EEÈE=-

ES

PTT “& ny 4 o ) Lg : F4 L - ï Le or MENTALE 2. Ë RE À : DORE EE nr ÿ ns = TU Ê Ê< k EE { " " + Û - î TT AU L - . Pret }

Siolamiomnle celles

LE

EE EI CE TÉI EÈI CE DJ CE D FEI DE CSI CI CE CE SX CS CE] CSS I CS I CC PS

Sosa las leo ele oo

A RL 7 PR 7

Se TARET NES -

ts

en

RE RT Fes

Le à

RUN Det

“HU EE La paire org en es v“

ner CET

POISSONS.

; ges nr

PROISTÈME.

$ Mons :

LC

à +. $

Ho

ms

is Ent

A Cm

: ces È

: VALVE Fishess x Division of U. S. National Museum

HISTOIRE NATURELLE DE S POISSONS,

-. PAR LE CITOYEN LA CEPÉDE, $ À EN Membre du Sénat, et de l’Institut national de France ; l’un des Professeurs du Muséum d'Histoire naturelle; membre de l’Institut national de la République Cisalpine ; de la société d’Arragon; de celle des Curieux de la Nature, de Berlin; des sociétés d'Histoire naturelle, des Pharmaciens, Philotechnique, Philomatique, et des Observateurs de l’homme, de Paris; de celle d'Agriculture d'Agen ; de la société des Sciences et Arts de Montauban; du Lycée d’Alencon; de l’Athénée de Lyon, etc.

TOME TROISIÈME.

À PARIS,

CHEZ PLASSAN,IMPRIMEUR-LIBRAIRE, Rue de Vaugirard, 1195.

L’AN X DE LA RÉPUBLIQUE.

FOX

BUS sol fl

siluorto 2 "ballon sb :

| duo sb re si is Fi Fee LC 2%. bib

DT UE ECS x

r'r< j

RAR NT

GS" : (ME 1F72p | él eCNtHES da TA B LE ST ME Et lui de 9 CONTENUS DANS CE VOLUME. ÂAverTis SEMENT, page 8. SUITE du Tableau des genres des poissons osseux, page 9. pu LÉDES els ide Part de l’homme sur la nature des poissons, page ]. LE scombre germon, page 1. = Le scombre maquereau , 24, Le scombre thazard, 9. Le scombre japonois , 45. Le scombre bonite , 14. Le scombre doré, 46.

Le scombre alatunga, 21.

Le scombre albacore, 48. Le scombre chinois, 23.

TABLEAU des espèces du genre des scombéroiïdes, 50.

Le scombéroïde noël, 5r. Le scombéroïde sauteur, 55. Le scombér. commersonnien, 53.

TABLEAU des espèces du genre des caranx, 57.

Le caranx trachure, 60. Le caranx daubenton, 7r. Le cäranx amie, et le caranx Le caranx très-beau , 72. queue-jaune, 64. Le caranx caravgue, 74..

Le caranx glauque, 66. Le caranx ferdau , le caranx gæss,

Le. caranx blanc, et le caranx le caranx sansun, et le caranx queue-rouge , 68. korab , 75.

Le caranx filamenteux , 70.

TaBLEAU des espèces du genre des trachinotes, 78. Le trachinote faucheur, 79.

TOME III. | | a

2 TABLE TABLEAU des espèces du genre des caranxomores, 82. Le caranxomore pélagique, 83. Le caranxomore plumiérien, 84. TaBLeau des espèces du genre des cæsio, 85. Le cæsio azuror, 86. Le cæsio poulain, 90. TABLEAU des espèces du genre des cæsiomores, 92. Le cæsiomore baillon , 03. Le cæsiomore bloch, 05. TABLEAU des espèces du genre des coris, 96. Le coris aigrette, 07. Le coris anguleux, 99. TABLEAU des espèces du genre des gomphoses, 100. Le gomphose bleu, ror. Le gomphose varié, 104. | TABLEAU des espèces du genre des nasons, 105. Le nason lieornet, 106. Le nason loupe, 11r. TABLEAU des espèces du genre des kyphoses, 114. Le kyphose double-bosse, 115. MABLEAU des espèces du genre des osphronèmes, 116. L’osphronème goramy, 117. L’osphronème gal, 122. TABLEAU des espèces du genre des trichopodes, 125. Le trichopode mentonnier , 126. Le trichopode trichoptère , 129. TABLEAU des espèces du genre des monodactyles, 181. Le monodactyle falciforme, 132. TARLEAU des espèces du genre des. plectorhinques, 134.

Le plectorhinque chétodonoïde , 135. FaBLEeAu des espèces du genre des pogonias, 197.

Le pogonias fascé, 138.

IDE SMART LE S. 3 TABLEAU des espèces du genre des bostrÿches, 140. Le bostryche chinois, 141. Le bostryche tacheté, r43: TABLE AU des espèces du genre des bostrychoïdes, 144. Le bostrychoïde &iïllé, 145. TABLEAU des espèces du genre des échénéis, 146.

L’échénéis rémora , 147. L’échénéis rayé, 167. L’échénéis naucrate, 162.

TABLEAU des espèces du genre des macroures, 160. Le macroure berglax, 170. -

TaBLEau des espèces du genre des cCorÿphènes, 173.

Le coryphène hippurus ; 178. Le coryphène rasoir, 203. Le coryphene doradon, 184. Le coryphène perroquet, 205, Le coryphène chrysurus, 186. Le coryphène camus, 207, Le coryphène scombéroïde, 192. Le coryphène rayé, 208. Le coryphène ondé, 196. Le coryphène chinois, 209. Le corÿphèné pompile, 198. _ Le coryphène pointu, 211. Le coryphène bleu, 200, Le coryphène verd ; et le. cory- Le coryphène plumier, 201. _ phène casqué , 272.

TaBLEaAU des espèces du genre des hémiptéronotes, 214. L'hémiptéronote cinq-taches, 215. .: L’hémiptéronote gmelin, 218. TABLEAU des espèces du genre des coryphénoïdes 210. Le coryphénoïde hottuynien, 220. T'ABLEAU des espècés du genre des aspidophores, 227. L’aspidophore armé, 222. L’aspidophore lisiza, 225. | TABLEAU dès espèces du genre des aspidophoroïdes , 297,

L’aspidophoroïde tranquebar, 228.

4 TABLE TABLEAU des espèces du genre des cottes, 230.

Le cotte grognant, 232. Le cotte insidiateur, 247. Le cotte scorpion, 236. Le cotte madégasse, 248. Le cotte quatre-cornes , 241. Le cotte noir, 250.

Le cotte raboteux, 244. , Le cotte chabot , 252.

Le cotte austral, 246.

TABLEAU des espèces du genre des scorpènes, 258.

La scorpène horrible, 267. La scorpène rascasse, 27h. La scorpène africaine, 266. La scorpène mahé, 278.

La scorpène épineuse, 267. La scorpene truie, 280.

La scorpène aïguillonnée, 268. La scorpène plumier, 282. La scorpène marseilloise, 269. La scorpène américaine , 284. La scorpène double-filament, 270. La scorpène didactyle, 285. La scorpène brachion, 272. La scorpene antennée, 287. La scorpène barbue, 274. La scorpène volante, 289.

TABLEAU des espèces du genre des scombéromores, 292. Le scombéromore plumier, 293. TaBLEaAU des espèces du genre des gastérostées, 205.

Le gastérostée épinoche, le gastérostée épinochette, et le gastérostée

spinachie, 206. TABLEAU des espèces du. genre des centropodes ,' 303. Le centropode rhomboïdal , 304. TasLeaAU des espèces du genre des centrogastères, 306. Le centrogastère brunâtre , et le centrogastère argenté , 307.

TaBLEeAU des espèces du genre des centronotes, 300.

Le centronote pilote, 311. lyzan , 316.

Le centronote acanthias, et le Le centronote carolinin, le cen- centronote glaycos, 315. tronote gardénien, et le centro--

Le centronote argenté, le centro- note vadiso, 318.

note ovale , et le centronote

DES ARTICLES. co)

TABLEAU des espèces du genre des lépisacanthes, 320. Le lépisacanthe japonois, 321. TABLEAU des espèces du genre des. céphalacanthes, 32 *,

Le céphalacanthe spinarelle , 324. TABLE AU des espèces du genre des dactyloptères, 329.

Le dactyloptère pirapède, 326. _ Le dactyloptère japonois , 335. TABLEAU des espèces du genre des prionotes, 336.

Le prionote volant, 337. TABLE AU des espèces du genre des trigles, 330.

La trigle asiatique, 342. La trigle gurnau, et la trigle gron- La trigle lyre, 345. din, 358. La trigle caroline, la trigle ponc- La trigle milan, 362. tuée, et la trigle lastoviza, 340. La trigle menue, 365. La trigle hirondelle, 353. La trigle cavillone , 366.

La trigle pin, 356. TABLEAU des espèces du genre des péristédions, 368.

Le péristédion malarmat, 360. Le péristédion chabrontére, 373

/

TaBLEAU des espèces du genre des istiophores, 374. L’istiophore porte-glaive, 375. ù

TaBLEAU des espèces du genre des gymnètres, 370. Le gymnètre hawken, 380.

TaABLEAU des espèces du genre des mulles, 382.

Le mulle rouget , 385. cyclostome, le mulle trois-ban- Le mulle surmulet , 394. des, et le mulle macronème, Le mulle japonois, 309. | 404. Li

Le mulle auriflamme, 400. Le mulle barberin , le mulle rou- Le mulle rayé, 407. sig geâtre, le mulle rougeor, et le Le mulle tacheté, 402. mulle cordon-jäune, 406,

‘Le mulle deux-bandes, le mulle

6

F'AAPPEL

E

TABLEAU des espèces du genre des apogons, 4rr.

L’apogon rouge, 412.

TABLEAU des espèces du genre dés lonchures, 418.

Le Jlonchure dianème, 414.

TABLE AU des espèces du genre des macropodes, 416.

Le macropode verd-doré, 417.

NOMENCLATURE des labres, cheilines, cheilodiptères ; ophicéphales, hologymnoses, scares, ostorhinques, spares, diptérodons, lutjans, centropomes, bodians, tænianotes, sciènes, microptèeres, holocentres, et persèques : AIO. |

TABLEAU des espèces di genre des ltbres, 424.

Le labre hépate , 456.

Le labre operculé, le labre aurite, le labre faucheur, le Fabre oyène, le labre sagittaire, le labre cap- pa, le labre lépisme, le labre unimaculé, le labre bohar, et le labre bossuw, 463:

Le labre noir, le labre argenté, le labre nébuleux, le labre grisâtre, le labre armé, le labre chapelet,

le labre long-museau, le labre

thunberg, le labre grison , et le labre croissant , 467.

Le labre fauve , Le labre ceylan , le labre deux-bandes, le labre mé- lagastre , le labre malaptére, le Jabre à demi rouge, le labre té- tracanthe, le labre demi-disque,

le labre cerclé, et le labre hé- rissé, 472. Le labre fourche, le labre six-

bandes, Je labre macrogastère, le labre filamenteux , labre anguleux, le labre huit-raies, le labre moucheté, le labre commersonnien , le labre lisse, et le labre macroptere , 477.

Le labre quinze-épines, le labre macrocéphale , le labre plumié- rien, le labre gouan, le labre ennéacanthe, et le labre ronges- raies, 480.

Le labre kasmira, 483.

Le-labre paon, 484:

Le labre bordé , le labre rouillé, le labre œillé, le labre mélops, le labre nil, le labre louche, le labre triple-tache , le labre cen- dré, le labre cornubien. le labre mêlé , et le labre jaunâtre, 487.

Le labre merle , le labre rône , le labre fuligineux , le labre brun ,

Ces.

DORE ASRNTMNO TEE

le labre échiquier, le labre mar- bré, le labre laroe-quene, le labre girelle, le labre parotique, et le labre bergsnyltre, 4092. - Le labre guaze, le labre tancoïde, © le labre double-tache , le labre ponctué, le labre ossifage , le Jabre onite, le labre perroquet, le labre tourd, le labre cinq- épines, le labre chinois, et le labre japonois, bor. |

Le labre linéaire , le labre lunulé,

le labre varié, le labre maillé, le labre tacheté, le labre cock, le labre canude, le labre blan-

ches-raies, le labre bleu, et le

labre rayé, 508.

Le labre ballan, le labre bergylte, le labre hassek , le labre aristé, le labre birayé, le labre grandes-

EE le labre tête-bleue, ls

labre à gouttes , le labre boisé, et le labre cinq-taches, 5x3.

Le labre microlépidote, le labre

vieille , le labre karut, le labre anéi , le labre ceinture , le labre digramme, le labre hololépi- dote, le labre tænioure, le labre parterre, le labre sparoïde, le labre léopard, et le labre ma- laptéronote , 517.

Le labre diane, le labre macro-

donte, le labre neustrien, le labre calops, le labre ensanglan- té, le labre perruche , le labre keslik , et le labre combre, 522,

Le labre brasilien , le labre verd :

le labre trilobé, le labre deux- croissans , le labre hébraïque, le labre large-raie, et le labre annelé, 526.

TABLEAU des espèces du genre des gtiiee 029.

Le cheiline scare, 530.

Le cheilodiptère beptacanthe, le cheïlodiptère chrysoptère ,.-et le cheïlodiptère rayé., 542.

Le cheïlodiptère maurice, 545.

Le cheïlodiptère cyanoptère , le

Le cheiïline trilobé, 537.

TABLEAU des espèces du genre des ch elodiptères, 039.

pililuéipese boops , et chei- )ladiptère acoupa , 546.

Le, €heiïlodiptère macrolépidote, ,€b le, cheilodiptère tacheté,

549 +

TABLEAU des espèces du genre des ophicéphales, Or. JL SÉRIE karruwey, et lV’ophicéphale wrah}, 552. TaBLEau des espèces du genre des holosymnoses, 536.

L’hologymnose fascé, 5b7.

AVERTISSEMENT

Cr troisième volume de lHistoire des poissons renferme la description de deux cent quatre-vingt-dix-huit espèces, dont cent Sont encore inconnues. Elles sont réparties dans quarante- huit genres, parmi lesquels on devra en compter trente-quatre qu'aucun naturaliste n’avoit encore établis.

Les trois premiers volumes de l'Histoire des poissons com- prennent donc des articles relatifs à six cent dix espèces, dont cent: cinquante-quatre n’avoient été décrites par aucun auteur, avant notre travail sur ces animaux, et que nous avons distri- buées dans quarante - neuf genres connus depuis long -temps, et dans soixante autres genres que nous avons formés.

Le nombre des planches du troisième volume est moindre que nous ne lavions cru, parce que l'histoire de plusieurs espèces de poisson auxquelles ces planches sont relatives, ne paroîtra que dans le quatrième, ou dans le cinquième et der- nier volume. Elle a été ainsi reculée pour faire place à celle d’än grand nombre d’espèces qui devoient la précéder d’après l’ordre méthodique suivi dans cet ouvrage, et au sujet desquellés nous avons recu de nos correspondans des notes très-multipliées et tres-étendues, depuis lPimpression du second volume.

Ce second volume renferme la figure d’une espèce décrite dans le troisième ; c’est celle du labre tétracanthe, représenté pl. XIIL, fig. 8.

On trouvera dans le quatrième, dont l’impression est presque terminée, l’article relatif au /uwijan trilobé, dont on peut voir la figure au 3 de la planche XNT du second volume.

SUITE DUT AB LE A U

DU DIX-NEUVIÈME ORDRE

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, DU TROISIÈME ORDRE

DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUXY*.

_ Genres.

78. ÉCHÉNÉIS.

Une plaque très-grande, ovale, composée de lames transversales, et placée sur la

tête, qui est déprimée.

k ne Deux nageoires sur le dos; la queue deux 72 fois plus longue que le corps.

Le sommet de la tête très - comprimé et comme tranchant par le haut, ou tres- élevé et finissant sur le devant par un plan presque vertical, ou terminé anté-

80. CORYPHÈNE. rieurement par un quart de cercle, ou garni d’écailles semblables à celles du dos ; une seule nageoire dorsale, et cette na- geoire du dos presque aussi longue que le corps et la queue.

(Le sommet de la tête très-comprimé, et

Qr. HÉMIPTÉRONOTE. comme tranchant par le haut, ou très- élevé et finissant sur le devant par un plan

\ er

# Voyez le tableau qui est à la tête du premier volume, et celui qui est à la tête du second. .

TOME III b

FO

Genres:

81.

82.

09.

84.

82.

86.

HÉMIPTÉRONOTE.

CORYPHÉNOIÏDE,.

ASPIDOPHORE.

ASPIDOPHOROÏDE.

COTTE.

