette lettre de M"' Holstenius, ensemble d'une relation des routtes de cette armée qui s'en revient du comté de Nice et passe en Langue- doc, et d'une petite relation de Nisnies, qui ne s'accorde pas bien (si ce n'est un leurre) avec les asseurances qu'on nous a données que le marquis de Montbrun'^ estoit passé vers le Roy, aprez s'estre abouché avec M' de Rohan ou quelqu'autre de sa part. S'ils sont sages, ils fleschi- ront, sans attendre l'extrémité de ceux de la Rochelle. M'' de Montmo- rancy bat vivement le chasteau de Soyon ', résolu de les faire tous pendre.
Quant à voz despesches, je vous remercie trez humblement de tant
sur celte apparition : Phœtwmenon rarum ' Vincent-Anne de Maynier d'Oppède.
Romip observatum ao Martii et ejiu eausarum ' Sur ce personnage, voir le tome I,
f.rplicalio , etc. (Amsterdam, 1699, in-4°); p. 890.
Parlwlta scu Soles IV spiirii qui circa verum ' Soyons esl une romniune du dëparle-
appatverunt Rmna die ao Martii i6ag et de ment de l'Ardèche, canton de Sainl-Péray,
eisdem epistola ad Henricum Renerivm (Pa- arrondissement de Tournon, à 33 kilomètres
ris, i63o, in-/r). de Priva».
11. to
t«piiiif«iK kftti««4ll.
U LETTRES DE PEIRESC [1629]
de livres curieux et autres papiers singuliers, mesmes de cez vers de Borbonius qui méritent bien de n'estre pas ensevelis dans le livre où il les a confinez. Le livre de Frey ' ne passera poinct les monts pour ne vous esconduire en chose si juste, quoy qu'on me l'eust deniandé de ce païs là. Je n'ay jamais veu cet homme, mais M"' Gassendi fut cause qu'il m'escrivit, et je creus luy debvoir respondre'^; pardonnez moy de la peine que vous y avez eu à faire tenir ma lettre. Je n'ay pas cncores peu voir les autres livres que vous y aviez joincts, à cause du jour qu'il estoit hier, et que l'on m'a destourné cejourd'huy, si ce n'est celuy pour les Minimes de Rome de F. Ogier*, que je me fis lisre hier au soir aprez soupper avec plaisir, et l'envoyay incontinant à un de mes aniys qui l'a emporté hors de la province à [c]e jourd'huy, de sorte que je seray bien aise d'en avoir un autre exemplaire sans rongneures pour le joindre aux autres choses de mesme calibre; il est in h" chez duBray*. Je vous remercie trez humblement du cahier d'Orange^, où il y aura bien à adjouster des mémoires et pièces que j'avois de pardeça , et que je n'avois pas à Paris lors que je le dressay.
J'ay esté bien aise que M' de la Baroderie ® se soit rencontré l'un de ceux que M' de Vris a choisis pour object de son art, car il est homme de bon loisir, et bien intelligent en telles matières, et qui le sçaurà bien faire valoir, quoy qu'on puisse dire au contraire.
La dédicace du Solin de M'' Saulmaise à Mess" de Venise lui- vauldra sans doubte una collana \ comme fit l'Aristote de Scaliger de M' Maussac% la chaine estant passée par mes mains pour la luy faire
' L'Admiranda Galliarum compeiidio indi- ' Le cahier déjà mentionné où Peiresc
cota mentionné plus haut (lettre VII). avait réuni bon nombre de documents rela-
' "Cette lettre, adressée h M. Frey, doc- tifs à V Histoire de la ville d'Ormige. leur en médecine à Paris, le a mars 1629, " Sur ce personnage voir t. 1, p. 783.
est conservée dans le registre III des minutes ' Un colUer, une chaîne en or. Sauraaise
de Garpenlras (fol. Sgi). obtint-il de la république de Venise la bril-
" Sur François Ogier, voir 1. 1, p. 33. lante récompense que Peiresc souhaitait
' Discours au Roi en faveur des Minimes pour lui ? François du couvent de la Trinité du Mont, à ' Voir, sur Jacques-Phih'ppe de Maussac,
Rome, pour la conservation des privilèges de t. I, p. 10. Voici le titre du recueil : Àpierlo-
/rt A^«(io«( Paris, 1629). réXovs vepi l^énvhloplas. Aristotelis his-
[1629] AUX FRERES DUPUY. 75
tenir. Vous m'obligerez bien de m'en retenir un exemplaire en fin papier. Estant bien niarry que sur ce que je vous avois escript long temps y a vous n'ayez envoyé demander à Madame de Lignage, car vous eussiez trouvé qu'elle avoit les ordres renouveliez long temps y a, et je m'estonne qu'elle mesmes ne vous en ayt envoyé advertir, comme on l'en avoit priée, afin que l'ordre demeurast perpétuel, et par le der- nier ordinaire on m'envoya un duplicata de la lettre d'advis sur ce sub- ject, que je vous adressay. Mais je me resoulds, pour couper chemin' à toutes cez longueurs, d'envoyer exprez de l'argent à Marseille, pour le vous faire payer de pardelà. Aussy bien en veux je faire tenir au sieur Tavernier^ et autres et ce sera la semaine prochaine Dieu ay- dant.
Il suffira que les cartes de Provence et Daulphiné soient jointes aux autres libvres, pour ne les gaster en les ployant.