SCORPÈENE:

TrACBUE EE AD

presque vertical, ou terminé antérieure- ment par un quart de cércle, ou garni d’écailles semblables à celles du dos; une seule nageoire dorsale, et la longueur de cette nageoire du dos ne surpassant pas ou surpassant à peine la moitié de la lon- gueur du corps et de la queue pris en- semble.

comme tranchant par le haut, ou trés- élevé et finissant sur le devant par un plan presque vertical, ou terminé anté- rieurement par un quart de cercle, ou garni d’écailles semblables à celles du dos; une seule nageoire dorsale; l’ouverture des branchies ne consistant que dans une fente transversale.

| sommet de Ja tête très-comprimé, et

de cuirasse écailleuse ; deux nageoires sur le dos; moins de quatre rayons aux na-

F corps et la queue couverts d’une sorte

geoires thoracines,

Le corps et la queue couverts d’une sorte

|

de cuirasse écailleuse ; une seule nageoire sur le dos; moins de quatre rayons aux nageoires thoraeines.

a tête plus large que le corps; la forme générale un peu conique; deux nageoires sur le dos; des aiguillons ou des tuber- cules sur la tête ou sur les opercules des branchies ; plus de trois rayons aux na- geoires thoracines.

rances ; ou de barbillons , et dépourvue de petites écailles ; une seule nageoire dor-

| tête garnie d’aiguillons, ou de protubé-

sale,

T'DrESY E E NRA. IT

Genres. Une seule nageoire dorsale ; de petites na-

*

87. s se Die Med geoires au- dessus et au-dessous de la e AS e

queue ; point d’aiguillons isolés au- devant de la nageoire du dos.

Une seule nageoire dorsale; des aiguillons isolés , ou presque isolés , au-devant de la nageoïre du dos; une carène longitudi-

88. GASTÉROSTÉE,. NM - nale de chaque côté de la queue ; un ou

x

deux rayons au plus à chaque nageoire thoracine ; ces rayons aïguillonnés.

Deux nageoires dorsales; un aiïguillon et cinq ou six rayons articulés très-petits à chaque nageoire thoracine ; point de pi-

89. CENTROPODE. quans isolés au-devant des nageoires du

dos, mais les rayons de la première dor- sale à peine réunis par une membrane; point de carène latérale à la queue,

= D NUS CHE ES Quatre aïguillons et six rayons articulés à

| chaque nageoire thoracine.

Une seule nageoire dorsale; quatre rayons au moins à chaque thoracine ; des pi- quans isolés au-devant de la nageoiïre du

RS Te NE dos; une saillie longitudinale sur chaque

côté de la queue, ou deux aiguillons au-

. devant de la nageoire de l’anus.

Les écailles du dos, grandes, ciliées et ter- minées par un aiguillon ; les opercules den-

92. LÉPISACANTHE. telés dans leur partie postérieure, et dé- nués de petites écailles ; des aiguillons

isolés au-devant de la nageoire dorsale.

Le derrière de la tête garni , de chaque côté, gd CÉPHALACANTHE de deux piquans dentelés et très-]longs ; point d’aiguillons isolés au-devant de la

rageoire du dos.

ER TAPBUL UE AU

Genres: | Une petite nageoire composée de rayons 94. DACTYLOPTÈRE, soutenus par une membrane, auprès de*la

base de chaque nageoire pectorale. +: aiguillons dentelés, entre les deux na-

$ geoires dorsales ; des rayons articulés et . PRIONOTE. 4 9 non réunis par une membrane , auprès de

chacune des nageoires pectorales,

Point d’aiguillons dentelés entre les deux

nageoires dorsales; des rayons articulés et 96. TRIGLE. : F , non réunis par une membrane, auprès de

sn,

chacune des nageoires pectorales,

Des rayons articulés et non réunis par une

membrane, /auprès des nageoires pecto- À 4 rales ; une seule nageoire dorsale; point 97° PÉRISTEDION. Fate L d’aiguillons dentelés sur le dos; une ou plusieurs plaques osseuses au-dessous du

| corps.

NT

des nageoires pectorales, ni de plaques

no RCE au-dessous du corps ; la première nageoire du dos, arrondie, très-longue , et d’une hauteur supérieure à celle du corps:

deux rayons à chaque thoracine.

è de rayons articulés et libres auprés

Point de nageoire de l’anus; une seule na- 99. GYMNÈTRE. geoire dorsale ; les rayons des nageoires: thoracines très-alongés.

détachent aisément ; deux nageoires dor-

Le corps couvert de grandes écailles qui se à LLE. : 4 k :

UE Fan sales; plus d’un barbillon à la mâchoire inférieure.

=

{Les écailles grandes et faciles à détacher ; le sommet de la tête élevé ; deux nageoires. FQF 1), ARS CON dorsales; point de barbillons au-dessous

de la mâchoire inférieure.

ve

Genres:

102 LONCHURE.

103, MACROPODE,

104. LABRE.

105. CHEILINE.

106, CHEILODIPTÈRE.

DES GENRES,

L

|

19

a nageoire de la queue lancéolée ; cette na geoire.et les pectorales aussi longues, au moins , que le quart de la longueur totale de l'animal ; la nageoire dorsale longue , et profondément échancrée; deux barbillons à la mâchoire inférieure.

es thoracines au moins de la longueur du corps proprement dit ; la nageoïre caudale très-fourchue , et à peu près aussi longue que le tiers de la longueur totale de Pani- mel; la tête proprement dite et' les oper- cules reyêtus d’écailles semblables à celles

du dos; l’ouverture de la bouche très- petite.

dents incisives ou molaires ; les opercules des branchies, dénués de piquans et de

dentelure; une seule nageoire dorsale; cette

Ë lèvre supérieure extensible; point de

nageoire du dos très-séparée celle de la queue , ou très-éloignée de la nuque, ou composée de rayons terminés par un fila- ment,

des branchies dénués de piquans et de dentelure; une seulé nageoire dorsale; cette nageoire du dos très-séparée de celle de la queue, ou très-éloïgnée de la nuque, ou composée de rayons termi- nés par un fHilament; de grandes écailles ou des appendices placés sur la base de la nageoire caudale, ou sur les côtés de la queue.

La lévre supérieure extensible; point de

| lèvre supérieure extensible; les opercules

dents incisives ni molaires; les opercules. des branchies dénués de piquans et de den- telure ; deux nageoires dorsales.

14 TABLE AU

Genres:

107, OPHICÉPHALE.

108. HOLOGYMNOSE.

109. SCARE.

110. OSTORHINQUE.

IIIe SPARE.

| | |

Point de dents incisives ni molaires ; les oper-

cules des branchies dénués de piquans et de dentelure; une seule nageoire dorsale ; la tête aplatie, arrondie par-deyant , sem- biable à celle d’un serpent, et couverte d’écailles polygones, plus grandes que celles du dos, et disposées à peu prés comme celles que l’on voit sur la tête de la plupart des couleuvres ; tous les rayons des nageoires articulés.

Toute la surface de l’animal dénuée d’é-

cailles facilement visibles; la queue re- présentant deux cônes tronqués , appliqués le sommet de l’un contre le sommet de Pautre , et inégaux en longueur ; la cau- dale très-courte ; chaque thoracine compo- sée d’un ou plusieurs rayons mous et réu- nis ou enveloppés de manière à imiter un barbillon charnu.

Les mâchoires osseuses, très-avancées, et

tenant lieu de véritables dents ; une seule nageoire dorsale.

Les mâchoires osseuses, très-avancées , et

tenant lieu de véritables dents ; deux na- geoires dorsales.

Les lèvres supérieures peu extensibles, ou

non extensibles ; ou des dents incisives, ou des dents molaires disposées sur un ou plusieurs rangs; point de piquans ni de dentelure aux opercules ; une seule na- geoire dorsale ; cette nageoire éloignée de celle de la queue, ou la plus grande hau- teur du corps proprement dit, supérieures ou égale , ou presque égale à la longueur de ce même corps.

SG E NE ES, ; 15

Genres. Les lèvres supérieures peu extensibles, ou

112. DIPTÉRODON.

313 LUTJAN.

UC BODIAN.

Un ou plusieurs aiguillons et point de den- 116. TÆNIANOTE. -

117. SCIÈNE.

I14 GENTROPOME. |

non extensibles ; ou des dents incisives, ou des dents molaires disposées sur un ou plusieurs rangs; point de piquans ni de dentelure aux opercules ; deux nageoires dorsales ; la seconde nageoiïre du dos éloi- gnée de celle de la queue, ou la plus grande hauteur du corps proprement dit, supérieure , ou égale, ou presque égale à la longueur de ce même corps.

Une dentelure à une ou à plusieurs pièces

de chaque opercule; point de piquans’ à ces pièces; une seule nageoire dorsale; un seul barbillon ou point de barbillons aux mâchoires.

Une dentelure à une ou à plusieurs pièces de

chaque opercule; point d’aiguillons à ces pièces ; un seul barbillon ou point de bar- billons aux mâchoires; deux nageoires dorsales.

Un ou plusieurs aiguillons et point de den-

telure aux opercules; un seul barbillon ou point de barbillons aux mâcloires; une seule naceoire dorsale.

telure aux opercules; un seul barbillon ou point de barbillons aux mâchoires; une nägeoire dorsale étendue depuis l’entre- deux des yeux jusqu’à la nagcoire de la queue, ou très-longue et composée de plus

!

de quarante rayons.

Un ou plusieurs aiguillons et point de den-

telure aux opercules; un seul barbillon ou point de barbillons .aux mâchoires ; deux nageoires dorsales,

16 TAB LÆEAU DL S:"CENRh-E-s;

Genres.

118 MICROPTÈRE.

4

‘119, HOLOCENTRE.

‘120. PERSÈQUE,

Un ou plusieurs aiguillons et point de den

telure aux opercules ; un barbillon ou point de barbillons aux mâchoires; deux na- geoires dorsales ; la seconde très-basse , très-courte, ét comprenant au, plus cinq

Yayons rayons,

Un ou plusieurs aiguillons et une dentelure aux opercules; un barbillon ou point de barbillons aux mâchoires ; une seule na- geoire dorsale.

Un ou plusieurs aiguillons et une dentelure

aux opercules; un barbillon ou point de . barbillons aux mâchoires ; deux nageoires CQrSAIeES

2

- HISTOIRE NATURELLE

DES POISSONS.

DES EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

SUR LA NATURE DES POISSONS.

C’EsT un beau spectacle que celui de l'intelligence humaine, disposant des forces de la Nature, les divi- sant, les réunissant, les combinant, les dirigeant à son gré, et, par l'usage habile que l’expérience et l’obser- vation lui en ont appris, modifiant les substances, TOME II, A

ij EFFETS DE L'ART DE L'HOMME. transformant les êtres , et rivalisant, pour ainsi dire; avec la puissance créatrice.

L'amour propre, l'intérêt, le sentiment et la raison applaudissent sur-tout à ce noble spectacle , lorsqu'il nous montre le génie de l’homme exerçant son empire, non seulement sur la matière brute qui ne lui résiste que par sa masse, ou ne lui oppose que ce pouvoir des affinités qu'il lui suffit de connoître pour le mat- triser, mais encore sur la matière organisée et vive, sur les corps animés, sur les êtres sensibles, sur les propriétés des espèces, sur ces attributs intérieurs, ces facultés secrètes , ces qualités profondes qu'il Horse sans mème parvenir à dévoiler leur essence.

De quelques êtres organisés et vivans que l’on veuille dessiner l’image, on voit presque toujours sur quel- ques uns de leurs traits l'empreinte de l’art de l’homme.

Sans doute l'histoire de son industrie n'est pas celle de la Nature : mais comment ne pas en écrire quelques pages , lorsque le récit de ses procédés nous montre jusqu’à quel point la Nature peut être contrainte à agir sur elle-même, et que cette puissance admi-

rable de l’homme s'applique à des objets d'une haute importance pour le bonheur public et pour la félicité privée? |

Parmi ces objets si dignes de l'attention de l’économe privé et de l'économe public, comptons, avec les sages de l'antiquité, ou, pour mieux dire, avec ceux de tous les siècles qui ont le plus réuni l'amour de

SUR LA NATURE DES POISSONS. ä) l'humanité à la connoissance des productions de la Nature, la possession des poissons les plus analogues aux besoins de l’homme. |

Deux grands moyens peuvent procurer ces poissons que l’on a toujours recherchés, mais auxquels, dans certains siècles et dans certaines contrées, on a attaché un si grand prix.

Le premier de ces moyens, résultat remarquable du perfectionnement de la navigation, multipliant chaque jour le nombre des marins audacieux, et accroissant les progrès de l’admirable industrie sans laquelle il n’auroit pas existé, obtiendra toujours les plus grands encouragemens des chefs des nations éclairées : il consiste dans ces grandes pèches auxquelles des hommes entreprenans et expérimentés vont se li- vrer sur des mers lointaines et orageuses. |

Mais l'usage de ce moyen, limité par les vents, les courans et les frimas, et troublé fréquemment par Tes innombrables accidens de l'atmosphère ét des mers, exige sans cesse une association constante, prévoyante et puissante, une réunion difhcile d’instrumens variés, une sorte d'alliance entre un grand nombre d'hommes que l'on ne peut rencontrer que très-rarement et rapprocher qu'avec peine. Il ne -donne à nos ateliérs qu'une partie des produits que l’on pourroit retirer des animaux poursuivis dans ces pêches éloignées et fameuses, et ne procure pour la nourriture de l’homme que des préparations peu substantielles, peu agréables, ou peu salubres,

iv EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

Le second moyen convient à tous les temps, à tous les lieux , à tous les hommes. Il ne demande que peu de précautions, -que peu d'efforts, que peu d’instans, que peu de dépenses. Il ne commande aucune absence du séjour que l'on affectionne, aucune interruption de ses habitudes, aucune suspension de ses affaires ; il se montre avec l'apparence d’un amusement varié, d'une distraction agréable, d'un jeu plutôt que d’un travail; et cette apparence n’est pas trompeuse. Il doit plaire à tous les âges; il ne peut être étranger à aucune condition. Il se compose des soins par lesquels on par- vient aisément à transporter dans les eaux que l’on veut rendre fertiles, les poissons que nos goûts ou nos besoins réclament, à les y acclimater , à les y conserver, à les y multiplier, à les y améliorer.

Nous traiterons des grandes pêches dans un discours

particulier.

Occupons-nous dans celui-ci de cet ensemble de soins qui nous rappelle ceux que les Xénophon, les Oppien, les Varron, les Ovide, les Columelle, les Ausone, se plaisoient à proposer aux deux peuples les plus illustres de l'antiquité, que la sagesse de leurs préceptes , le charme de leur éloquence, la beauté de leur poésie et l'autorité de leur renommée inspiroient avec tant de facilité aux Grecs et aux Romains, et qui étoient en très-grand honneur chez ces vainqueurs de

l'Asie et de l’Europe, que la gloire avoit couronnés de

tant de lauriers. $

SUR LA NATURE DES POISSONS. V

L'homme d'état doit les encourager, comme une seconde agriculture : l’homme des champs doit les adopter, comme une nouvelle source de richesses et de plaisirs. ;

En rendant en effet les eaux plus productives que la terre, en répandant les semences d'une abondante et utile récolte , dans tous les lacs, dans les rivières, dans les ruisseaux, dans tous les endroits que la plus foible source arrose, qui conservent sur leur surface le produit des rosées et des pluies, ces soins que nous allons tâcher d'indiquer, n’augmenteront-ils pas beau- coup cette surface fertile et nourricière du globe, de . laquelle nous tirons nos véritables trésors? et l’accrois- sement que nous devrons à ces procédés simples et peu nombreux, ne sera-t-il pas d'autant plus considé- rable, que ces eaux dans lesquelles on portera , en- trétiendra et multipliera le mouvement et la vie, offriront une profondeur bien plus grande que la couche sèche fécondée par la charrue, et à laquelle nous confions les graines des végétaux précieux ?

Et dans ses momens de loisir, lorsque l’ami de la Nature et des champs portera ses espérances , ses sou-- venirs, ses douces rêveries , sa mélancolie même, sur les rives des lacs, des ruisseaux ou des fontaines, et que, moilement étendu sur une herbe fleurie, à l'ombre d'arbres élevés et touffus, il goûtera cette sorte d’ex- tase, cette quiétude touchante, cette volupté du repos, cet abandon de toute idée trop forte, cette absence

v) EFFETS DE L’'ARTDE L'HOMME

de toute affection trop vive, dont le charme est si grand pour une ame sensible, n’éprouvera-t-il pas une jouissance d'autant plus douce qu'il aura sous ses yeux, au lieu d'une onde stérile, déserte, inanimée, des eaux vivifiées, pour ainsi dire, et embellies par la légéreté des formes, la vivacité des couleurs, la variété des jeux, la rapidité des évolutions ?