J'escripts à Bordeaux à mes gents, qu'ils vous envoyent un panégy- rique du P. Petiot jésuite ^ que vous ne verrez pas mal volontiers, celuy que j'en ay receu m'ayant esté enlevé de vive force par noz Mess" du Parlement, car je le vous eusse envoyé. Excusez moy, et me com- mandez comme,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 16 avril 1629.
tort'a de animalibus, Julio Cœsare Scaligero interprète, cum ejusdem commentariis , Phi- lippus Jacobiis Maussaeus, in senatu Tho- losano eomiliarius ivgius , ex bibliothtea patenta opus a multis ahhinc annis expe- titum priinus vulgavitet restituit, addilis Pro- teffotnetiis et Animadversionibus (Toulouse, 1619, in-fol.).
' L'expi-ession «st k rapprocher éa vers du Misanthrope :
A tous nos démêlés coupons chemin , de grâce.
' Voir, sur Melchior Tavernier, le tome I , p. 18.
' Le P. Etienne Petiot naquit à Limoges en \ 60a et mourut en 1675. Voici le lilfe (le ro|)uscule : Panegyricus Ludovico XIII , vindici rebellionis , domitori elementorum , œterno triumphatori , pro/racta Britaïuiia, pro xubjugalo Oceano , pro tiiumphala Rupclla , dictus in colli'gio Burdigalensi Societalis Jetu a Stef)hano Petiot , Lemovicemi , episdem socie- tatin , rhetorices pro/essore ( Bordeaux , Pierre (Je la Court, i6a8, ia-8°).
76 LETTRES DE PEIRESG [1629J
J'attends impatiemment des nouvelles de l'affaire du pauvre Nostra- damus pai'ce qu'il est bien vieil et cassé'. Excusez moy pour l'honneur de Dieu de cette courvée ^.
XV À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PARIS.
Monsieur, Je vous escrivis par la dernière staffette sammedy passé et depuis soubs une enveloppe extraordinaire de M"" le Premier Présidant par laquelle je vous accusay la réception de vos despesches du 22 mars et 3 avril et vous fis part de quelques lettres de Rome. Celle cy ne sera que pour adjouster une coppie de nouveaux vers du Pape ^ qui m'ont esté envoyez de la part du cardinal Barberin, ensemble cette apparition de cinq soleils que j'ay laict coppier, tellement que vous la pourrez garder, si jugez qu'elle en vaille la peine, et puis que le pacquet n'est pas gros à ce coup cy d'ailleurs, vous aurez par cette commodité l'exemplaire du livre du Roy de Perse*; je seray bien aise que le trouviez à vostre goust. J'en ay envoyé quérir un autre pour moy . à Venize, que j'attendray tout à loisir puis que j'y ay parcouru ce que je voulois y voir. L'ordinaire de Rome ne m'avoit poinct laissé de lettre du cardinal^, mais le vice légat d'Avignon m'en a renvoyé une sitost que ledict ordinaire a esté arrivé là, oii il tesmoigne de grandes condo- léances de la perte que le public a faicte en la mort du sieur Aleandro. Je luy avois escript dez le premier advis que j'en eus, qu'il debvoit re-
' Si casse qu'il s'éteignit quelques mois ' Nous avons déjà vu que ce livre avait
plus tard (après le 28 août). été publié par Pierre deila Valle sous ce
' Vol. 717, fol. 35. titre: Relazione délie condiziom di Abbas rè
' Sur Urbain VIII et ses poésies, voir <it Pema ( Venise , i628,in-i°). 1. 1, p. 18. 'Du cardinal Fr. Barberini.
[1629J AUX FRÈRES DUPUY. 77
mettre à M' Holstenius les mémoires et observations du dict sieur Aleandro ez mains du sieur Holstenius pour les donner au public, et- achever ce qui s'y trouveroit imparfect, spécialement sur le calen- drier constantinien. Nous verrons ce qu'il nous respondra. Car quoy que la modestie face dire à M' Holstenius dans sa lettre que je vous ay envoyée ', je ne pense pas que le {jenie du cavalier Doni fust assez fort pour sortir de cela à souhaict^. Je feray une recharge la plus instante que je pourray sur ce subject par le prochain ordinaire de la semaine prochaine, Dieu aydant.
J'oubliay de vous escrire dernièrement l'affaire du sieur Bezançon^ (qu'on dict estre filz du présidant Chevalier*, à tout le moings qu'il ne trouvoit pas bon que son père putatif le qualifîast son filz) lequel se voyant embarrassé dans la contestation qu'il avoit eue avec M' le Mareschal d'Eslrée^, et ayant apprins de la cour, que l'air du cabinet et du conseil n'estoit pas pour luy, faignit d'estre griesvement malade et d'avoir de si grandes convulsions qu'on eut pitié de luy, et l'envoya t'on dans une chère •* à la prochaine ville, pour faire consulter son ma , demeurant tousjours neantmoings avec des gardes, qui ne le tenant d'assez prez dans cette confiance de maladie, il trouva moyen de leur eschapper, et se saulvà du costé de Nice, où l'on dict qu'il est encores.
' Voir celte lettre dans le i-ecueil de Boissonade, n" xxn, p. i43. Holstenius répond ainsi (p. ilxlt) à la demande de Pei- resc : trNam quod in Aleandri locum nie subrogare conaris, id profecto tenuitalis meœ conscientia delerritus admitterc non ausim. . . »
' Voici le passage dans lequel Holstenius [ibid.) proposait à Peiresc de charger Doni de l'achèvement des travaux d'Aléandre : ffQuod et Donium noslrum nna mecuin fac- turum existimo,et quidem eo magis, quan- tum politioris doctrinœ elegantia et anliqui- lalis cognitione praestat. » Dans une lettre précédente (du a3 mars), Holstenius déplo-
rait ainsi (p. i33) la mort d'Aléandre : (rDeCI. Hieronymi Aleandri morte puto jam aliorum literis ad te nuntiatum fuisse , cujus inlerilu Italia magno lumine, et universa res literaria insigni ornamento orbala est. n
' Charles de Besançon, seigneur de Sou- ligné, déjà plusieurs fois mentionné.
* Sur le président Chevalier, voir t. I . Appendice, p. 839.
' Voir sur cette contestation les Mémoires de Bassompierre , t. IV, p. a5.
' C'est-à-dire une chaise à porteurs. Nous avons déjk rappelé (t. I, p. 67, note 1) que l'identité des mots chaire et chaite se pro- longea jusqu'au milieu du xvn' siècle.
78 LETTRES DE PEIRESC [1629]
H est venu un prevost pour luy faire et parfaire ie procez jusques à sentence exclusivement, pour estre aprez jugé par Mess" les Mares- chaulx de France, auxquels le Roy en a renvoyé et attribué toute juris- diction et cognoisçanceS dont ce pauvre homme est au desespoir. Les communes le regrettent fort, parce qu'il avoit bien empesclié des desordres au passage des trouppes encores qu'il s'en soit faict beaucoup. On adjouste que le Roy a faict deffences de plus bailler par cy aprez la qualité de commissaire gênerai que prenoit le dict Bezançon, parce qu'elle sembloit heurter et quasi deslruire la charge de gênerai d'ar- mée, ce disent cez Mess". On se plainct fort des nouveaux desordres et rançonnements que font cez trouppes par tout le pais. Vous diriez que tout est au pillage, on dict qu'il y en a eu de bien frottez en quelques lieux d'ici autour qui ne sont pas tant regrettez, car ils abusent bien de la facilité des chefs. Au reste on commance à nous renouveller les appréhensions de la maladie qu'on dict faire desjà du progrez à Gre- noble; c'est pourquoy on a cejourd'huy faict assembler extraordinaire- ment Mess" du parlement, pour en suspendre l'entrée et le commerce,' attendant le verbal de ceux qu'on a envoyez pour s'en informer soubs main '\ Et si le voisinage du Roy et le conseil qui est à Valance ne nous eust empesché de frapper coup, nous eussions incontinant inter- dict le commerce de tout le Daulphiné, à cause de la communication qu'il a quasi inévitable avec Grenoble. Mais si le Roy est une foys passé en Languedoc, on leur fera de grandes instances pour agréer qu'on restablisse les ordres les plus rigoureux que l'on pourra pour le regard, de crainte que le mal ne nous accueille, qui seroit la totale riiine de ce pais, aprez celle que nous avons eue aux passages de ces trouppes, qui ont desjà cousté plus de 3oo mille escus au païs, et
On lit dans les Mhnoires de Bassom- ' Littré ne cite, à propos de cette expres-
pierre (t. IV, p. 53): trLeluiidy g"" [juil- sion , que des écrits postérieurs à la présente
Jet lôag], nous fusmes encor au conseil, lettre, les Considérations sur lés coups d'Etat
puisnous vinmes, M.de Chombergetmoy, de Gabriel Naudé (1689), ie Soliman de
cheux nioy juger Besançon d'avoir la teste Mairet (1689), etc. tranchée. 1
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 79
sont pour en couster encores beaucoup, si les trouppes du Roy ne sont plus rcfjlées que celles que nous avons veûes jusques à presant. Nous n'avons rien de bien certain pour le temps de la venue du Hoy dont nous sommes en grande peine ' et de faire sortir du pais les trouppes qui ont le commandement d'aller en Languedoc. Voila tout ce que nous avons pour le présent. Conservez moy l'bonneur de vos bonnes grâces, comme à celuy qui est et sera à jamais, Monsieur,
vostre trcz humble et trez obligé serviteur,
DE Peibesc. A Aix, le 30 avril au soir 1699.
J'oubliois de vous dire qu'il est passé par icy depuis deux jours uu ambassadeur de Gènes di casa Lomellino ou Palavicino, qui s'en va vers le Roy pour compliments '^ 11 y a eu quelque peu de changement en leur ville pour le choix des persones qui y sont en employ, qu'on dict n'estre pas du tout tant attachées à l'Espagne que ceux qui sont sortiz de charge. Vous aurez sceu que les assiégez de Soyon se sau- vèrent une nuict fort bien pour eux, car ils n'eussent pas eschappé la corde. M' de Montmorancy est descendu à Beaucaire où Madame sa femme estoit fort griesvement malade et en grand danger de mort.
Un mien intime amy qui ayme passionément la musique m'a prié
' Ce fut, nous l'avons déjà vu , le 98 avril que Louis XIII paitit de Suse pour renti'er en PVance. il ariiva le 1 h mai au «tmp de- vant Privas.
' Bassompierre ilil dans ses Mémoires (t. IV, p. 99) : «Il arriva à Suse un ambassa- deur extraordinaire de Gesiies», et (p. 33): ((La vendredy 37"" l'ambassadeur de Gènes eut audience . . . i> Le marquis de Ghantérac n'a pas indiqu)^ le nom do cet ambassadeur qu'avait ainsi fait connaître le recueil Avenel (t. III, p. 981): ((Augaslin Palavicino fut envoyt! à Suse pour féliciter le roi de soi»
glorieux passage en Italie. La république de Gènes avait écrit au cardinal de nichelieii pour le prier de disposer le roi k accueillir avec bonté leur ambassadeur." Richelieu, dans une lettre ii la reine, du a 9 avril, écri- vait ceci : (fil a envoie devant, pour annon- cer sa venue, force confitures qu'il a fait passer par la Savoye; et, pour sa personne , il a creu que le chemin de Provence lui se- roit |)lus favorable, au rebours des Nor- mands, qui vont par eau et envoient leurs procès par terre. «
80 LETTRES DE PEIRESC [1629J
fort ardemment de luy faire recouvrer des airs nouveaux s'il y en a, je vous supplie d'en demander quelques uns des plus modernes et des meilleurs à quelqu'un de voz amys; en un besoing M"" du Monstier mon compère^ ne me les refusera pas si vous les luy faictes demander de ma part, sçaichant bien qu'il les a incontinant qu'ils sont esclos. Excu- sez mov de cette peine et pour l'bonneur de Dieu me commandez tant plus absolument.