Voyons done comment on peut transporter, aceli- mater, multiplier et-perfectionner les poissons; ou, ce qui est la même chose, montrons comment l'art modifie leur nature.

Tâchons d'éclairer la route élevée du physiologiste par les lumières de l'expérience, et de diriger l’expé- rience par les vues du physiologiste.

Disons d’abord comment on transporte les poissons d’une eau dans une autre.

De toutes les saisons, la plus favorable au transport de ces animaux est l'hiver, à moins que le froid ne soit très-rigoureux. Le priñtemps et l'automne le sont beaucoup moins que la saison des frimas; mais il faut toujours les préférer à l'été. La chaleur auroït bientôt fait périr des individus accoutumés à une température assez douce; et d'ailleurs ils ne résisteroient pas à l'influence funeste des orages qui règnent si fréquem- ment pendant l'été. |

C'est en effet un beau sujet d'observation pour le physicien, que l’action de l'électricité de l'atmosphère sur les-habitans des eaux, action à laquelle ils sont

SUR LA NATURE DES POISSONS. vi} soumis non seulement lorsqu'on les force à changer de séjour, mais encore lorsqu'ils vivent indépendans dans de larges fleuves, ou dans des lacs immenses, dont la profondeur ne peut les dérober à la puissance de ce

- feu électrique.

Il ne faut exposer aux dangers du transport que des poissons assez forts pour résister à la fatigue, à la contrainte, et aux autres inconvéniens de leur voyage. À un an, ces animaux seroient encore trop jeunes ; l’âge le plus convenable pour les faire passer d'une eau dans une autre, est celui de trois ou quatre ans.

On ne remplira pas entièrement d’eau les tonneaux dans lesquels on les renfermera. Sans cette précaution, les poissons, montant avec rapidité vers la surface de

Veau , blesseroient leur tête contre la partie supérieure

du vaisseau dans lequel ils seront placés. Ces tonneaux devront d’ailleurs présenter un assez grand espace. Bloch, qui a écrit des observations très-utiles sur l'art d'élever les animaux dont nous nous occupons, demande qu'un tonneau destiné à transporter des poissons du poids de cinquante kilogrammes (cent livres, ou à peu près) contienne trois cent vingt litres ou pintes d'eau. |

Il est même nécessaire que vers la fin du printemps, ou au comméncement de l'automne , c’est-à-dire, lors- que la chaleur est vive au moins pendant plusieurs heures du jour, cette quantité d’eau soit plus grande, et souvent double; et quelle que soit la température de l'air, il faut qu'il y ait toujours une communication

Vij EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

libre entre l'atmosphère et l’intérieur du tonneau, soit pour procurer aux poissons , suivant l'opinion de quel- ques physiciens, l'air qui peut leur être nécessaire, soit pour laisser échapper les miasmes malfaisans et les gaz funestes qui, ainsi que nous l'avons déja dit dans cette histoire, se forment en abondance dans tous les endroits les habitans des eaux sont réunis en très-grand nombre, même lorsque la chaleur n'est pas très-forte, et leur donnent la mort souvent dans un espace de temps extrêmement court.

Mais comme ces soupiraux si nécessaires aux pois- sons que l'on fait voyager , pourroient, s'ils étoient faits sans attention, laisser à l’eau des mouyemens trop libres et trop violens qui la feroient jaillir, pous- seroient les poissons les uns contre les autres, les frois- seroient et les blesseroient mortellement, il sera bon de suivre, à cet égard, les conseils de Bloch, qui recommande de prévenir la trop grande agitation de l’eau par une couronne de paille ou de petites planches minces introduites dans le tonneau, ou en adaptant à lorifice qu'on laisse ouvert, un tuyau un peu long, terminé en pointe, et percé vers le haut de plusieurs trous qui établissent une communication sufhisante entre l'air extérieur et l’intérieur du vaisseau *.

Toutes les fois que la distance le permettra, on emploiera aussi des bêtes de somme tranquilles, ou

* Jnéroduction à l'histoire naturelle des poissons, par Bloch.

SUR LA NATURE DES POISSONS. IX

même des porteurs attentifs, plutôt que des voitures exposées à des cahots rudes et à des secousses brusques et fréquentes. |

On prendra encore d’autres précautions, suivant les circonstances dans lesquelles on se trouvera, et les espèces dont on voudra porter des individus vivans à un assez grand éloignement de leur premier séjour.

Si l’on veut, par exemple, conserver en vie, malgré un long trajet, des truites, des loches, ou d’autres poissons qui périssent facilement, et qui se plaisent au milieu d’une eau courante, on change souvent celle du tonneau dans lequel on les renferme, et on ne cesse de communiquer à celle dans laquelle on les tient - plongés , un mouvement doux, mais sensible, qui sub- siste lors même que la voiture qui les porte s'arrête, et qui, bien inférieur à une agitation dangereuse, représente les courans naturels des rivières ou des ruisseaux. | |

Pour peu que l’on craigne les effets de la chaleur , on voyagera la nuit ; et l’on évitera avec le plus grand soin, en maniant les poissons, de les presser, de les froisser, de les heurter.

Onne les laissera hors de l'eau que pendant le temps le plus court possible, sur-tout lorsqu'un soleil sans nuages pourroit, en desséchant promptement leurs organes et particulièrement leurs branchies, les faire périr très-promptement. Cependant, lorsque le temps sera froid, on pourra transporter des anguilles, des

TOME 1:11 B.

x EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

carpes, des brèmes, et d'autres poissons qui vivent assez long-temps hors de l'eau, sans employer ni tonneau ni voiture, en les enveloppant dans de la neige et dans des feuilles grandes, épaisses et fraîches, telles que celles du chou ou de la laitue. Un moyen presque sem- blable a réussi sur des brèmes que l’on a portées vi- vantes à plus de dix myriamètres (vingt lieues). On les avoit entourées de neige , et on avoit mis dans leur bouche un morceau de pain trempé dans de l’eau-de- vie. |

C'est avec des précautions analogues que ‘dès le seizième siècle®on a-répandu dans plusieurs contrées de l’Europe, des ‘espèces précieuses de poisson, dont on y étoit privé. C’est en les employant, qu'il paroît que Maschal à introduit la carpe en Angleterre en 4514; que Pierre Oxe l'a donnée au Danemarck en 1550; qu'à ‘une époque plus rapprochée on a naturalisé l’acipensère strelet en Suède, ainsi qu'en Poméranie, ét qu'on a peuplé de cyprins dorés de la Chine les eaux non seulement de France, mais encore d'Angleterre, de Hollande et d'Allemagne.

Mais il est un procédé par le moyen duquel on par- vient à son but avec bien plus de sûreté, de facilité et d'économie, quoique beaucoup plus lentement.

Il consiste à transporter le poisson, non pas déve- loppé’et parvenu à une taille plus ou moins grande, mais encore dans l’état d’embryon et renfermé dans son ‘œuf. Pour réussir plus aisément, on prend les

SUR LA NATURE (DES: POHSSONS. is]

herbes ou les pierres sur lesquellss les’ femelles :ont déposé leurs œufs, et les mâles deur laite, et on les porte dans un vase plein d'eau, jusqu'au lac, à l'étang, à la rivière, ou au bassin que lan: desire de peupler. On apprend facilement à distinguer les œufs fécondés, -d'avec ceux qui n'ont pas été arrosés de la liqueur pro- lifique du mâle, et que l'on doit rejeter: les premiers paroissent toujours plus jaunes, plus clairs ; plus dia- phanes. On remarque cette différence dès le premier jour de leur fécondation, si l’on se sert d’une loupe; et dès le troisième ou le quatrième jour on n’a plus besoin de cet instrument, pour voir que ceux qui n'ont pas été fécondés par le mâle, deviennent à chaque instant plus troubles, plus opaques, plus ternes: ils perdent tout leur éclat, s'altèrent, se décomposent; et dans cet état de demi-putréfaction, ils ont été com- parés à de petits grains de grêle qui commencent à

se fondre *. | Pour pouvoir employer ce transport des œufs fécon- dés, d’une eau dans une autre, il faudra s'attacher à connoître dans chaque pays le véritable temps de la ponte de chaque espèce, et du passage des mâles au- dessus des œufs; et comme dans presque toutes les espèces de poissons on compte trois ou-quatre époques du frai, les jeunes individus pondant leurs œufs plus. tard que les femelles plus avancées en âge, et celles-ci

| |

* Bloch, Zrfroduction à Phistorre naturelle des poissons.

x] EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

plus tard que d’autrés femelles plus âgées encore, que ces époques sont ordinairement séparées par un inter- valle de neuf ou dix jours, et que d’ailleurs il s'écoule toujours au moins près de neuf jours entre l'instant de la fécondation et celui le fœtus brise sa coque et vient à la lumière, on pourra chaque année, pendant un mois ou environ, chercher avec succès des œufs Fécondés de l'espèce qu'on voudra introduire dans une eau qui ne l'aura pas encore nourrie.

Si le trajet est long, on change souvent l’eau du vase dans lequel les œufs sont transportés. Cette pré- caution a paru nécessaire même dans les premiers jours de:la ponte, l'embryon contenu dans l’œuf ne: peut. être supposé respirer en aucune manière, puisque, dans ces premiers jours, non seulement le petit animal est renfermé dans ses enveloppes et dans la membrane qui entoure l’œuf, mais encore montre au microscope le cours de son sang , dirigé de manière à circuler sans passer par des branchies qui ne sont ni développées ni visibles. Elle ne sert donc dans ce pre- mier temps qu'à préserver les œufs et les embryons, de l’action des gaz ou miasmes qui se produiroient dans une eau que l’on ne renouvelleroit pas, et qui, péné- trant au travers de la membrane de l'œuf, agiroient d'une manière funeste sur les nerfs ou sur d’autres organes encore extrêmement délicats des jeunes pois- sons. La nécessité de ce changement d’eau est donc une nouvelle preuve de ce que nous avons dit dans ce

SUR LA NATURE DES POISSONS xl Discours , et dans celui que nous avons publié sur la nature des poissons, au sujet du besoin que l'on a pour conserver ces animaux en vie, d'entretenir une communication très-libre entre l’atmosphère et le fluide dans lequel ils sont plongés.

On favorise le développement de l'œuf et la sortie du fœtus, en les plaçant après le transport dans un endroit éclairé par le soleil. On les hâte même par cette attention; et Bloch nous apprend dans l'introduction que nous avons déja citée, qu'ayant fait quatre paquets d'herbes chargées d'œufs de la même espèce, ayant exposé le premier au soleil du midi, le second au soleil levant, le troisième au couchant, et ayant fait mettre le quatrième à l'abri du soleil, les œufs du premier paquet furent ouverts par le fœtus deux jours avant ceux du quatrième, et les œufs du second et du troi- sième un jour plutôt que ceux du quatrième paquet, que la chaleur du soleil n'avoit pas pénétrés.

‘Cependant les eaux dans lesquelles vivent les pois- sons, peuvent être salées ou douces, troubles ou lim- pides, chaudes ou froides, tranquilles ou agitées par des courans plus ou moins rapides, Elles doivent tou- jours présenter ces qualités combinées quatre à quatre, la même eau devant être nécessairement courante ou tranquille, froide ou chaude, claire ou limoneuse, douce ou salée. Mais ces huit modifications réunies quatre à quatre peuvent produire seize combinaisons : l'eau qui nourrit les poissons peut donc offrir seize

XIV EFFETS DE L'ART DE L'HOMME manières d’être très-différentes l’une de l’autre, et très-faciles à distinguer. Nous en trouverions un nombre immense si nous voulions faire attention à toutes les nuances que chacune de ces modifications pêut mon- trer, et à toutes les combinaisons qui peuvent résulter du mélange de tous ces degrés. Néanmoins ne tenons compte que des seize caractères bien distincts qui peuvent appartenir à l'eau; et voyons l'influence de la nature des différentes eaux sur la conservation des poissons que l’on veut acclimater. - Ilest évident que si l’on jette les yeux au hasard sur une des seize combinaisons que nous venons d'indi- quer, on ne la verra pas séparée des Tee autres par un égal nombre de différences. |

Que l’on dépose donc les poissons que l'on viendra de transporter, dans les eaux les plus analogues à celles dans lesquelles ils auront. vécu ; et lorsqu'on sera embarrassé pour trouver de ces éaux adaptées aux in- dividus que l’on voudra conserver, que lon préfère de les placer dans des lacs, ils jouiront à leur vo- lonté des eaux courantes qui s'y jettent ou en sortent, et des eaux paisibles qui y séjournent, ils ren- contreront des touffes de végétaux aquatiques et des rochers nuds, des fonds de sable et des terrains vaseux, ils jouiront d’une température douce en s’enfonçant dans les endroits les plus profonds, et ils pourront se réchauffer aux rayons du soleil en s’élevant vers la surface. è

SUR LA NATURE DES POISSONS. XV

Que l’on choisisse néanmoins les lacs dont les rives

sont unies, plutôt que ceux dont les rivages sont très- -hauts; et si l’on est obligé de se servir de ces lacs à bords très-exhaussés, et par conséquent les œufs déposés sur des fonds trop éloignés de l'atmosphère ‘ne peuvent pas recevoir l'heureuse influence de la lumière et de la chaleur, qu’on supplée aux côtes basses et aux pentes douces , en faisant construire dans ces lacs et auprès de leurs bords des espèces de parcs ou de viviers en bois, qui présenteront des plans incli- _nés très-voisins de la surface de l’eau, et que l’on gar- nira, dans la saison convenable, de branches et de rameaux sur lesquels les femelles puissent frotter leur ventre et se débarrasser de leurs œufs.

Aura-t-on à sa disposition des eaux thermales assez abondantes pour: remplir de vastes réservoirs, et y couler constamment en si grand volume, que dans toutes les saisons la chaleur y soit très-sensible? On en profitera pour acclimater des espèces étrangères, utiles par la bonté de leur chair, ou agréables aux yeux par la vivacité de leurs couleurs, la beauté de leurs formes et l'agilité de leurs mouvemens , et qui. n'auront vécu jusqu à ce moment que dans les contrées renfermées dañs la zone torride ou très-voisines des tropiques.

Lorsque les poissons ne pr pas délicats , ils peuvent néanmoins supporter Ru le passage dune eau à une eau très-différente de la première. On l'a

XV) EFFETS DE L'ART DE L'HOMME remarqué particulièrement sur l’anguille; et le citoyen De Septfontaines, observateur très-éclairé, que nous avons eu le plaisir de citer très-souvent dans nos ou- vrages, nous a écrit dans le temps, qu'il avoit fait transporter des anguilles d’une eau bourbeuse dans le vivier le plus limpide, d’une eau froide dans une eau tempérée , d'une eau tempérée dans uné eau froide, d'un vivier très-limpide dans une eau limoneuse, etc. ; qu’il avoit fait supporter-ces transmigrations à plus de trois cents individus ; qu'il les y avoit soumis dans différentes saisons ; qu’il n’en étoit pas mort la ving- tième partie; et que ceux qui avoient péri, n’avoient succombé qu'à la fatigue et à la gêne que leur avoit fait éprouver un séjour très -long dans des vaisseaux très-étroits.

On pourroit croire, au premier coup d'œil; qu'une des habitudes les plus difficiles à donner aux poissons seroit celle de vivre dans l’eau douce après avoir vécu dans l’eau salée, ou celle de n'être entourés que d’eau salée après avoir été continuellement plongés dans de l'eau douce. | |

Cependant on ne conservera pas long-temps cette opinion , si l’on considère qu'à la vérité l'eau salée, comme plus pesante, soutient davantage le poisson qui nage, et dès-lors lui donne, tout égal d’ailleurs, plus d'agilité et de vitesse dans ses mouvemens, mais que lorsqu'elle se décompose dans les branchies pour en- tretenir par son oxygène la circulation du sang, au

SUR LA NATURE DES POISSONS xvi) seulement dans. le canal intestinal pour servir par son hydrogène à la nourriture de l’animal, le sel dont elle est imprégnée, n’altère ni l’un ni l’autre produit de cette décomposition. L’oxygène et l'hydrogène reti- rés de l'eau salée, obtenus par le moyen de l’eau douce, offrent les mêmes propriétés, produisent les mêmes effets. Si le poisson est plus gèné dans ses mou- vemens au milieu d'un lac d'eau douce que dans le sein de l'océan, il tire de l’eau de la mer et de celle du lac la même nourriture; et il peut, au milieu de l’eau douce, n'être privé que de cette sorte de modification qu'impriment la substance saline et peut-être une matière particulière bitumineuse ou de toute autre nature , contenues dans l'eau de l'océan, et qui l’envi- ronnant sans cesse, lorsqu'il vit dans la mer, peuvent traverser ses tégumens, pénétrer sa masse, et s’iden- tifier avec ses organes.