J'oubliois de vous dire que cet ambassadeur de Gènes fut porté à Toullon par deux galères de la Republique sur lesquelles parurent alTorce gents vestus à la Françoise, et furent deschargées trente six caisses d'une mesme forme que l'on disoit estre envoyées au Roy par la dicte Republique qui furent emportées par dix huict niullets que ledict ambassadeur fit demander pour cet effect sans les autres qu'il print pour ses bardes et pour son train. Mais on adjouste à cela une chose dont je n'ay pas de bon garant, scavoir est que parmy cez caisses la Republique envoyoit au Roy cinq cents mille escus en or de l'argent du feu mareschal d'Ancre, et veult on asseurer que le dict ambassadeur l'avoit ainsin asseuré à M' le General des Galleres tout hault en pré- sence de prou de gents ^. Si cela est je m'en rapporte; tant est que se non fu bella, fu ben trovata ^. Rien est il véritable qu'il y a eu du chan- gement en l'employ des persones choisies pour les principales charges de leur republique.
Je ne vous avois pas dict aussy une chose bien déplorable, que lors- qu'on voulut se servir du canon que l'on avoit faict traisner pour favo- riser le passage de la rivière du Var contre les galères d'Espagne, il se trouva que les boulletz n'estoient pas de calibre , de sorte qu'il n'y eut pas de moyen de le faire tirer, et fallut que les pauvres soldats passas- sent à la mercy du canon des galères dont il en demeura plus de 200
' H s'agit là du peinire Daniel du Mons- ne dit pas un mot de la grosse somme qui
lier, que Peiresc appelle son compère parce aurait été apportée par l'ambassadeur,
qu'ils étaient intimement liés. ' On cite généralement cette expression
' Le cardinal de Richelieu , dans la lettre proverbiale sous une forme un peu diflfé-
dont un fi'agment vient d'être reproduit. rente : Se non e eero, etc.
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 8!
sur la place, cl toutel'oys il ne se vit jamais rien de si insolent ne de si tyran que ce Buysson qui avoit la commission de l'artillerie et que tout le monde condamnoit en une l'aulte si inexcusable. Il a bien faict crier tout le pauvre monde, qui est passé par ses mains soit pour mul- lels ou autre attirail, mais cela soit dict entre nous, s'il vous plaict'.
XVI À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
À PARIS.
Monsieur,
Je receus lundy au soir vostre despesclie du lo de ce moys, avec le TARIGH^ fort bien conditionné et un cahier de remonstrances sur les rentes de Paris, oii il y a de fort bons mouvements de ce pauvre bour- geois, dont je vous remercie trez humblement, comme aussy des par- ticularilez de la cour, en revanche desquelles vous en aurez une petite relation qui n'est pas de si haulle cour, mais encores y aura t'il pos- sible quelque destail qui vous pourroit eslre eschappé. Vous aurez par mesme moyen l'autre despesche de M' de Thou du Caire laquelle il accusoit par celle d'Alexandrie; vous verrez ce qu'il m'escript, car j'ay eu loisir de luy faire response pour l'ordinaire de Rome, depuis que je l'ay receiie, avant le partement de la staffette.
J'ay prins grand plaisir au jugement dont vous m'avez faict part de cez Mess" qui ont l'oreille si sensible sur les vers des sieurs Viaz et Remy', et sans nommer persone j'ay donné un petit mot d'advis à ce- luy qui en avoit besoing, qui n'est point jaloux de ses ouvraiges, et recognoit fort ingeniiement la vérité ; il est fort jeune* et en estât de se corriger, comme il en a trez bonne envie. Pour la première syllabe de
' Vol. 717, fol. 87. ham Rémi sur la prise de la Rochelle. ' Ce livre a été déjà mentionné plus haut * Là il est question de Rémi, lequel n'a-
(lettre VII). vait alors que vingt-huit ans, tandis que
^ Les vers de Balthazar de Vias et d'Abra- Vias avait dépassé la quarantaine.
82 LETTRES DE PEIRESG [16"29|
SYRUS, je pense que ce qui se trouve du nom pareil de ce lieu en isle de l'Asie Mineure, le peult avoir trompé. Oultre que pour les noms propres il semble que les poètes s'en soient fort dispancez, attendu que les etymologies en sont communément tirées de si différantes ra- cines, qu'il n'est pas inconveniant que les unes ayent des fondements pour allonger, et des autres pour abbreger la prononciation d'une syl- labe et de faict si on alloit examiner le nom de Syrie selon les origines Phoeniciennes ou Hebraiques, où les principaulx mots et primitifs sont accompagnez de consonantes fort haspirées, mesmes celuy là, qui es- toit anciennement monosyllabe, comme il est encor aujourd'buy entre les Arabes et se commance à escrire par une lettre grandement has- pirée, qui ne se peult proprement imiter par les lettres grecques ou latines sans en joindre deux ensemble pour faire TSOUR ', il est bien malaisé de le mettre en vers en sorte qu'il n'y eust de la cacophonie, s'il estoit escript et prononcé si scrupuleusement comme aulcuns croi- roient qu'il deubt estre, et de faict ce qu'aulcuns ont depuys exprimé par un S en SYRIA, les autres l'ont exprimé par un T en TYRUS, bien qu'on tienne que l'un vienne de l'autre. Voire quelqu'un a tenu qu'ASSYRIA ne soit qu'un emprunt de syllabe, pour pouvoir plus com- modément prononcer la première consonante du mot de Syrie en la redoublant, attendu que les voyelles leur sont si indifférantes et qu'ils ne s'arrestent principalement qu'à leurs consonantes.
Quant à l'autre mot de Varus, bien que l'usage receu soit sans ré- plique, si est ce qu'il ne recevroit pas moings de difiiculté, s'il estoit examiné selon les plus vraysemblables etymologies et origines de la langue GauUoise ou Germanique où la plus part des rivières et ruis- seaux se trouvent avoir retenu des noms qui viennent d'une seule origine, bien que diversifiez d'une estrange façon, comme le Var, le Ga- ron, le Garin ou Guarin, le Verdon, le Guar, le Guardon, la Garonne, la Gavarre, le Gavarret, le Gau, le Gappeau, le Gaveau, le Gavot, le Gavardel, le Gavaudan, le Gavardon, la Gaverne, la Gavelne,
' Tsour ou Sour est une ville de la Turquie d'Asie, province de Syrie, sur la Méditer- ranée, à 36 kilomètres d'Acre. C'est l'ancienne Tyr.
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l'Lfveaune, et une infinité d'autres, que l'on trouve A touts bouts de cliamps dans cette province, et dans le Languedoc, mais principale- aient dans cez païs du Bearn, et autres circon voisins, lesquels ont plus opiniastreinent retenu le Barragoïa celtique ou canlabrique, où j'ay autres foys admiré de voir quasi touts les ruisseaux qualifiez en cette sorte et Dieu sçaict si le nom de Ligeris ne pourroit pas en estre dérivé comme les autres, car les voyelles n'estoient pas gueres moings arbitraires entre ces peuples là qu'entre les Orientaulx, et de faict vous voyez que dans cette mesrae Province nous avons deux notables rivières qui ont retenu les noms de VAU et de VERDON, et si on y rapporloit les autres noms de rivières ou ruisseaux qui peuvent avoir cbangé l'V de la première syllabe en B ou en P, comme il n'est pas arrivé moings promisciiement' que de le changer en G ou en GV, vous y trouveriez comprins le PADUS et un si grand nombre d'autres, qu'il n'en manqueroit pas dont cette syllabe pourroit avoir esté rendue breive, soit par corruption ou autrement, avec la traicte du temps'''; voire l'ERIDANUS n'en seroit pas exclus, n'estant pas nouveau que le tenq)s retranche des lettres du commancement des mots comme d'ail- leurs, et comme d'y en adjouster, tesmoing ce que les anciens ont remarque de son vieil nom BOGHERNUM, le CH n'estant pas tant eslongné du G pour la prononciation, qu'il ne peult avoir esté nommé GUERIDANUS et BOGUERIDANUS, ce qui embrasseroitencoresnostre RHODANUS, par la mesme raison, puisque l'arbitrage des voyelles en la dicte langue celtique l'a faict aussi bien nommer autres foys par (juelque autbeur ERIDANUS, comme le PO et quelques autres de ceux d'autour des Pyrennées, oi!i il s'en voit de plus apparantes vestiges, n'y ayant rien d'incompatible de faire de GAL'RDAN ERIDANUS et RO- DAINUS et qui plus est le RHENUS de GUARHENLS, les noms de GUÉ et de VADUS pouvant fort bien encores venir de tout cela, sans qu'il faille craindre d'ofl'ancer l'antiquité, pour avoir voulu comprendre tant de rivières et ruisseaux soubs des etymologies venants d'une mesme
' On chercherait vainement cet adverbe dans nos dictionnaires. — ' C'esl-h-dire la suite du temps.
84 LETTRES DE PEIRESC [1629J
source. Puis que vous voyez que dans le Bearn il y en a un nombre merveilleux , qui ne sont diversifiez qu'en terminaison , diminution ou ampliation comme peuvent avoir faict les anciens, principalement dans ces premiers siècles de plus grande ignorance ou simplicité, car ceux qui sont venus par aprez ont plus scrupuleusement voulu faire valoir les corruptions des noms propres en Testât qu'ils les ont trouvez, pour les mieux distinguer les uns des autres. Mais que direz vous de cette impertinante digression ? Vous aurez bien du subject de vous mocquer de moy, je vous supplie de m'en excuser, car toutes cez badineries me sont insensiblement eschappées de la plume sans y avoir pensé quand je l'ay prinse pour vous escrire, et ne suis pourtant pas marry de m'y estre engagé, car cela m'y fera possible songer un jour plus à loisir et si cela estoit examiné par ung homme commeM^'Crottius, je pense qu'il y trouveroit possible au bout du compte quelque bonne consequance à tirer, ayant la langue de son pais à commandement, et la pouvant joindre aux origines de la grecque et latine mieux que moy. Si vous le trouvez quelque jour en humeur d'en prendre la patiance, je ne seray pas marry que luy en disiez mon imagination quoy que possible im- pertinante, car je sçay bien qu'il ne laisra pas de l'interpréter benigne- ment selon sa doulceur naturelle et nous enseignera de très belles choses, s'il veult, sur cette matière.