De plus, un très-grand nombre de poissons ne passent-ils pas la moitié de l’année dans l'océan, et l'autre moitié dans les rivières ainsi que dans les ileuves? et ces poissons voyageurs ne paroissent-ils pas avoir absolument la même organisation que ceux qui, plus sédentaires, n’abandonnent dans aucune saison les rivières ou la mer?

Quant à la température, les eaux, au moins les eaux profondes, présentent presque la même, dans quelque contrée qu’on les examine. D'ailleurs les ani- maux s accoutument beaucoup plus aisément qu'on ne

TOME III. | C

XVI] EFFETS DE L'ART DE L'HOMME le croit, à des températures très-différentes de celle à laquelle la Nature les avoit soumis. Ils s’y habituent même lorsque, vivant dans une très-grande indépen- dance, ils pourroient trouver dans des contrées plus chaudes ou plus froides que leur nouveau séjour, une sûreté aussi grande, un espace aussi libre, une habita- tion aussi adaptée à leur organisation, une nourriture aussi abondante. Nous en avons un exemple frappant dans l'espèce du cheval. Lors de la découverte de l'Amérique méridionale, plusieurs individus de cette espèce, amenés dans cette partie du nouveau conti- nent, furent abandonnés, ou s’échapptrent dans des contrées inhabitées voisines du rivage sur lequel on : les avoit débarqués : ils s'y multiplièrent; et de leur postérité sont descendues des troupes très-nombreuses de chevaux sauvages, qui se sont répandus à des dis= tances très-considérables de la mer, se sont très-éloignés de la ligne équinoxiale, sont parvenus très-près de l'extrémité australe de l'Amérique, y occupent de vastes déserts, n'y ont perdu aucun de leurs attributs, ont été plutôt améliorés qu'altérés par leur nouvelle manière de vivre, y sont exposés à un froid assez rigoureux pour qu'ils soient souvent obligés de chercher leur nourriture sous la neige qu'ils écartent avec leurs pieds; et néanmoins on ne peut guère disconvenir que le cheval ne soit originaire du climat brûlant de l’Arabie. Il n’y a que les animaux nés dans les environs des cercles polaires, qui ont dès leurs premières années

| SUR LA NATURE DES POISSONS. xix supporté le poids des hivers les plus rigoureux, et dont la nature, modifiée par les frimas, non seule- ment dans eux, mais encore dans plusieurs des géné- rations qui les ont précédés, est devenue, pour arnsi dire, analogue à tous les effets d’un froid extrême, qui ne paroïissent pas pouvoir résister à une tempéra- ture très-différente celle à laquelle ils ont toujours été exposés. Il semble que la raréfaction produite dans les solides et dans les liquides par une grande éléva- tion dans température, est pour les animaux um changement bien plus dangereux que l’acéroissement de ton, d'irritabilité ét force, que les solides peuvent recevoir de l'augmentation du froid; et voilà pourquoi on n'a pas éncoré pu parvenir à faire vivre pendant long - temps dans le climat tempéré la France les rerines qu'on y avoit amenés des contrées boréales de PEuropé. » f CR On doit donc, tout égal d’ailleurs, essayer de trans< porter les poissons du midi das les laes ou les rivières du nord, plutôt qué ceux des contrées séptentrionaltes dans les eaux du midi. Lors même que les rivières les lacs dans lésquels on aura transporté les poissons méridionadux, seront situés de manière à avoir leur sur- face glacée pendant: une partie plus moins longue de l’année, ces animaux pourront ÿ vivre. Ils se tién: dront dans-le fond. de leurs habitations pendant que l'hiver règnera; et si dans cette retraite. profonde ils manquent d'une communication sufisante avec Fair

xx EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

de l'atmosphère, ou si la gelée, pénétrant trop avant; leur fait subir son influence, descend jusqu’à eux et les saisit, ils tomberont dans cette torpeur plus ou moins prolongée, qui conservera leur existence en en ralentissant les principaux ressorts ‘. Combien d’indi- vidus et même combien d'espèces cet engourdisse- ment remarquable ne préserve-t-il pas de la destruc- tion en concentrant la vie dans l’intérieur de l'animal, en l’éloignant de la surface elle seroit trop forte- ment attaquée, en la renfermant, pour ainsi dire, dans une enveloppe qui ne conserve de la vitalité que ce qu'il faut pour ne pas éprouver de grandes décom- positions, et en la réduisant, en quelque sorte, à une circulation si lente et si limitée, qu’elle peut être in- dépendante des objets extérieurs *! S'il ne répare pas, comme le sommeil journalier, des organes usés par la fatigue, il maintient ces organes; s'il ne donne pas de nouvelles forces, il garantit de l’anéantisse- ment; s'il ne ranime pas le souffle de la vie, il brise les traits de la mort. Quelles que soient la cause, la force ou la durée du sommeil , il est done toujours “un grand bienfait de la Nature; et pendant qu’il charme les ennuis de l'être pensant et sensible, non seulement il guérit ou suspend Îles douleurs, mais il prévient et écarte les maux de l'animal , qu , réduit à un instinct «+ Voyez l’article du scombre maqguerear.

3 Voyez le Discours sur la nature des quadrupèdes OPÉpareS

SUR LA NATURE DES POISSONS: xx)

borné , n'existe que dans le présent, ne rappelle aucun ‘souvenir , et ne conçoit aucun espoir.

La qualité ét l'abondance de la nourriture, ces grandes causes des migrations volontaires de tous les animaux qui quittent leur pays, sont aussi les objets auxquels on doit faire le plus d'attention, lorsqu'on cherche à conserver des animaux en vie dans un autre séjour que leur pays natal, et par conséquent lorsqu'on veut acclimater des espèces de poisson.

L’aliment auquel le poisson que l’on vient de dé- payser est le plus habitué, est celui qu'il faudra lui procurer ; il retrouvera sa patrie par-tout il aura sa nourriture familière. Par le moyen d'herbes, de feuilles, d'amas de végétaux, de fumiers de toute sorte, on donnera un aliment très -convenable aux espèces qui se nourrissent de débris de corps organisés; on cher- chera , on rassemblera des larves et des vers pour celles qui les préfèrent ; et lorsqu'on aura transporté des bro- chets ou d’autres poissons voraces , il faudra mettre dans les eaux qui les auront reçus, ceux dont ils aiment à faire leur: proie, qui se plaisent dans les mêmes habitations que ces animaux carnassiers , ou qui sont peu recherchés par les pècheurs, comme des éperlans, des-cyÿprins goujons, des cyprins gibèles, des cyprins bordelières, etc:

On trouvera , en parcourant les différens articles de cette histoire, un grand nombre d'espèces remarquables par leur beauté, par leur grandeur et par le goût exquis

Xxi] EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

de leur chair, qui manquent aux eaux douces de notre patrie, et qu'on pourroit aisément acclimater en France, avec les précautions ou par les moyens que nous venons d'indiquer, ou en employant des procédés analogues à ceux que nous venons de décrire, et qu'on préféreroit d'après la longueur du trajet, la nature du voyage, le climat que les poissons auroient quitté, la saison que l'on auroit été obligé de choisir , et plusieurs autres circonstances. De ce nombre séroient, par exemple, le centropome sandat de la Prusse, lholocentre post des contrées septentrionales de FAllemagne ; et on ne devroit même pas être effrayé par la grandeur de la distance, sur-tout lorsque le transport pourroit avoir lieu par mer, ou par des rivières, ou des canaux. On peut en effet, lorsqu'on navigue sur Focéan, sur des canaux ou sur des fleuves, attacher à l'arrière du bâtiment une sorte de vaisseau, ou, pour mieux dire, de grande caisse, que lon rend assez pesante pour qu'elle soit presque entièrement plongée dans l'eau, et dont les parois sont percées de manière que les poissons qui y. sont renfermés recoivent tout le Auide qui leur est nécessaire, et communiquent avec l'atmosphère de la manière la plus avantageuse, sans pouvoir s'échapper et sans avoir rien à craindre de la dent des squales des autres animaux aquatiques et féroces. Nous indi- quons donc à la suite du post et du sandat , et entre plusieurs autres que les bornes de ce discours ne nous permettent pas de rappeler ici, l'osphronème goramy,

SUR LA NATURE DES POISSONS. xxii}

déja apporté de la Chine à l'Isle de France, le bodian aya des lacs du Brésil, et l’holocentre sogo des grandes Indes , de l'Afrique et des Antilles.

Quand on n'aura pas une eau courante à donner à ces poissons arrivés d'une terre étrangère, et princei- palement lorsque ces nouveaux hôtes auront vécu, jus- qu'à leur migration, dans des fleuves ou des rivières, on compensera le renouvellement perpétuel du fluide environnant que le courant procure, par une grande étendue donnée à l'habitation. Ici, comme dans plu- sieurs autres phénomènes, un grand volume en repos tiendra lieu d’un petit volume en mouvement; et dans un espace de temps déterminé, l'animal jouira de la même quantité de molécules de fluide, différentes de celles dont il aura déja reçu l'influence.

Sans cette précaution, les poissons que l’on voudroit acclimater éprouveroient les mêmes accidens que ceux de nos contrées que l’on enlève aux petites rivières, et particulièrement à la partie de ces rivières la plus voi- sine de la source, et qu'on veut conserver dans des vaisseaux ou même dans des bassins très-étroits. On ect obligé de renouveler très-souvent l’eau qui les entoure; sans cela , les diverses émanations de leur corps, et l’ef- fet nécessaire du rapprochement d’une grande quan- tité de substances animales, vicient l’eau, la corrompent par la production de gaz que l’on voit s'élever en petites bulles, et la rendent si faneste poureux, qu'ils périssent s'ils ne viennent pas à la surface chercher

XX1V EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

le voisinage de l'atmosphère, et respirer, pour ainsi dire, des couches de fluide plus pures.

Ces faits sont conformes à de belles expériences faites par mon confrère le citoyen Silvestre le fils, et à celles qui furent dans le temps communiquées à Buffon par une note que ce grand naturaliste me remit quelques années après, et qui avoient été tentées sur des gades lotes, des cottes chabots, des cyprins gou- jons, et d’autres cyprins , tels que des gardons, des vérons et des vaudoises.

Les poissons que l’on veut acclimater sont plus ex= posés que les anciens habitans des eaux dans lesquelles on les a placés, non seulement aux altérations dont nous venons de parler, mais encore à {outes les ma- ladies auxquelles leurs diverses tribus sont sujettes.

Ces maladies assaillent ces tribus aquatiques, même lorsque les individus sont encore renfermés dans l'œuf, On a observé que des embryons de saumon, de truite et de beaucoup d’autres espèces, périssoient lorsque des substances grasses, onctueuses, et celles que l'on désigne par le nom de saletés et d’ordures, s’attachoient à l'enveloppe qui les contenoit, et qu une eau courante ne nettoyoit pas promptement cette membrane.

On suppléera facilement à cette eau courante par une attention soutenue et divers petits moyens que Îles cir- constances suggéreront. |

Lorsque les poissons : sont vVIeUX, Fran épro ouvent sou- vent une altération particulière qui se manifeste à la

SUR LA NATURE DES POISSONS. XXV

surface de l'animal ; les canaux destinés à entretenir ou renouveler les écailles s’obstruent ou se déforment; les organes qui filtrent la substance nourricière et répa- ratrice de ces lames, s’oblitèrent ou se dérangent ; les écailles changent dans leurs dimensions ; la matière qui les compose n'a plus les mêmes propriétés ; elles ne sont plus ni aussi luisantes, ni aussi transparentes, ni aussi colorées ; elles sont clair-semées sur la peau de l'animal vieilli ; elles se détachent avec facilité ; elles ne sont pas remplacées par de nouvelles lames, ou elles

cèdent la place, en tombant, à des excroissances dif-

formes, produites par une matière écailleuse de mau-

vaise qualité, mélangée avec des élémens hétérogènes, et mal élaborée dans des parties sans force, et dans des

tuyaux qui ont perdu leur première figure. Cette alté-

ration est sans remède ; il n’y a rien à opposer aux effets

nécessaires d'un âge très-avancé, Si dans les poissons,

comme dans les autres animaux, l’art peut reculer l’é-

poque de la décomposition des fluides, de l'affoiblisse-

ment des solides, de la diminution de la vitalité, ilne

peut pas détruire l'influence de ces grands change-

mens , lorsqu'ils ont été opérés. S'il peut retarder la

rapidité du cours de la vie,ilne peut pas la faire remon-

ter vers sa source

Mais les maux irréparables de la vieillesse ne sont pas

à craindre pour les poissons que l’on cherche à acclima-

ter : dans la plupart des espèces de ces animaux, ils ne

se font sentir qu'après des siècles, et l'éducation des

TOME III D

k

XX) EFFETS DE L'ART DE L'HOMME individus que l’on transporte d’un pays dans un autre, | est terminée long-temps avant la fin déces nombreuses années. Leurs habitudes sont d'autant plus modifiées, leur nature est d'autant plus changée avant qu'ils ap- prochent du terme de leur existence, qu'on a com- mencé d'agir sur eux pendant qu'ils étoient encore très- jeunes.

C'est d’autres maladies que celles de la décrépitude qu'il faut chercher à préserver ou à guérir les poissons que l'on élève. Et maintenant nous agrandissons le sujet de nos pensées ; et tout ce que nous allons dire doit s'appliquer non seulement aux poissons que l’on veut acclimater dans telle ou telle contrée, mais encore à tous ceux que la Nature fait naître sans le secours de Vart.

Ces maladies qui rendent les poissons languissans et les conduisent à la mort, proviennent quelquefois de la mauvaise qualité des plantes aquatiques des autres végétaux qui croissent près des bords des fleuves ou des lacs, et dont les feuilles, les fleurs ou les fruits sont saisis par l'animal qui se dresse, pour ainsi dire, sur la rive, ou tombent dans l’eau, y fottent, et vont ensuite former au fond du lac ou de la rivière un sédiment de débris de corps organisés. Ces plantes peuvent être, dans certaines saisons de l'année, viciées au point de ne fournir qu'une substance mel-saine, non seulement aux poissons qui en mangent, mais encore a ceux qui dévorent les petits animaux dont elles ont

SUR LA NATURE DES POISSONS. xxvij composé la nourriture. On prévient ou on arréte les suites funestes de la décomposition de ces végétaux en | détruisant ces plantes auprès des rives de l'habitation des poissons , êt en les remplaçant par des herbes ou des fruits choisis que l’on jette dans l'eau peupléé ces animaux:

La plus terrible des maladies dés poissons est celle qu'il faut rapporter aux miasmes produits dans le fluide qui les eñnvironne.

C’est à ces miasmes qu'il faut attribuer la mottaz lité qui régna parmi ces animaux dans les grands et nombreux étangs des environs de Bourg, chef-lieu département de l’Aïn, lors de l'hiver rigoureux de la fin de 1766 ét du commencement de 1789, et dont lestimable Varenne de Fénille donna uné notice très bien faite dans le Journal de physique de noÿémbre 1709. DÈs le 26 novémbre 1788, suivant ce très -boit observateur, la surface des étangs fut profondément gelée; la glace ne fondit qué vers li fin de janvier: Dans le moment du dégel, lés rives des étangs furètit couvertes d'une quantité prodigieuse de cadavres poissons, rejetés par les eaux. Pari dés animaux morts, on compta beaucoup plus de carpes que perchés, de brochets ét de tanches. Les étangs blancs, c'est-a-diré ceux dont les eaux reposoient sur uh s6l dur, ferme et aroilleux, n’offrirent qu'un petit nombre de signes de cette mortalité : ceux qu'on avoit récernz ment réparés et nettoyés, montrèrent aussi sur leurs .

XXVI] EFFETS DE L'ART DE L'HOMME bords très-peu de victimes : mais presque tous les poissons renfermés dans des étangs vaseux, encombrés de joncs ou de roseaux, et surchargés de débris de végétaux, périrent pendant la gelée. Ce qui prouve évidemment que la mort de ces derniers animaux n’a pas été l'effet du défaut de l'air de l'atmosphère, comme le penseroient plusieurs physiciens , et qu’elle ne doit être rapportée qu à la production de gaz délé- tères qui n'ont pas pu séchapper au travers de la croûte de glace, c'est que la gelée a été aussi forte à la superficie des étangs blancs et des étangs nouvelle- ment nettoyés, qu'à celle des étangs vaseux. L'air de l'atmosphère n'a pas pu pénétrer plus aisément dans les premiers que dans les derniers; et cependant les poissons de ces étangs blancs ou récemment réparés ont vécu, parce que le fond de leur séjour, n'étant pas couvert de substances végétales, n'a pas pu pro= duire les gaz funestes qui se sont développés dans les étangs vaseux. Et ce qui achève, d'un autre côté, de prouver l'opinion que nous exposons à ce sujet, et qui est importante pour la physique des poissons, c'est que des oiseaux de proie, des loups, des chiens et des cochons mangèrent les restes des animaux rejetés après le dégel sur les rivages des étangs remplis de joncs, sans éprouver les inconvéniens auxquels ils auroient été exposés s'ils s'étoient nourris d'animaux morts d’une maladie véritablement pestilentielle.