Au reste je suis bien aise qu'ayez faict retirer les 4oo livres pour empescher que ces gents ne soient si empeschez à rappeller leur mé- moire. Je vous remercie du soing qu'avez eu des libvres de Macé dont j'ay veu le roolle. Pour la Bible elle me semble de vray un peu chère, et puis de n'estre pas toute en blanc, il y a quelque chose à dire, car pour la relier de nouveau tout d'une parure, la marge en pâtira fort. Je vous supplie de me mander la datte de l'édition , la vraye forme et le nombre des volumes, car aussy bien si ce n'estoit la mesme édition sur laquelle a faict sa mémoire locale celuy à qui je la destinois, je n'y employerois pas volontiers une somme notable, cette sorte de livres estant hors de mon usage tout à faict. J'ay desja envoyé en Espagne le mémoire des livres qui y sont nouvellement imprimez, par un reli-
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gicux qui va au chappittre des Minimes à Barcelonne avec lettre de crédit d'un marchand de Marseille. S'il s'y en trouve je pense que nous en aurons. Je serois bien marry que les occupations du sieur de Vris l'empescliassent de faire le portraict de M' Saulmaise '. Je n'ay pas en- core peu retirer toutes les lettres de recommandation qui m'ont esté promises à Mess" de Dijon pour M" Rigault et Haullin*; entre cy et la première stalTette j'cspere de les retirer toutes, et qu'il y en aura quel- qu'une de bonne. Si j'eusse sceu les noms de leurs juges, et spéciale- ment de leur rapporteur, j'eusse plus affecté ceux là que les autres, mais je faicts escrire à tous ceux que je puis tant de la Tournelle que Grand chambre, parce que je ne sçay en quelle chambre il est, et que les procez suivent le rapporteur en quelque chambre qu'il soit obligé d'aller.
Je vous doibs mille remerciements trez humbles des bons offices et favorables compliments qu'il vous a pieu rendre à nostre pauvre M" Fabrot, qui est bien fier de l'honneur que vous lui faictes et vous en sera {\ jamais redevable. Je vous ay adressé le second livre, et pen- sois maintenant envoyer le troisiesme; mais puis que cela ne presse pas, je luy feray remettre encor au net quelque feuille, pour oster tout prétexte de doubte aux compositeurs d'imprimerie. Je vous re- mercie encores par un million de foys de la prompte et favorable expédition des provisions du bon vieillard le sieur de Nostradame ', en quoy vous n^'avez infiniment obligé, comme aussy M' de Lomenie et M"" de la Tremolieres, mesmes du Gratis auquel je ne m'attendois pas, et les en remercieray comme il fault. Je les luy ay envoyées et crains que la joye ne fasse tort à sa foible santé, tant il en a esté content. Il eut désiré quelque petit mot de sa qualité et de ses services, mais je pense qu'il se doibt contenter de cela.
' Il a été déjà plusieurs fois question, telet de Paris, voir t. I, p. ai i, où Peiresc
dans cette correspondance, du portrait de écrit ainsi le nom de l'archéologue : Autin.
Saumaisc , si vivement et si vainement désii'é ' Les provisions de l'état de gentilhomme
par Peiresc. Voir notamment l. I, p. 77. de la chambre du roi obtenues pour César
' Sur ce savant conseiller du roi au Châ- de Nostredame.
86 LETTRES DE PEIRESG [1629]
Pour des pièces de feu M" de Malerbe, je ne pense pas en avoir en vers qui a'ayent esté imprimées, et pour la prose, j'ay grand nombre de ses lettres missives qu'il m'avoit autres foys demandées pour les re- voir, et en faire choix de celles qui se pouvoient imprimera Mais cela fut interrompu par des voyages survenus de sa part et de la mienne. Si on en veult je vous envoyeray trez volontiers tout ce que j'en auray. M"" le conseiller Boyer son neveu ^, et père de son héritier^, me demanda l'autre jour la mesme chose, et je luy avois faict la mesme responce, mais il ne m'en avoit pas depuis parlé.
J'ay trouvé jolies les petites heures grecques de Libert, ce me semble, et vous prie de m'en faire envoyer un autre exemplaire à vostre commodité.
M"" le Nonce * m'a faict plainte de n'avoir pas veu l'epistre de M"" Ri- gault au cardinal de Richelieu^; si j'en eusse eu une à part, je la lui eusse envoyée, mais toutes celles que vous m'aviez envoyées ont esté employées aux quattre exemplaires que j'ay eus en main, l'une en ce- luy du cardinal Barberin, l'autre en celuy de M' d'Oppedc**, car le libraire n'y en avoit poinct mis, la troisiesrae en un autre que j'ay envoyé en Italie, et la quattriesme pour le mien, où il me manque
' Ces lettres, dont les autographes sont conservés à la Bibliothèque nationale, fu- rent écrites de février 1606 au 3 avril 1698; elles sont au nombre de aai, sans compter les pièces sans date ; elles ont été très mal publiées en 182a par le libraire Biaise, et très bien publiées, en 1869, par M. Lud. Lalanne, dans le tome III des Œuvres de Malherbe (Collection des Grands écrivains de la France).
^ Jean-Baptiste de Boyer, conseiller au parlement d'Aix, était neveu de la femme de Malherbe. Ce fut lui qui édita, en 1687, la traduction des Épîlres de Sénèque laissée par son oncle ; il dédia cette publication au cardinal de Richelieu. Voir, sur J.-B. de
Boyer, le Malherbe de M. Lud. Lalanne (t. I, p. XLUi; t. II, p. 261, 962; t. III, p. 59, 335).
' Malherbe, déshéritant complètement sa famille, choisit pour légataire universel son petit-neveu Vincent de Boyer, seigneur d'Eguilles, qui fut conseiller au parlement d'Aix , comme son père , et qui se maria avec Madeleine de Forbin d'Oppède. Voir les Rues d'Aix, t. I, p. 89, SSg.
' Jean-François Bagni, qui avait succédé en 1 697 au cardinal Spada. Voir, sur le car- dinal Bagni , le tome I , p. 118, 777.
' L'épître dédicatoii-e du Tertullien.
' Le premier président du parlement de Provence.
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encores le quarton de supplt'mienl aux animadversions. J'en «vois bien une ciiiquicsnio qui vint toute la première, mais il y avoit quelques faultes d'imprimerie, et n'estoit pas mesmes ajustée en façon qu'elle se peult jamais relier proprement.
Pour le commerce, je crains fort que nous ne soyons encores bien loing de le restablir, car le vicelegat nous vient de mander que la ma- ladie s'est fourrée tout fraischement dans un village nommé Monteux prez de Carpentras \ où tout d'un coup en 26 heures y a eu 60 per- sonnes frappées, et dicl on qu'un malade par surprinse est venu passer à Noves ^ et à Eyragucs ', où nous avons envoyé en diligence faire fermer tous les lieux où il aura frequanté. Si Dieu ne nous ayde, nous courrons grande fortune à cet esté, et si cez armées ne prennent autre chemin que par cette province et par des lieux où les chaleurs font si facilement prendre le mal. La cavallerie qui devoit passer en Lan- guedoc a rebroussé chemin depuis Arles, et a eu commandement de s'en aller suyvre M'' de Schomborg du costé de Lyon. L'infanterie doibt eslre passée depuis hier; le jour précédant tout estoit desja passé fors le régiment du chevalier de la Valette qui avoit sesjourné un jour plus que son ordinaire ne portoit par les chemins: M' de Guise à la prière du parlement s'en alla en personne en Arles, pour les faire sortir et faire retenir les mullets qu'ils emmenoient pour plus de 60 mill«* escus.
C'est tout ce que je vous puis dire et que je suis tousjours,
Monsieur,
vostre tre/ humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc. A Ail, ce 38 avril 16^9'.
' Monteui est une commune du ddpar- Chfiteau-Rcnard , à 7 kilomètres de cette ville,
tement de Vauciuse, canton de Carpentras, ' Commune du même df'partrment, du
à 5 kilomètres de cette ville. même an-ondissemcnt et du même canton,
' Commune du df^parlement des Bouches- à 5 kilomètres de Château-Renard.
du-Rhône, arrondissement d'Arles, canton de ' Vol. 717, fol. 39.
88 LETTRES DE PEIRESC [1629]
XVII
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y,
À PARIS.
Monsieur, J'ay receu la vostre du 17'"'' avec la boitte de M' Robin, les vers de M'' Sinnond , les papiers de M"' de Vend et autres belles curiositez que vous y joignez d'ordinaire, dont je vous remercie de tout mon cœur, bien niarry que noz chetives revanches ayent si peu de proportion avec les obligations dont vous nous comblez à toutes heures. Je suis bien aise que la lettre de M' Holstenius vous ayt agréé. Je trouve ce personage grandement universel, et qu'il y a tant à apprendre auprez de luy, que sa conversation ou correspondance ne se sçauroit assez prixser. Je suis bien avant en traicté pour les m[anu]s[crit]s grecs, et en ay desja offert 5 00 livres contant des 20 pièces du roolle que vous avez veu, on n'en veult rien r'abbattre de 900 livres. Nous verrons ce qui s'en pourra rogner; tant est que j'auray de la peine de m'empescher de les prendre à ce priy là s'il ne se peult faire mieux, quand ce ne seroit que pour bailler à M"" Holstenius ses Platoniciens, qu'il a maintenant si à coeur. Du Pollux il n'y a que les deux premiers livres de l'imprimé, encores ne sont ils pas complects, mais en revanche des autres libvres- de l'imprimé, il y a en ce volume m[anu]s[crit] afforce autres pièces non jamais imprimées, lesquelles seules m'embarqueront possible à cette ac- quisition, quand il n'y auroit que cela. On l'a conféré sur l'édition de Basle in U° de l'an i636 [sic) ^ et s'y est trouvé la differance contenue au mémoire que je pensois vous avoir envoyé, mais à tout hazard je le feray derechef joindre à la présente. J'ay bien de l'obligation à Mess" Ri- gault et Haultin, du registre de Lauthier^, et trouve fort bon l'employ
' Pour i536. Cette édition de YOnomas- ^ C'est probablement de ce registre qii'a-
tica est la troisième. Les deux premières vait élé tiré l'ouvrage intitulé : Figures des
sont, l'une de i5o2 (Venise, Aide, in-fol.), monnotes de France. Paris, 161g, in-4°. Ce
l'autre de iSao (Florence, in-foi.). volume fut publié par Jean-Baptiste Haultin,
[1629] AUX FRÈRES DUPUY. 89
que vous y faicles de Moulinot, en absance de Quentin; il estoit un |)fiu cslourdy et precipilant', ce me semble, du temps que je l'em- ployois; il n'y aura pas de dan{i[er de luy recommander un peu l'at- Icnlion et i'exactezze en ce qui est des nombres, et puis qu'il me met au taux de M' de Lomenie, à tout le moings qu'il ne fasse pas de dif- (iciilté de vacquer par aprez à la collation sur l'original, avec quelque autre, en payant, affin qu'il n'y demeure pas, s'il est possible, des faultes considérables. Si les livres de M"' Poulain se vendoient, j'acliej)- terois volontiers l'exemplaire que luy avoit donné le dict sieur Aultin, de ce qu'il fit imprimer en taille de boys des monnoyes de France ■^ ])our le faire coupper par petits morceaux, et les faire proprement placqucr auprez de chascun des articles de la coppie du dict registre, où il en est faict mention. C'est daumage que M"" Aultin en fit im- jM'imer si peu d'exemplaires, qu'il en fut incontinant despourveu. Si par cette occasion ou autre de la vente de quelque inventaire il s'en présente à vendre quelque autre exemplaire, je vous supplie de me le faire achepter, pour servir à cet usage là, car j'estimeray bien ce registre, si je l'ay un jour bien complect, l'une des curieuses pièces de mon cabinet. Ces relieurs qui réduisent en libvres les portraicis d'hommes illustres imprimez en placcard chez le Clerc, colleroienl bien proprement toutes cez figures de monnoyes chascune en son lieu et place, selon le dict registre. Je me doubte fort que vostre soubçon concernant les oeuvres de Cardan ne soyt vray; je n'ay ja- mais peu tant gouster cet homme là, où je trouve, ce me semble, beaucoup plus de plume que de chair', mais j'eusse esté bien aise d'y servir M"" Deodati et ceux qui y trouvent leur goust, car comme j'ay
mentionna d.iiis In lellrc précédente. Voir On voit que précipitant s'est dit encore au
Manuel du libraire, t. III, col. 69. xvu*.