Ce sont encore ces gaz malfaisans que nous devons

SUR LA NATURE DES POISSONS. XXIX

regarder comme la véritable origine d’une maladie épizootique |qui fit de grands ravages, en 1757, dans les environs de la forêt de Crécy. M. de Chaignebrun, qui a donné dans le temps un très-bon traité sur cette épizootie, rapporte qu’elle se manifesta sur tous les ani- maux; qu'elle atteignit les chiens, les poules, et s'éten- dit jusqu'aux poissons de plusieurs étangs. Il nomme cette maladie févre épidémique contagieuse, inflamima- toire, putride et. gangréneuse. Un médecin d’un excel- lent esprit, dont les connoissances sont très-variées', et qui sera bientôt célèbre par des ouvrages inportans, le: citoyen Chavassieu-Daudebert, lui donne, dans sa Vo sologie comparée, le nom de charbon syrnptomatique, Je pense que cette épizootie ne seroit pas parvenue Jus- qu'aux poissons, si elle n'avoit pas tiré son origineyde gaz délétères. Je crois, avec Aristote, que les poissons . revêtus d’écailles, se nourrissant presque toujours de substances lavées par de grands volumes d’eau, res- pirant par un organe particulier, se servant, pour ceé acte de la respiration, de l'oxygène de l’eau bien plus fréquemment que de celui de l'air, et toujours envi- ronnés du fluide le plus propre à arrêter la plupart des contagions, ne peuvent pas recevoir de maladie pestilentielle des animaux qui vivent dans l’atmo- sphère. Mais les poissons des environs de Crécy n'ont pas été à l'abri de lépizootie, au-dessous des couches d'eau qui les recouvroient, parce qu'en même temps que les marais voisins de La forêt exhaloient les

XXX EFFETS DE LART DE L'HOMME miasmés qui donnoient la mort aux chiens, aux poules, et à d’autres espèces terrestres, le fond des étangs p'oduisoit des gaz aussi funestes que ces miasmes. Il n'ÿ à pas eu de communication de maladie; mais déux causes analogues, agissant en même temps, l'une sous Feau, et l'autre dans l'atmosphère, ont DR des éffets semblables. |

On peut prévenir presque toutes ces mortalités que causent des gaz déstructeurs, en ne laissant pas dans le fond des étangs ou des rivières, des tas de corps organisés qui puissent, en se décomposant, produire dés émaänations péstilentielles , en les entraînant par de l'eau courante que l’on introduit dans ces étangs, et par de l'eau très-pure et très-rapide que l’on con: dt dans ces rivières pour en renouveler le fluide, de la même manière que l’on renouvelle celui des temples, des sallés de spectacle et d'autres grands édifices par lés courans d'air que l'on y dirige, ét énfin en brisant pendant l'hiver les glaces qui se forment sur la surface des étangs et des rivières, et qui retiendroïent les gaz pernicieux dans l'habitation des poissons.

Il paroît qué lorsque la chaleur est très-orande, elle agit sur les poissons indépendamment des fer: mentations, des décompositions et des exhaälaisons qu’elle peut faire naître. Elle influe diréctement sur ces animaux, sur+tout lorsqu'ils sont renfernsés dans des réservoirs qui ne contiennent qu'uu pêtit volume

4

SUR LA NATURE DES POISSONS. xxx) d'eau. Elle parvient alors jusqu'au fond du réservoir, qu’elle pénètre , ainsi que les parois; et réfléchie en- suite par ce fond et ces parois très-échauffés, elle attaque de toutes parts les poissons, qui se trouvent dès-lors placés comme dans un foyer , et elle leur nuit au point de leur donner des maladies sraves. C’est ainsi qu’on a vu des anguilles mises pendant l'été dans des bassins trop peu étendus, gagner une maladie qu'elles se communiquoient, et qui se manifestoit par des taches blanches. On dit qu’on les a guéries par le moyen du sel, et de la plante nommée s/ratioïdes aloïdes. Mais quoi qu’il en soit, il vaut mieux empêcher cette maladie de naître, en préservant les poissons de l'excès de da chaleur, en pratiquant dans leur habita tion des endroits profonds ils puissent trouver un abri contre les feux de l’astre du jour, en plantant sur une partie du rivage des arbres touffus qui leur donnent ‘une ombre salutaire. |

Et comme il est très-rare que tous les extrêmes ne soient pas nuisibles, parce qu'ils sont le plus éloignés possible de la combinaison da plus commune et par conséquent la plus naturelle des forces et des résis= tances ; pendant que les eaux trop échaniffées ou trop impures donnent la mort à leurs habitans, eelles qui sont trop froides et trop vives les font aussi périr, ou du moins les soumettent à diverses incommocdités, et particulièrement les rendent aveugles. Nous trouvons à ce sujet, dans les Mémoires de l'Académie des sciences

XXX]) EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

pour 1748, des observations curieuses du général Montalembert, faites sur des brochets ; et le comte d'Achard en adressa d’analogues à Buffon, en 1779, dans une lettre, dont mon illustre ami m'a remis dans

le temps un extrait. « Dans une terre que jai en Nor-

3

»

mandie, dit le comte d’Achard, il existe une fon- taine abondante dans les plus grandes sécheresses. Je suis parvenu, au moyen de canaux de terre cuite, à amener l’eau de cette source dans trois bassins que

jai dans mon parterre, Ces bassins sont murés et

pavés à chaux et à sable; mais on n’y a mis l’eau qu'après qu'ils ont été parfaitement secs. Après les avoir bien nettoyés et fait écouler la première eau, on y a laissé séjourner celle qui y est venue depuis, et qui coule continuellement. Dans les deux premiers bassins, j'ai mis des carpes de la plus grande beauté, avec des tanches; dans le troisième, des poissons de la Chine (des cyprins dorés) : tout cela existe depuis trois ans. Aujourd’hui les carpes , précieuses par leur beauté et leur grandeur vraiment prodigieuse, sont attaquées d’une maladie cruelle et dont elles meurent

journellement. Elles se couvrent peu à peu d'un

limon sur tout le corps, et sur-tout sur les yeux, il ÿ à en sus une espèce de taie blanche qui se forme peu à peu, comme le limon, jusqu'à l'épaisseur de deux ou trois lignes. Elles perdent d’abord un œil, puis l’autre, et ensuite crèvent...... Les tanches et les poissons chinois ne sont pas attaqués de cette

- SUR LA NATURE DES POISSONS. xxxii + maladie. Est-elle particulière aux carpes ? quel en » est le remède? d'où cela peut-il venir? de la vivacité » de l’eau ? etc. etc. etc, »

Cette dernière conjecture nous paroît très-fondée ; et ce que nous venons de dire devra faire trouver aisé- ment le moyen de garantir ces poissons de cette cécité que la mort suit souvent.

Ces poissons sont aussi quelquefois menacés de périr, parce qu’un de leurs organes les plus essentiels est attaqué. Les branchies par lesquelles ils respirent, et que composent des membranes si délicates et des vaisseaux sanguins si nombreux et si déliés , peuvent être déchirées par des insectes ou-des vers aquatiques qui s'y attachent, et dont ils ne peuvent pas se débar- rasser. Peut-être, après avoir bien reconnu l'espèce de ces vers ou de ces insectes, parviendra-t-on a trouver un moyen d'en empêcher la multiplication dans les étangs, et dans plusieurs autres habitations des pois- sons que l’on voudra préserver de ce fléau.

Les poissons étant presque tous revêtus d’écailles dures et placées en partie les unes au-dessus des autres, ou couverts d'une peau épaisse et visqueuse, ne sont sensibles que dans une très-petite étendue de leur surface. Mais lorsque quelque insecte, ou quelque ver, s'acharne contre la portion de cette surface qui n'est pas défendue , et qu'il s'y place et s’y accroche de manière que le poisson ne peut, en se frottant contre des végétaux, des pierres, du sable, ou de la

HAQEMPENNCT IT, E

XXxiV EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

vase, l'écraser, ou le détacher et le faire tomber, la grandeur, la force, l'agilité, les dents du poisson , ne sont plus qu'un secours inutile. En vain il s’agite se secoue, se contourne, va, revient, s'échappe, s’en- fuit avec la rapidité de l'éclair; il porte toujours avec lui l'ennemi attaché à ses organes ; tous ses efforts sont impuissans; et le ver ou linsecte est pour lui au milieu des flots ce que la mouche du désert est dans les sables brülans de l'Afrique, non seulement pour la timide gazelle, mais encore pour le tigre sanguinaire et pour le fier lion, quelle perce, tour- mente et poursuit de son dard acéré, malgré leurs bonds violens, leurs mouvemens impétueux et leur rugissement terrible.

Mais ce n’est pas assez pour l'intelligence humaine de conserver ce que la Nature produit : que, rivale de cette puissance admirable, elle ajoute à la fécondité ordinaire des espèces; qu'elle multiplie les ouvrages de la Nature.

On a rema arqué que ; dans presque toutes les espèces de poissons, le nombre des mâles étoit plus grand et même quelquefois double de celui des femelles; et comme cependant un seul mâle peut féconder des millions d'œufs, et par conséquent le produit de la ponte de plusieurs femelles, il est évident que l'on favorisera beaucoup la multiplication des individus, SE on a le soin, lorsqu'on pêchera , de ne garder que les mâles , et de rendre à l’eau les femelles. On distinguera

SUR LA NATURE DES POISSONS. XXxv

facilement, dans plusieurs espèces , les femelles des mâles , sans risquer de les blesser, ou de nuire à la reproduction, et sans chercher, par exemple, dans le temps voisin du frai, à faire sortir de leur corps quel- ques œufs plus ou moins avancés. En effet, dans ces espèces, les femelles sont plus grandes que les mâles; et d'ailleurs elles offrent dans les proportions de leurs parties, dans la disposition de leurs couleurs, ou dans la nuance de leurs teintes, des signes distinctifs qu’il faudra tâcher de bien connoître , et que nous ne né- gligerons jamais d'indiquer en écrivant l'histoire ces espèces particulières.

Lorsqu'on ne voudra pas Radies à leur séjour natal toutes les femelles que l’on pêchera, on préférera de conserver pour la reproduction les plus longues et les plus grosses, commé pondant une plus grandé quan tité d'œufs. | |

De plus, et si des circonstances impérieuses ne S'y opposent pas, qué l'on entoure les étangs ét les viviers de claïiés ou de filéts, qui, dans le temps du frai, retiennent les herbes ou les branchés chargées d'œufs, et les empêchent d’être entraînées hors de ces réservoirs par les débordemens fréquens à l’époque la ponte.

Qué l'on éloigne , autant qu'on le pourra, les fri- ganes, et les autres insectes aquatiques voraces qui détruisent les œufs et les poissons qui viennent d’éclore.

Que l’on construise quelquefois dans les viviers dif- férentes enceintes , l’une pour-les œufs, et-les autres

XXXY) EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

pour les jeunes poissons, que l’on séparera en plusieurs bandes, formées d’après la diversité de leurs âges, et renfermées chacune dans un réservoir particulier.

Il est des viviers et des étangs dans lesquels des poissons très-recherchés , et, par exemple, des truites, vivroient très-bien, et parviendroient à une grosseur. considérable : mais le fond de ces étangs étant très- vaseux, Cest en vain que les femelles le frottent avec leur ventre avant d'y déposer leurs œufs; la vase repa- roît bientôt, salit les œufs, les altère, les corrompt, et les fœtus périssent avant d’éclore.

Cet inconvénient a fait imaginer une manière de faire venir à la lumière ces poissons, et particulière- ment les saumons et les truites, qui d’ailleurs ne ser- vira pas peu, dans beaucoup de circonstances, à multi- plier les individus des espèces les plus utiles ou les plus agréables. M. de Marolle, capitaine dans le régi- ment de la Marine, tempérant les austérités des camps par le charme de l'étude des sciences utiles à l'huma- nité, écrivit la description de ce procédé à Hameln en Allemagne, pendant la guerre de sept ans. Il rédigea cette description sur les mémoires de M. J.L. Jacobi, lieutenant des miliciens du comté de Lippe-Detmold, et l'envoya à Buffon, qui me la remit lorsqu'il voulut bien m'engager à continuer l'Histoire naturelle.

_. On construit une grande caisse à laquelle on donne ordinairement quatre mètres de longueur, un demi- mètre de largeur, et seize centimètres de hauteur.

SUR LA NATURE DES POISSONS. Xxxvi)

À un bout de cette longue caisse, on pratique un trou carré, que l’on ferme avec un treillis de fer dont les fils sont éloignés les uns des autres de cinq ou Six millimètres.

On ménage un trou à peu près semblable dans la planche du bout opposé, et vers le fond de la caïsse.

Et enfin on en perce un troisième dans le couvercle de la caisse; et on le garnit, ainsi que le second, d’un treillis pareil à celui du premier.

Ces trous servent et à soumettre les fœtus ou (ee jeunes poissons à l'influence des rayons du soleil, et à les préserver de gros insectes et de campagnols aquatiques, qui mangeroient et les œufs et les poissons éclos.

Un petit tuyau fait entrer l’eau d’un ruisseau ou d’une source par le premier treillis ; et cette eau courante s'échappe par la seconde ouverture.

On couvre tout le fond de la caisse d’un gravier bien lavé de la hauteur de deux ou trois centimètres , et on étend sur ce gravier de petits cailloux bien serrés, de dimensions semblables à celles d’une noisette , "et parmi lesquels on place d’autres cailloux de la grosseur d’une noix.

A l’époque du frai de l'espèce dont on veut multi- plier les individus, on se procure un mâle et une femelle de cette espèce, et, par exemple, de celle du saumon.

On prend un vase bien net, dans lequel on nret deux ou trois litres d'eau bien claire. On tient le saumon

XXXVIIj EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

femelle dans une situation verticale, etla tête en haut au-dessus du vase. Si les œufs sont déja bien dévelop- pés, ou bien z24rs, ils coulent d'eux-mêmes ; sinon, ON facilite leur chûte en frottant le ventre de la femelle doucement de haut en bas, et avec la paume de la main. Dans plusieurs espèces de poissons, on peut voir un organe particulier que nous avons remarqué avec soin, qui na été observé que par un petit nombre de natu- ralistes , dont très-peu de zoologues ont connu véri- table usage, et que le savant Bloch a nommé zombril, Cet organe est une sorte d'appendice d’une forme alon- gée et un peu conique, et dont la place la plus ordinaire est auprès et au-delà de l'anus. Cet appendice creux et percé par les deux bouts, communique avec les réser= voirs de la laite dans les mâles, et les ovaires dans les femelles. Ce petit tuyau est le conduit par lequel les œufs sortent et la liqueur séminale s'échappe : nous le nommons en conséquence appendice génital. L’urine du poisson sort aussi par cet appendice; ce qui donne à cet organe une analogie de plus avec les parties sexuelles et extérieures des mammifères. Il ne peut pas servir à distinguer les sexes, puisqu'il appartient au mâle aussi- bien qu'à la femelle : mais sa présence ou son absence, et ensuite ses proportions et sa figure particulière, peuvent être employées avec beaucoup d'avantage pour établir une ligne de démarcation exacte et constante entre des espèces voisines, aimsi que nous le montre- rons dans la suite de l’histoiré que nous écrivons.

SUR LA NATURE DES POISSONS. XXxIx

C’est par cet appendice génital que, dans la méthode de reproduction, en quelque sorte artificielle, que nous décrivons, les femelles qui sont pourvues de cet organe extérieur, laissent couler leurs œufs.

Lorsque les œufs sont tombés dans l’eau, on prend le mâle, on le tient verticalement au-dessus de ces œufs; et pour peu que cela soit nécessaire, on aide par un léger frottement l'épanchement de la liqueur pro- hfique , dont on peut arrêter l'écoulement au moment l'eau est devenue blanchätre par son mélange avec cette liqueur spermatique.

Il est des espèces de poissons, et notamment de Cyprins, comme le nase, le roethens, dans lesquelles on peut choisir avec facilité un mâle pour la fécondation des œufs que l’on a obtenus. Dans ces espèces, les mâles, sur-tout lorsqu'ils sont jeunes, présentent des taches, de petites protubérances , ou d’autres signes extérieurs qui annoncent qu'ils sont déja surchargés d’une laite abondante.