' Litlré, qui rappelle cette piquante dé- ' Le livre dont il vient d'être question :
finilion des Français donnée par Martin du Figiires des monnaies de France. Bellay : trLes François sont bouillans et ' Bon jugement pittores<]ncnient exprimé,
précipitants de nature», fait observer que La locution dont se sert Peiresc n'a pas été
le mol s'est dit adjectivement au xvi* siècle. recueillie dans le Dictionnaire de Litlrë. II. la
90 LETTRES DE PEIRESG [1629]
souvent des gousts extraordinaires, et que je suis bien aise que mes amys me les souffrent, je pense estre obligé d'en faire de raesme envers ceux qui ont d'autres gousts que les miens, et c'est comme cela qu'en recherchant ])our l'amour de mes amys des choses que je sçavois estre de leur goust et qui n'estoient nullement du mien, je m'y suis laissé neantmoings prendre quelques foys sans y penser, comme à la moustarde, et m'y suis entin trouvé alTriandé voulusse je ou non, dont je ne me suis pas tant repenty. Mais je ne pense pas pourtant que cela m'advienne, pour ce chef là, à mon advis.
Je me suis un peu lassé à escrire à Rome de façon que je finira y un peu plus tost pour le coup, remettant le reste à ce que j'ay mandé à M' du Puy vostre frère et vous suppliant de me tenir tousjours.
Monsieur, pour
-Yostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresg. A Aix, ce 4 mai lôag.
J'ay eu une relation d'Espagne sur la réduction de la Rochelle, où il n'y a rien à apprendre pour le regard que nous ne sceussions desja mieux d'ailleurs, mais neantmoings il y a certaines chosettes tant à l'advantage de la France que j'ay creu qu'elle meritoit de n'estre pas négligée, et pour cet eflect je la vous envoyé originellement' pour la garder, et faire induire deshorsmais à ceux qui escriront de la préro- gative de la France sur l'Espagne, comme une pièce qui vient de leur main, tout de mesmes comme ils affectent tant d'alléguer noz autheurs Fiançois sur tout ce qui leur peult estre eschappé à leur advaiitage. Vous la pourrez faire voir à M"' l'advocat gênerai Bignon et à M' Go- delroy, qui n'en seront possible pas marrys, non plus que d'apprendre de vostre part que je suis tousjours leur serviteur Irez humble, bien fasché de le leur tesmoigner si mal.
Il y a un libvret in 8° d'observations de médecine imprimé à Paris
' C'est-à-dire à l'étal d'original.
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on i'an 1612 de Chifflcliiis père et du filz aussy', que je recouvrerois volontiers, s'il vous toniboit en main*.
XVIII À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
À PARIS.
Monsieur, Je ne pourray pas avoir le bien de vous entretenir à ce coup cy comme j'eusse désiré, {\ cause du decez d'un nostre parent, qui nous oblige à des compliments qui ne se peuvent remettre. Seulement je vous accHseray la réception de vostre lettre du 18 mars par le sieur Pierre Harwik de Hambourg, qui est party à ce jourd'huy pour aller à Marseille, et delà prendre la routte deSuse et du Piémont, pour s'em- barquer sur le Pô et s'aller rendre à Padoue, où je lui ay baillé des lettres qu'il a désirées pour le sieur Lorenzo Pignoria^, comme aussy pour divers amys en divers lieux de cette province, par lesquels il a prias son destour pour la curiosité. C'est un trez liortneste jeune homme et dont j'estime bien la cognoisçance qu'il vous a pieu me procurer, et vous en remercie de tout mon coeur. Vostre lettre luy vint bien à propos à Monpelier, où l'on l'avoitarresté comme spie*; elle l'ut ouverte, et fut ie seul fondement de sa délivrance. Je receus depuis vostre despesche du 26 avril par la staffette, avec cette généalogie ridicule, une queri- monie^ des Minimes et des poèmes d'Auberoche*, dont je vous remercie,
' Jean Chifllet, «locleur en médecine, seconde partie, n° III, une lettre de Pierre
mort vers i(iio h llcsaiiçon, sa ville na- Dupny ëcrite à Pciresc le 18 mai 1639.
laie, avait laiss»< un ouvrage inédit intitulé : ' Voir sur cet érudit le tome I, p. 3.
Singukres ex curalionibus et cadaverum * Pour espion. Littré rappelle que l'an-
seclionibim obsenaùones , qui fut publié cienne langue disait e.?pic.
par son (ils aînt?, Jean -Jacques, docteur ^ Sous le mot quenmonie Littré cite un
en médecine, sur lequel on peut voir le écrivain du .wi' siècle, Calvin, et doux du
tome