On met dans la grande caisse les œufs fécondés ; on les y distribue de manière qu'ils soient toujours cou- verts par l’eau courante ; on empêche que Le mouve- ment de cette eau ne soit trop rapide, afin qu'il ne puisse pas entraîner les œufs. On écarte soigneusement avec des plumes, ou par tout autre moyen, les saletés, qui pourroient s'introduire dans la caisse; et au bout d'un temps qui varie suivant les espèces , la tempéra- ture de l'eau, et la chaleur de l'atmosphère, on voit éclore les poissons que l’on desiroit.

xl EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

Au reste, la sorte de fécondation artificielle opérée avec succès par M. Jacobi, peut avoir lieu sans la pré- sence de la femelle: il suffit de ramasser les œufs qu’elle dépose dans son séjour naturel; il seroit même possible de connoître, à l'instant on les recueilleroit, s'ils auroient été déja fécondés par le mâle, ou s'ils n’au- roient pas reçu sa liqueur prolifique. M. Jacobi assure en effet que lorsqu'on observe avec un bon microscope des œufs de poisson arrosés de la liqueur séminale du mâle, on peut appercevoir très-distinctement dans ces œufs une petite ouverture qui ne paroissoit presque pas, ou étoit presque insensible avant la fécondation, et dont il rapporte l'extension à l'introduction dans l’œuf d'une portion du fluide de la laite.

Quoi qu'il en soit, on peut aussi, en suivant le pro- cédé de M. Jacobi, se passer de la présence du mâle. On peut n'employer la liqueur prolifique que quelque temps après sa sortie du corps de l'animal, pourvu qu’un froid excessif ou une chaleur violente ne des- sèchent pas promptement ce fluide vivifiant ; et même la mort du mâle, pourvu qu'elle soit récente, n’em- pêche pas de se servir de sa laite pour la fécondation des œufs.

On a écrit que les digues par le moyen desquelles on retient les eaux des petites rivières, diminuoient la multiplication des poissons dans les contrées arrosées par ces eaux. Cela n’est vrai cependant que pour les poissons qui ont besoin, à certaines époques, de

SUR LA NATURE DES POISSONS x} remonter dans les eaux courantes jusqu’à une distance très-grande des lacs ou de la mer, et qui ne peuvent pas, comme les saumons, s’élancer facilement à de grandes hauteurs, et franchir l'obstacle que les digues opposent à leur voyage périodique. Les chaussées trans- versales doivent, au contraire, être très-favorables à la multiplication des poissons sédentaires, qui se plaisent dans des eaux peu agitées. Au-dessus de chaque digue, la rivière forme naturellement une sorte de vivier ou de grand réservoir, dont l’eau tranquille, quoique sufli- samment renouvelée, pourra donner à un grand nombre d'individus d'espèces très-utiles le volume de fluide, l'abri, l'aliment et. la température le plus con- venables.

Quelle est, en effet, la pièce d’eau que l’art ne puisse pas féconder et vivifier ?

On a vu quelquefois des poissons remarquables par leur grosseur vivre dans de petites mares. Nous avons déja dit dans cet ouvrage * , que le citoyen De Sept- fontaines s'étoit assuré qu'une grande anguille avoit passé un temps assez long, sans perdre non seulement la vie, mais même une partie de sa graisse , dans une fosse qui ne contenoit pas une moitié de mètre cube d'eau ; et il est des contrées des cyprins, et par- ticulièrement des carassins , réussissent assez bien dans de petits amas d’eau dormante, pour y donner RER NN ER RARE Dr Ç EPS Jen Led nager 16e

* Article de larguille.

TOME III, F

xliÿ EFFETS DE L'ART DE L'HOMME une nourriture abondante aux habitans de la cam- pagne.

On a bien senti les avantages de cette grande multi- plication des poissons utiles, dans presque tous les pays le progrès des lumières a mis l'économie publique en honneur , et les gouvernemens, profi- tant avec soin de tous les secours des sciences perfec- tionnées , ont cherché à faire fleurir toutes les bran- ches de l’industrie humaine. C'est principalement dans quelques états du nord de l'Europe , et notamment en Prusse et en Suède, qu'on s'est attaché à augmenter le nombre des individus dans ces espèces précieuses ; et: comme un gouvernement paternel ne néglige rien de ce qui peut accroitre la subsistance du peuple dont le bonheur luiest confié, et que les soins en apparence les plus minutieux prennent un grand caractère dès le moment ils sont dirigés vers l'utilité publique, on a porté en Suède l'attention pour l'accroissement du nombre des poissons jusqu'à ne pas sonner les, clo- ches pendant le temps du frai des cyprins brèmes, qui y sont très-recherchés, parce qu'on avoit cru s'apper- cevoir que ces ANIMAUX, effrayés par le son de ces clo- ches, nese livroient pas d'une manière convenable aux opérations nécessaires à la reproduction de leur espèce. Aussi y a-t-on souvent recueilli de grands fruits de cette vigilance étendue aux plus petits détails, et, par exemple, en 1749, a-t-on pris d'un seul coup de filet, dans un lac voisin de Nordkiæping, cinquante

SUR LA NATURE DES POISSONS. xlii] mille brèmes , qui pesoient plus de neuf mille kilo- grammes, |

Et comment n'auroit-on pas cherché, dans presque tous les temps et dans presque tous les pays civilisés , à multiplier des animaux si nécessaires aux jouissances du riche et aux besoins du pauvre, qu'il seroit plus aisé à l’homme de se passer de la classe entière des oiseaux, et d’une grande partie de celle des mammi- fères, que de la classe des poissons ?

_ En effet, il n’est, pour ainsi dire, aucune espèce de ces habitans des eaux douces ou salées, dont la chair ne soit une nourriture saine et très-souvent copieuse. = Délicate et savoureuse lorsqu'elle est fraîche , cette chair, recherchée avec tant de raison, devient, lorsqu'elle est transformée en £arum , Un assaisonnement piquant ; fait les délices des tables somptueuses, même très-loin du rivage le poisson a été pêché, quand elle a été marinée ; peut être transportée à de plus grandes distances, si on a eu le soin de l’imbiber d’une grande quantité de sel ; se conserve pendant un temps très- long, après qu'elle a été séchée, et, ainsi préparée , est la nourriture d'un très-grand nombre d'hommes peu fortunés , qui ne soutiennent leur existence que par cet aliment abondant et très-peu cher.

Les œufs de ces mêmes habitans des eaux servent à faire ce caviar qui convient au goût de tant de nations; et les nageoires des espèces que l'on croiroit les moins propres à satisfaire un goût délicat, sont

xlÜv EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

regardées à la Chine et dans d’autres contrées de l'Asie comme un mets des plus exquis?

Sur plusieurs rivages peu fertiles , on ne peut com- pléter la nourriture de plusieurs animaux utiles, et, par exemple, celle des chiens du Kamtschatka que la nécessité force d’atteler à des traîneaux , ou des vaches de Norvège, destinées à fournir une grande quantité de lait, que par le moyen des vertèbres et des arêtes de plusieurs espèces de poissons.

Avec les écailles des animaux dont nous nous occu- pons ; on donne le brillant de la nacre au ciment destiné à couvrir les murs des palais les plus magni- fiques , et on revêt des boules légères de verre, de l'éclat argentin des perles les plus belles de l'Orient.

La peau des grandes espèces se métamorphose dans les ateliers en fortes lanières , en couvertures solides et presque imperméables à l'humidité, en garnitures agréables de bijoux donnés au luxe par le goût *.

Les vessies natatoires et toutes les membranes des paissons peuvent être facilement converties, dans toutes les contrées, en cette colle précieuse sans laquelle les arts cesseroient de produire le plus grand nombre de leurs ouvrages les plus délicats.

L'huile qu'on retire de ces animaux, assouplit, amé-

1 Relation de l'ambassade de lord Macartrey à la Chine.

+

a Voyez les articles de /a raïe sephen, du squale requir, du squale rous- sette , des acipensères ; etcs

SUR LA NATURE DES POISSONS. xlv

Hiore , et conserve dans presque toutes les manufac- tures , les substances les plus nécessaires aux produits qu’elles doivent fournir ; et dans ces contrées boréales règnent de si longues nuits, entretenant seule la lampe du pauvre, prolongeant son travail au-delà de ces tristes jours qui fuient avec tant de rapidité, et lui donnant tout le temps que peuvent exiger les soins nécessaires à sa subsistance et à celle de sa famille, elle tempère pour lui l'horreur de ces climats téné- breux et gelés, et l’affranchit lui et ceux qui lui sont chers des horreurs plus grandes encore d'une extrême misère.

Que l’on ne soit donc pas étonné que Bellon, parta- geant l'opinion de plusieurs auteurs recommandables, tant anciens que modernes , ait écrit que la Propontide étoit plus utile par ses poissons, que des champs fer- tiles et de gras pâturages d’une égale étendue ne pour- roient l'être par leurs fourrages et par leurs moissons.

Et douteroit-on maintenant de l'influence pro- : digieuse d’une immense multiplication des poissons sur la population des empires ? On doit voir avec facilité comment cette merveilleuse multiplication soutient, par exemple, sur le territoire de la Chine, l'innombrable quantité d'habitans qui y sont, pour ainsi dire, entassés. Et si des temps présens on remonte aux témps anciens, on peut résoudre uh grand problème historique ; on explique comment l'antique Égypte nourrissoit la grande population sans laquelle les

xIÿj EFFETS DE L'ART DE L'HOMME:

admirables et immenses monumens qui ont résisté au ravage de tant de siècles, et subsistent encore sur cette terre célèbre , n’auroient pas pu être élevés , et sans laquelle Sésostris n'auroit conquis ni les bords de l’'Euphrate, du Tigre, de l’Indus et du Gange, ni les rives du Pont-Euxin, ni les monts de la Thrace. Nous connoissons l'étendue de l'Égypte : lorsque ses pyra- mides ont été construites, lorsque ses armées ont sourhis une grande partie de l'Asie, elle étoit bornée presque autant qu'à présent, par les déserts stériles qui la circonserivent à l’orient et à l'occident ; et néanmoins. nous apprenons de Diodore que dix-sept cents Égyp- tiens étoient nés le mème jour que Sésostris : on doit donc admettre en Égypte, à l'époque de la naissance de ce conquérant fameux, au moins trente-quatre mil- lions d'habitans. Mais quel grand nombre de poissons ne renfermoient pas alors et le fleuve et les canaux et les lacs d’une contrée l'art de multiplier ces ani- maux étoit un des principaux objets de la sollicitude du gouvernement, et des soins de chaque famille? Il est aisé de calculer que le seul lac Myris Mœæris pouvoit nourrir plus de dix-huit cent mille millions de poissons de plus d’un demi-mètre de longueur.

Cependant, que l'homme ne se contente pas de trans- porter à son gré , d’acclimater, de conserver , de multi- plier les poissons qu'il préfère; que l’art prétende à de nouveaux succès ; qu'il se livre à de nouveaux efforts ; qu'il tente de remporter sur la Nature des victoires

SUR L'A NATURE DES POISSONS: xlvi

plus brillantes encore; qu’il perfectionne son ouvrage: qu'il améliore les individus qu'ilse sera soumis.

On sait depuis long-temps que des poissons de la même espèce ne donnent pas dans toutes les eaux une chair également délicate. Plusieurs observations prouvent que, par exemple, dans les mêmes rivières, leur chair est très-saine et très-bonne au-dessus des villes ou des torrens fangeux , et au contraire insa- lubre et très-mauvaise au-dessous de ces torrens vaseux et des amas d’immondices, souvent inséparables des villes populeuses, Ces faits ont été remarqués par plu- sieurs auteurs, notamment par Rondelet, Qu'on pro- fite de ces résultats; qu'on recherche les qualités de l'eau les plus propres à donner un goût agréable ou des propriétés salutaires aux différentes espèces de pois- sons que l’on sera parvenu à multiplier ou à conserver.

Qu'on n'oublie pas qu'il est des moyens faciles et peu dispendieux d'engraisser promptement plusieurs poissons , et particulièrement plusieurs cyprins. On augmente en très-peu de temps leur graisse, en leur donnant souvent du pain de chènevis, ou des fèves et des pois bouillis, ou du fumier , et notamment de celui de brebis. D'ailleurs une nourriture convenable et abondante développe les poissons avee rapidité, fait jouir beaucoup plutôt du fruit des soins que l'on a pris _deces animaux, et leur donne la faculté de pondre ef de féconder une très-grande quantité d'œufs pendant un très-vrand nombre d'années.

xIviij EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

On a observé dans tous les temps que le reposetun ali- ment très-copieux engraissoient beaucoup les animaux. On s’est servi de ce moyen pour quelques poissons; et on l’a employé d’une manière remarquable pour les carpes: on les a suspendues hors de l’eau, de manière à leur interdire le plus foible mouvement de nageoires; et elles ont été enveloppées dans de la mousse épaisse qu’on a fréquemment arrosée. Par ce procédé, ces cyprins ont été non seulement réduits à un repos absolu, mais plongés perpétuellement dans une sorte d'humidité ou de fluide aqueux qui, parvenant très-divisé à leur sur- face, a été facilement pompé, absorbé, décomposé, combiné dans l'intérieur de l'animal , assimilé à sa substance , et métamorphosé par conséquent en nour- riture très-abondante. Aussi ces carpes maintenues en l'air, mais retenues au milieu d'une mousse humectée presque continuellement, ont-elles bientôt acquis une graisse copieuse, et de plus un goût très-agréable.

Dès le temps de Willughby, et même de celui de Gesner, on savoit que l'on pouvoit ouvrir le ventre à certains poissons, et sur-tout au brochet et à quelques autres ésoces, sans qu'ils en périssent , et même sans qu'ils en parussent long-temps incommodés. Il sufht de séparer les muscles avec dextérité, de rapprocher les chairs et les tégumens avec adresse, et de les recoudre ayec précaution, pour qu'ils puissent plus facilement se réunir. Cette facilité a donné l’idée d'em- ployer, pour engraisser ces poissons , le même moyen

SUR LA NATURE DES POISSONS. xlix

dont on se sert pour donner un très-crand surcroît de graisse aux bœufs, aux moutons, aux chapons, aux poulardes , ete. On a essayé, avec beaucoup de succès, d'enlever aux femelles leurs ovaires, et aux mâles leurs laites. La soustraction de ces organes , faite avec habi- leté et avec beaucoup d'attention, n’a dérangé que pen- dant un temps très-court la santé des poissons qui l'ont éprouvée; et toute la partie de leur substance qui se portoit vers leurs laites ou vers leurs ovaires , et qui ÿ donnoit naissance ou à des centaines de milliers d'œufs, ou à une quantité très-considérable de liqueur fécon- dante , ne trouvant plus d’organe particulier pour l’éla- borer ni même pour la recevoir, a reflué vers les autres portions du corps, s'est jetée principalement dans le tissu cellulaire , et y a produit une graisse non seulement d'un goût exquis, mais encore d’un volume extraordinaire. |

Mais que l’on ait sur-tout recours, pour l'amélioration des poissons , à ce moyen dont on a retiré de si grands avantages pour accroître les bonnes qualités et les belles formes de tant d’autres animaux utiles, et qui produit des phénomènes physiologiques dignes de toute l'attention du naturaliste : c’est le croisement des races , que nous recommandons. On sait que c’est par ce croisement que l'on est parvenu à perfectionner le belier, le bœuf, l'âne et le cheval. Les espèces de poisson, et principalement celles qui vivent très-près de nous, qui préfèrent à la haute mer les rivages de

TOME IIL G

l EFFETS DE L'ART DE L'HOMME l'océan, les fleuves, les rivières et les lacs et qui , par la nature de leur séjour, sont plus soumises à l’in- fluence de la nourriture, du climat, de la saison , ou de la qualité des eaux, présentent des races très-dis- tinctes,-et séparées l’une de l’autre, par leur grandeur, leur force , leurs propriétés ou la nature de leurs or- ganes. Qu'on les croise; c’est-à-dire, qu’on féconde Îles œufs de l'une avec la laite d’une autre. |

Les individus qui proviennent du mélange de deux races , non seulement valent mieux que la race la moins bonne des deux qui ont concouru à les former, mais encore sont préférables à la meilleure de ces deux races quise sont réunies. C'est un fait très-remarquable, très- constaté, et dont on n’a donné jusqu’à présent aucune explication véritablement satisfaisante , parce qu'on ne l'avoit pas considéré dans la classe des poissons, dont l'acte de la génération est beaucoup plus soumis à l'examen dans quelques unes de ses circonstances, que celui des mammifères et des oiseaux qui avoient été les objets de l'étude et de la recherche des zoologues.

Rapprochons done ce qu'on peut dire de ce curieux phénomène, |

Premièrement, une race qui se réunit à une seconde, éprouve, relativement à l'influence qu'elle tend à exer- cer, une sorte derésistance que produisen t les disparités et les disconvenances de ces deux races : cette résistance est cependant vaineue, parce qu'elle est très-limitée. Et l’on ne peut plus ignorer en physiologie, qu'iln'en

SUR LA NATURE DES POISSONS. b

est pas des corps organisés et vivans comme de la matière brute et des substances mortes. Un obstacle tend les ressorts du corps organisé, de manière que son énergie vitale en est augmentée , au point que lors- que cet obstacle est écarté, non seulement la puis- sance du corps vivant est égale à ce qu'elle étoit avant la résistance, mais même qu'eile est supérieure à la force dont il jouissoit. Les, disconvenances de deux races qui se rapprochent, font donc naître un accrois- sement de vitalité, d'action et de développement, dans le produit de leur réunion. |

Secondement, dans un mâle ét une Éfralle d’une race, il n’y a que certaines portions analogues les unes aux autres, qui agissent directement ou indirectement pour la reproduction de l'espèce. Lorsqu'une nouvelle race s'en PhoQER , elle met en mouvement d’autres portions qui, à cause de leur repos antérieur, doivent produire de plus g grands effets que les premières.

Troisièmement, les deux races mèlées l’une avec l’autre ont entre elles des rapports desquels résulte un grand développement dans les fruits de leur union, parce que ce développement ne doit pas être considéré comme la somme de Faddition des qualités de l’une et de l’âutre des deux races, mais comme le produit d’une multiplication, et, ce qui est la même chose, comme l'effet d’une sorte d'intus-suseeption et de com- binaison intime, au lieu d'une simple Juxta-position et d'une jonction superficielle.

li; EFFETS DE L'ART DE LHOMME

C’est un fait semblable à celui qu'observent les chi- mistes, lorsque, par une suite d’une pénétration plus ou moins grande, le poids de deux substances qu'ils ont combinées l’une avec l’autre, est plus grand que la somme des poids de ces deux substances avant leur combinaison. |

Le résultat du croisement de deux races n’est cepen- dant pas nécessairement, et dans toutes les circons- tances, le perfectionnement des espèces : il peut arriver et il arrive quelquefois que ce croisement les dété- riore au lieu de les améliorer. En effet, et indépen- damment d'autre raison, chacun des deux individus qui se rapprochent dans l’acte de la génération, peut être regardé comme imprimant la forme à l’être qui provient de leur union, ou comme fournissant la ma- tière qui doit être façonnée, ou comme influant à la fois sur le fond et sur la forme : mais nous ne pouvons avoir aucune raison de supposer qu'après la réunion de deux races, 1l y ait nécessairement entre la matière qui doit servir au développement et le moule dans lequel elle doit être figurée, plus de convenance qu'iln'y en avoit avant cette même réunion, dans les individus de chacune de ces deux races considérées séparément.

Il y a donc dans l'éloignement des races l'une de l'autre, c'est-à-dire, dans le nombre des diflérences qui les séparent, une limite en deçà et au-delà de laquelle le croisement est par lui-même plus nuisible qu’avan- tageux.

SUR LA NATURE DES POISSONS. li L'expérience seule peut faire connoître cette limite : mais on sera toujours sûr d'éviter tous les inconvéniens qui peuvent résulter du croisement considéré en lui- même, si dans cette opération on n'emploie jamais que les meilleures races, et si, par exemple, en mêlant les races des poissons , on ne cesse de rechercher celles qui offrent le plus de propriétés utiles, soit pour obte- nir les œufs que l’on voudra féconder, soit pour se procurer la liqueur active par le moyen de laquelle on desirera de vivifier ces œufs.

Voilà à quoi se réduit ce que nous pouvons dire du croisement des races, après avoir réuni dans notre pensée les vérités déja publiées sur cette partie de la physiologie, les avoir dégagées de tout appareil scien- tifique, les avoir débarrassées de toute idée étrangère, les avoir comparées, et y avoir ajouté le résultat de. quelques réflexions et de AAA observations nou- velles.

Considérons maintenant de plus haut ce que peut l'homme pour l'amélioration des poissons. Tâchons de voir dans toute son étendue l'influence qu’il peut exer- cer sur ces animaux par l'emploi des quatre grands moyens dont il s'est servi, toutes les fois qu'il a voulu modifier la Nature vivante. Ces quatre moyens si puis- sans sont, la nourriture abondante et convenable qu'il a donnée, l'abri quil a procuré, la contrainte qu'il a imposée, le choix qu'il a fait des mâles et des femelles pour la propagation de l'espèce.

Liv EFFETS DE LART DE L'HOMME

En réunissant ou en employant séparément ces quatre instrumens de son pouvoir, l’homme a modifié les poissons d'une manière bien plus profonde qu'on ne Île crofroit au premier coup d'œil. En rapprochant un grand nombre de germes, il à resserré dans un espace assez étroit les œufs de ces animaux, pour que plusieurs de ces œufs se soient collés l’un à l’autre, comprimés, pénétrés, entièrement réunis, et, pour ainsi dire, identifiés; ét de cette introduction d'un œuf dans un autre, si je puis parler ainsi, il est résulté une confusion si grande de deux fœtus, que l'on a vu éclore des poissons monstrueux, dont les uns avoient deux têtes et deux avant-corps, pendant que d'autres présentoient deux têtes, deux corps et deux queues liés ensemble par le ventre ou par un côté qui appartenoit aux deux corps, et attachés même quelquefois par cet organe commun, de manière à représenter une croix.

Mais laissons ces écarts que la Nature contrainte d'obéir à l'art de l'homme pent présenter, comine lorsqu'indépendante: de cet art elle nest soumise qu'aux Hasards des accidens : les produits de cette sorte d’accouplement extraordinaire ne constituent aucune amélioration ni de l’espèce, ni même de lindi- vidu: ils ne se perpétuent pas par la générations ils n'ont en général qu'une courte existence ; ils sont étrangers à notre sujet.

Æxaminons des effets bien différens de ces phéno- mènes, et par leur durée, et par leur essence,

SUR LA NATURE DES POIS SO NS. lv

Voicr tous les attributs des poissons que la domesti- cité a déja pu changer: | Les couleurs; elles ont été variées et dans leurs

nuances et dans leur distribution.

Les écailles; elles ont acquis ou perdu de leur épais- seur et de leur opacité; leur figure a été altérée ; leur surface étendue ou rétrécie; leur adhésion à la peau affoiblie ou fortifiée ; leur nombre diminué ou aug- menté. <

Les dimensions générales ; elles ont été agrandies ou rapetissées.

Les proportions des principales parties de la tête, du corps, ou de la queue ; elles ont montré de nouveaux rapports. | ÿe

La nageoire dorsale; elle a disparu.

La nageoire de la queue ; elle a offert une nouvelle forme, et de plus elle a été ou doublée ou triplée, comme on a pu le voir, par exemple, en exarminant les modifications que le cyprin doré a subies dans les bassins d'Europe, et sur-tout dans ceux de la Chine, il est élevé avec soin depuis un grand nombre de siècles.

L'art a donc déja remanié, pour ainsi dire, non seu- lement les técumens des poissons, et même un des plus : puissans instrüumens de leur natation, mais encore pis 1e tous leurs organes, puisqu'il en a changé les proportions ainsi que “Red ni

par ces grandes modifications qu’il a produit

1j EFFETS DE L'ART DE L'HOMME des variétés remarquables. A mesure que l'influence a été forte, que l'impression a été vive, qu'elle a pé- nétré plus avant, le changement a été plus profond et par conséquent plus durable. La nouvelle manière. d'être, produite par l'empire de l’homme, a été assez intérieure, assez empreinte dans tous les organes qui concourent à la génération, assez liée avec toutes les forces qui contribuent à cet acte, pour qu'elle ait été transmise, au moins en grande partie, aux indivi- dus provenus de mâles et de femelles déja modifiés. Les variétés sont devenues des races plus ou moins durables; et lorsque, par la constance des soins de l’homme, elles auront acquis tous les caractères de la stabilité, c'est-à-dire, lorsque toutes les parties de l'animal qui, par une suite de leur dépendance mu- tuelle, peuvent agir les unes sur les autres, auront recu une modification proportionnelle, et que par conséquent il n'existera plus de cause intérieure qui tende à ramener les variétés vers leur état primitif, ces mêmes variétés, au moins si elles sont séparées par d'assez grandes différences , de la souche dont elles auront été détachées, constitueront de véritables espèces permanentes et distinctes. |

C’est alors que l’homme aura réellement exercé une puissance rivale de celle de la Nature, et qu'il aura conquis l'usage d'un mode nouveau et bien important

d'améliorer les poissons. e e LI 0] Mais il peut déja avoir recours à ce mode, d'une

SURVEA NATURE DES POISSONS vi} manière qui marquera moins la puissance de son art, mais qui sera bien plus courte et bien plus facile.

Qu'il fasse pour les espèces ce.que nous avons dit qu’il devoit faire pour des races : qu'il mêle une espèce avec une autre; qu'il emploie la laite de l’une à fécon- der les œufs de l’autre. Il ne craindra dans ses tenta- tives aucun des obstacles que l'on a vaincre, toutes les fois qu'on a voulu tenter l’accouplement d'un mâle ou d’une femelle avec une femelle ou un mâle d’une espèce étrangère, et que l’on a choisi les objets de:ses essais parmi les mammifères, ou parmi les oiseaux. On dispose avec tant de facilité de la laite et des œufs! En renouvelant ses efforts, non seulement on obtiendra des mulets, mais des mulets féconds, et qui transmettront leurs qualités aux générations qui leur devront le jour. On aura des espèces métives, mais durables, distinctes , et existantes par elles-mêmes.

On sait que la carpe produit facilement desmétis avec la gibèle, ou avec d’autres cyprins. Qu'on suive cette indication.

Pour éprouver moins de difficultés, qu'on cherche d'abord à réunir deux espèces qui fraient dans le même temps, ou dont les époques du frai arrivent de manière que le commencement de l’une de ces deux époques se rencontre avec la fin de l’autre.

Si l'on ne peut pas se procurer facilement de la liqueur séminale de l’une des deux espèces , et l'ob- +enir avant qu'elle n'ait perdu, en se desséchant ou en TOME III H

Ivij EFFETS DE L'ART DE L'HOMME s'altérant, sa qualité vivifiante, qu’on place des œufs de la seconde à une profondeur convenable, et à une exposition favorable , dans les eaux fréquentées par les mâles de la première. Qu'on les y arrange de manière que léur odeur attire facilement ces mâles, et que leur position les invite, pour ainsi dire, à les arroser de leur fluide fécondant., Dans quelques circonstances, on pourroit les y contraindre, en quelque sorte, en détruisant autour de leur habitation ordinaire, et à une distance assez grande, les œufs de leurs propres femelles. Dans Fe circonstances, on pourroit essayer de les faire arriver en grand nombre au-dessus de:cès œufs étrangers. que l'on voudroit les voir vivi- fier, en mêlant à ces œufs une substance composée, factice et odorante, que plusieurs tentatives feroient découvrir, et qui , agissant sur leur odorat comme les œufs de leur espèce, les déterminéroit aussi effica- cement que ces derniers à se débarrasser de leur laite, et à la répandre abondamment.

Voudra-t-on se livrer à des essais plus hasardeux, et réunir deux espèces de poissons dont les époques du frai sont séparées par un intervalle de quelques jours ? Que l’on garde des œufs de l'espèce qui fraie le plutôt; que l’on se souvienne que l'on peut les préserver du degré de décomposition qui s’opposeroit à leur fécon- dation ;:6t qu'on les répande, avec les précautions né- cessaires ; à la portée des mâles de la seconde espèce, lorsque ces derniers'sont arrivés au terme de la matu- rité de leur laite.

SUR LA NATURE DES BOISSONS. lit

Aureste., les soins, multipliés que l'on ARE se donner! pour faire réussir.ces unions.que; l'on pour: roit nommer artificielles , expliquent, poutquoi, des

réunions analogues sont très-peu. fréquentes, dans: Nature, et par conséquent pourquoi, ;cette. Nature; quelque puissante qu “’elle.soit,. ne, produit cependant que;très-rarement des espèces, nouÿellés;par,.le lange des :espèces, anciennes. Cependant, depuis qué l'on observe avec plus d'attention les poissons , ‘on remarque dans plusieurs genres de: ces animaux, des individus qui, présentant des: caractères de deux espèces différentes et, plus ou,moins. voisines, paroissent, ap- partenir,à ‘une race . intermédiaire que: lon. devra regarder comme une. espèce métive.et:distincte;:lors£ qu'on. l'aura vue se maintenir pendant un témps très- long avec toutes ses propriétés particulières:;:et:-duw moins avec ses attributs essentiels. Nous AYONS: Com mencé de, recueillir, des faits curieux sujet :derces espèces, pour ainsi dire, mi-parties, dans les:lettres _de plusieurs de nos savans correspondans:, et notam- ment du citoyen Noël de Rouen. Ce dernier naturaliste, pense, par exemple ,,que les nombreusés espèces de raies qui se rencontrent sur les rives françoises de la Manche, lors du temps.de la fécondation des œufs; doivent, en se mêlant ensemble ;: avoir donné -ow donner le jour à des espèces ou races nouvelles. Cette: opinion du citoyen Noël rappelle : celle des. anciens au sujet des monstres de l'Afrique. Ils croyoient que

Lx EFFETS DE L'ART DE L'HOMMF

les grands mammifères de cette partie du monde, qui habitent les environs des déserts, et que la chaleur et la soif dévorantes contraignent de se rassembler fréquemment en troupes très-nombreuses autour des amas d'eau qui résistent aux rayons ardens du soleil dans ces régions voisines des tropiques, doivent sou- vent s’accoupler les uns avec les autres ; et que de leur union résultent des mulets féconds inféconds, qui, par le mélange extraordinaire de divérses formés remarquables et de différens attributs singuliers , mé- ritent nom imposant de monstres africains. ‘Cependant ne céssons pas de nous occuper de ces poissons mulets ‘que l’art peut produire ou que la Nature fait naître chaque jour par l'union de la carpe avec la gibèle, ou par celle de plusieurs autres espèces, sans faire une réflexion importante relativement à la dde à à des animaux dont nous écrivons l'histoire; et même à celle der presque tous les animaux. Des auteurs d'une grande autorité ont écrit qué, dans la reproduction des poissons, la femelle exerçoit une si grande influence, que le fœtus étoit entièrement formé dans l'œuf avant l'émission de la laite du mâle; et que: la: liqueur séminale dont l'œuf étoit arrosé, imbibé -et pénétré, ne dévoit être considérée que comme une sorte de stimülus propre a donner le mou- vemeht:et la vie à l'embryon préexistant. | :1Gette: opinion æ&été étendue et généralisée au point de:devenir une théorie sur la génération des animaux,

|

SUR LA NATURE DES POISSONS. (x) ét même sur celle de l’homme. Mais l'existence des métis ne détruit-elle pas cette hypothèse? Ne doit-on pas voir que si la liqueur fécondante du mâle n'’étoit qu'un fluide excitateur, n’influoit en rien sur la forme du fœtus , ne donnoit aucune partie à l'embryon, les œufs de la même femelle, de quelque laite qu'ils fussent arrosés , feroient toujours naître des individus semblables ? le stimulus pourroit être plus moins actif; l'embryon seroit plus fort ou plus foible; fœtus écloroit plutôt ou plus tard; l'animal jouiroit d'une vitalité plus ou moins grande; mais ses formes seroient toujours les mêmes ; le nombre de ses organes ne varieroit pas ; les dimensions pourroient être agran+ dies ou diminuées; mais les proportions, les attributs, les signes distinctifs, ne montreroient aucun change- ment, aucune modification; aucun individu ne présen- teroit en même temps et des traits du mâle et des traits de la femelle ; il ne pourroit, dans &ucune cir- constance, exister un véritable métis.

Quoi qu'il en soit, les espèces que l’homme produira, soit par linfluence qu'il exercera sur les individus soumis à son empire, soit par les alliances qu'il établira entre des éspèces voisines ou éloignées, seront un grand moyen de comparaison pour juger de celles que la Nature a pu pourra faire naître dans le cours des siècles. Les modifications que l'homme im- prime, serviront à déterminer celles que la Nature impose. La Connoissance que l’on aura du point

Ii] EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

aura commencé le développement des premières, et de celui il.se sera arrêté, dévoiïlera l’origine et l'éteñdue des secondes. Les espèces artificielles seront la:mésure des espèces naturelles. On sait, par exemple, que le cyprin doré de la Chine perd dans la domes- ticité, non seulement des traits de son espèce par l'altération de. la forme de sa nageoire.caudale, mais encore des signes distinctifs du groupe principal ou du genre auquel ul appartient, puisque la nageoire du dos lui est ôtée par l'art, et même des caractères de la grande famille ou de l’ordre dans lequel, il doit être compris, puisque la main de l'homme le prive de ces nageoires inférieures dont la position ou l'absence IR QUEnE les ordres des poissons. | |

À la vérité, l'action de sais n'a pas encore pé= nétré assez avant dans l'intérieur-de ce cyprin doré, pour. y changer ces proportions générales de l'estomac, des intestins, du foie, des reins, des ovaires, etc. qui constituent véritablement la diversité des ordres, pendant que l'absence ou la position des nageoires inférieures n'est qu'un signe extérieur qui, par ses relations avec la forme et les dimensions des organes internes, annonce ces ordres sans en produire la diversité.

Mais que sont quelques biere d'années, pendant lesquels les Chinois ont manié, pour ainsi dire, leur cyprin doré , lorsqu'on les compare au temps dont la Nature dispose ? C’est cette lenteur dans le travail, c'est

SUR LA NATURE DES POISSONS. Îxiij

cette série infinie d'actions successives, c’est cette accu- imulation perpétuelle, d'eHorts dirigés dans le même sens , c'est cétte constance et dans l'intensité et dans la tendance de la force, c'est cet emploi de tous les instans dans une durée non interrompue de milliers de siècles , qui, survivant à tous les obstacles qu'elle n’a pu ni dissoudre ni écarter , est le véritable principe de la puissance irrésistible de la Nature.En ce sens, la Nature est le temps, quirègne sans contrainte sur la matière qu’elle façonne et sur l’espace dans lequel elle distribue les ouvrages de ses mains immortelles. 1

Ce sera donc toujours bien au-delà de la limite äu pouvoir de l’homme, qu’il faudra placer celle de la force victorieuse qui appartient à la Nature. Mais les Juge- mens que nous porterons de cette force d’après l'étendue de l'art, n'en seront que plus fondés ; nous n'aurons que plus de raison de dire que les espèces artificielles, excellentes mesures des espèces naturelles produites dans la suite des âges, sont aussi le mètre d'après lequel nous pourrons évaluer avec précision le nombre des espèces perdues ;: le nombre de celles qui ont disparu avec les siècles. |

Deux grandes manières de considérer l'univers animé sont dignes de toute l'attention du véritable naturaliste.

D'un côté, on peut voir, dans les temps trèés-anciens, tous les animaux n’existant encore que dans quelques espèces primitives, qui, par des moyens analogues à ceux

Ixivy EFFETS DE L'ART DE L'HOMME

que l’art de l’homme peut employer, ont produit, par la force de la nature , des espèces secondaires, les- quelles par elles-mêmes, ou par leur union avec les primitives , ont fait naître des espèces tertiaires, etc. Chaque degré de cet accroissement successif offrant un plus grand nombre d'objets que le degré précédent, les a montrés séparés les uns des autres par des inter- valles plus petits, et distingués par des caractères moins sensibles ; et c'est ainsi que les produits animés de la création sont parvenus à cette multitude innombrable et à cette admirable variété qui étonnent et enchantent l'observateur.

D’ un autre côté, on peut supposer que, dans les pre: miers âges, toutes les manières d’être ont été employées par la Nature, qu'elle a réalisé toutes les formes , déve- loppé tous les organes , mis en jeu toutes les facultés, donné le jour à tous les êtres vivans que l'imagination la plus bizarre peut concevoir ; que dans ce nombre infini d'espèces, celles qui n'avoient reçu que des moyens imparfaits de pourvoir à leur nourriture, à leur con- servation , à leur reproduction , sont tombées succes- sivement dans le néant ; et que tout s'est réduit enfin à Ces espèces majeures , à ces êtres mieux PÉPREFSE qui figurent encore sur le globe.

Quelque opinion qu il faille préférer sur le point du départ de la Nature créatrice, sur cette multiplication croissante , ou sur cette réduction graduelle, l'état actuel des choses ne nous permet pas de ne pas consi-

SUR LA NATURE DES POISSONS. Îxv

dérer la Nature vivante comme se balançant entre les deux grandes limites que lui opposeroient à une extré- mité un petit nombre d'espèces primitives, et à l’autre extrémité l'infinité de toutes les espèces que l’on peut imaginer. Elle tend continuellement vers l’une ou vers l'autre de ces deux limites, sans pouvoir maintenant en approcher, parce qu’elle obéit à des causes'qui agissent en sens contraire les unes des autres, et qui, tour-à- tour victorieuses et vaincues, ne cèdent lors de quel- ques époques, que pour reparoître ensuite avec leur première supériorité.

Quel spectacle que celui de ces alternatives ! quelle étude que celle de ces phénomènes! quelle recherche que celle de ces causes! quelle histoire que celle de ces époques !

Et pour les bien décrire, ou plutôt pour les con- noître dans toute leur étendue, il faut les contempler sous les différens points de vue que donnent trois suppositions, parmi lesquelles le naturaliste doit choi- sir, lorsqu'il examine l’état passé, présent et futur du globe sur lequel s'opère ce balancement merveilleux.

La température de la terre est-elle constante, comme on l’a cru pendant long-temps? ou Ia chaleur dont elle est pénétrée, va-t-elle en croissant, ainsi que quel- ques physiciens l'ont pensé? ou cette chaleur décroît- elle chaque jour, comme l'ont écrit de grands natu- ralistes et de grands géomètres, les Leibnitz, les Buffon, les Laplace ?

TOME IIlL. I

Ixvj EFFETS DE L'ART DE L'HOMME; etc.

Présentons la question sous un aspect plus direct. La Nature vivante est-elle toujours animée par la même température? ou la chaleur, ce grand principe de son énergie, diminue-t-elle ou s’accroît-elle à me- sure que les siècles augmentent?

Quels sujets sublimes pour la méditation du géo- —logue et du zoologiste! quelle immensité d'objets! quelle noble fierté l’homme devra ressentir, lorsqu’a- près les avoir contemplés, son génie les verra sans ‘Nuage, les peindra sans erreur , et, mettant chaque événement à sa place, fera la part et des temps écoulés et des temps qui s’avancent!

HISTOIRE

HISTOIRE NATURELLE

DES POISSONS.

LE SCOMBRE GERMO N *.

CETTE espèce de scombre a été jusqu’à présent con- fondue par les naturalistes, ainsi que par les marins, avec les autres espèces de son genre. Elle mérite cependant à beaucoup d'égards une attention particu- lière, et-nous allons tâcher de la faire connoître sous ses véritables traits, en présentant avec soin les belles observations manuscrites que Commerson nous a lais- sées au sujet de cet animal.

_ Le germon, dont la grandeur approche de celle des thons , a communément plus d’un mètre de longueur ; et son poids presque toujours au-dessus d'un myria- gramme , s'étend quelquefois jusqu’à trois. Sa couleur

æ

*'Scomber germe.

Scomber (germo) pinnis pectoralibus ultra anum productis, pinnulis dorsalibus novem, ventralibusque totidem. Manuscrits de Commerson, déja cités.

Germon , par plusieurs navigateurs francois,

Longue oreille, par d'autres navigateurse

TOME LIT 4

2 HISTOIRE NATURELLE

est d'un bleu noirâtre sur le dos, d’un bleu très-pur et très-beau sur le haut des côtés, d’un bleu argenté sur le bas de ces mêmes côtés , et d’une teinte argentée sans mélange sur sa partie inférieure. On voit, sur le ventre de quelques individus , des bandes transversales; mais elles sont si fugitives , qu'elles disparoissent avee rapidité lorsque le scombre expire, et même lorsqu'il est hors de l'eau depuis quelques instans. L'animal est alongé et un peu conique à ses deux extrémités ; la tête revêtue de lames écailleuses, grandes et bril- . lantes ; le corps recouvert, ainsi que la queue, d’é- cailles petites , pentagones , ou plutôt presque arron- dies. | | Un seul rang de dents garnit chacune des deux mâchoires , dont l’inférieure est d’ailleurs plus avancée que la supérieure. L'intérieur de la bouche est noirâtre dans son con- tour ; la langue courte, un peu large , arrondie par-devant, cartilagineuse et rude ; le palais raboteux comme la langue ; louverture de chaque narine réduite à une sorte de fente ; chaque commissure marquée par une prolongation triangulaire de la mâchoire supérieure ; l'œil grand et un peu convexe; l’opercule branchial , composé de deux pièces dénuées d’écailles semblables à celles du dos, resplendissantes de l'éclat de l'argent, et dont la seconde s'étend en croissant autour de la première , et en borde le contour

postérieur,

DE ss: P'OUr & S © K S. d

On peut voir au-dessous de cet opercule une mens brane branchiale blanchâtre dans sa circonférence , et noirâtre dans le reste de sa surface ; un double rang de franges compose chacune des quatre branchies : l'os demi-cireulaire du premier de ces organes respi- ratoires présente des dents longues et fortes , arran- gées comme celles d’un peigne ; l’os du second n'en offre que de moins grandes ; et l'arc du troisième ainsi que celui du quatrième , ne sont que raboteux *.

Les nageoires pectorales ont une largeur égale au douzième , ou à peu près, de la largeur totale du scombre ; leur longueur est telle, qu'elles dépassent l'ouverture de l'anus , et parviennent jusqu'aux pre- mières petites nageoiïres du dessous de la queue. Elles sont de plus en forme de faux , fortes, roidés, et, ce qu'il faut sur-tout ne pas négliger d'observer , placées chacune au-dessus d’une fossette , ou d’une petite cavité imprimée sur le côté du poisson, de la même grandeur et de la même figure que cet instrument de natation, et dans laquelle cette nageoire est reçue en partie lorsqu'elle est en repos. Un appendice charnu occupe

* À la membrane des branchies 7 rayons. à la première nageoire du dos 14

à la seconde 12 à chacune des pectorales 35 à chacune des thoracines 7 à celle de lanus 12

à celle de la queue 30

À HISTOIRE NATURELLE d’ailleurs , si je puis employer ce mot, l’aisselle supé- rieure de chaque pectorale,

Une fossette analogue est, pour ainsi dire, gravée au-dessous du corps , pour loger les nageoires thora- eines, qui sont situées au-dessous des pectorales, et qut, presque brunes à l’intérieur, rééchissent à l'extérieur une belle couleur d'argent.

La première nageoire dorsale s'élève au-dessus d'un sillon longitudinal dans lequel l'animal peut la cou- cher ; et elle s’avanee comme une faux vers la queue.

La seconde, presque entièrement semblable à celle de l'anus, au-dessus de laquelle on. la voit , par sa rigidité , ses dimensions , sa figure et sa couleur, est petite et souvent rougeâtre ou dorée.

Les petites nageoires du dessus et du dessous de la queue sont triangulaires, et au nombre de huit ou de neuf dans le-haut , ainsi que dans le bas. Ce nombre paroît être très-constant dans les individus de l'espèce que je décris, puisque Commerson assure l'avoir tou-. jours trouvé, et cependant avoir examiné plus de vingt germons, |

La nageoire de la queue , découpée comme un crois-- sant , est assez grande pour que la distance, en ligne droite , d’une extrémité du croissant à l’autre , soit quelquefois égale au tiers de la longueur totale de l'animal. Le thon a également et de même que presque: tous les scombres, une nageoire caudale très-étendue ;: et nous ayons vu, dans l’article précédent, les effets très--

MDTE S LEP JO: 1.8 S ON S, b

curieux qui résultent de ce développement peu ordi- naire du principal instrument de natation.

La ligne latérale, fléchie én divers sens jusqu’au-des- sous de la seconde nageoire du dos ,:tend ensuite direc- tement vers le milieu de la nageoire caudale.

On voit enfin ,; de chaque côté de la queue, la peau s'élever en forme de carène longitudinale ; et cette forme est donnée à ce tégument par un carti- lage qu'il recouvre , et qui ne contribue pas peu à la rapidité avec laquelle le germon s’élance au milieu ou à la surface des: eaux. | |

Jetons maintenant un coup d'œil sur la conforma- tion intérieure de ce scombre. |

Le cœur est triangulaire , rougeâtre , assez grand, à un seul mais très-petit ventricule ; l'oreillette grande et très-rouge ; le commencement de l’aorte-blanchâtre, et en forme de bulbe; le foie d'un rouge pâle, tra pézoïde , convexe sur une de ses surfaces ,: hérissé de pointes vers une extrémité , garni de lobules à l’extré- mité opposée, creusé à l’extérieur par plusieurs cise- lures , et composé à l’intérieur de tubes-vermiculaires, droits, parallèles les. uns-aux autres , et exhalant une humeur jaunâtre par dés conduits communs; la rate alongée comme une languette , noirâtre , et suspendue sous le côté droit du foie ; la vésicule du fiel eonformée presque comme un-lombric , plus grosse par un bout que par l'autre ; égale en. longueur au tiers de la longueur totale du poisson , appliquée contre la rate,

6 HISTOIRE NATURELLE

et remplie d'un suc très-verd ; l'estomac sillonné par des rides longitudinales ; le canal intestinal deux fois replié; le péritoine brunâtre ; et la vessie natatoire longue , large , attachée au dos et argentée.

Commerson a observé le germon dans le grand Océan austral , improprement appelé #1er Pacifique , vers le vingt-septième degré de latitude méridionale, et le cent troisième de longitude.

Il vit pour la première fois cette espèce de scombre ‘dans le voyage qu'il fit sur cet océan , avec notre célèbre navigateur et mon savant confrère Bougain- ville. Une troupe très-nombreuse d'individus de cette espèce de scombre entoura le vaisseau que montoit Commerson ; et leur vue ne fut pas peu agréable à des matelots et à des passagers fatigués par l’ennui et les privations inséparables d’une longue naviga- tion. On tendit tout de suite des cordes garnies d'hameçons ; et on prit très-promptement un grand nombre de ces poissons , dont le plus petit pesoit plus d'un myriagramme , et le plus gros plus de trois. A peine ces thoracins étoient-ils hors de l'eawÿ qu'ils mouroient au milieu des tremblemens et des soubre- sauts. Les marins, rassasiés de l'aliment que ces ani- maux leur fournirent, cessèrent d'en prendre : mais les troupes de germons ; accompagnant toujours le vaisseau , furent, pendant les jours suivans, l’objet de nouvelles pêches, jusqu'a ce que, les matelots se dégoü-

tant de cette sorte de nourriture, les pêcheurs man-

DESIPOI1SSONS. 7

queérent aux poissons, dit le voyageur naturaliste, mais non pas les poissons aux pêcheurs. Le goût de la chair des germons étoit très-agréable, et comparable à celui des thons et des bonites: et quoique les matelots en mangeassent jusqu'à satiété, aucun d'eux n’en éprouva l'incommodité la plus légère.

Commerson ajoute à ce qu'il dit des germons, une observation générale que nous croyons utile de rap- porter ici. Il pense que tous les navires ne sont pas également suivis par des colonnes de scombres ou d'autres poissons analogues à ces lébions de germons dont nous venons de parler; il assure même qu'on a vu, lorsque deux ou plusieurs vaisseaux voguoient de con- serve, les poissons ne s'attacher qu'à un seul de ces bâti- mens, ne le jamais quitter pour aller vers les autres, et donner ainsi à ce bâtiment favorisé une sorte de privi- lége exclusif pour la pêche. Il croit que cette préférence des troupes de poissons pour un navire dépend du plus ou moins de subsistance qu'ils trouvent à la suite de ce vaisseau , et sur-tout de la saleté ou de l’état exté- rieur du bâtiment au-dessous de sa ligne de flottaison. Il lui a semblé que les navires préférés étoient ceux dont la carène avoit été réparée le plus anciennement, ou qui venoient de servir à de plus longues navigations: dans les voyages de long cours , il s'attache sous les vaisseaux, des fucus , des goémons , des corallines , des pinceaux de mer, et d’autres plantes ou animaux marins qui peuvent servir à nourrir les poissons ct

ô HISTOIRE NATURELLE, doivent les attirer avec force. Au reste, Commerson remarque, ainsi que nous l'avons observé à l’article du thon, que parmi les eauses qui entraînent les poissons auprès d’un vaisseau , il faut compter l'ombre que le corps du bâtiment et sa voilure répandent sur la mer; et dans les climats très-chauds , on voit, dit-il, pen- dant la plus grande chaleur du jour , ces animaux se ranger dans la place plus ou moins étendue que le navire couvre de son ombre.

LE SCOMBRE THAZARD*.

CE nom de hazard à été donné à des ésoces, à des clupées , et à d’autres scombres que celui dont nous allons parler : mais nous avons cru devoir, ayec Commerson, ôter cette dénomination à toute espèce de scombre , excepté à celle que nous allons faire con- noître. La description de ce poisson n’a encore été publiée par aucun naturaliste. Nous avons trouvé dans les papiers du célèbre compagnon de Bougainville, ne figure de ce thazard, que nous avons fait graver, et une notice des formes et des habitudes de ce tho- racin , de laquelle nous nous sommes servis pour com- poser l'article que nous écrivons.

La grandeur du thazard tient le milieu entre celle de la bonite et celle du maquereau ; mais son Corps, quoique très-musculeux, est plus comprimé que celui du maquereau, ou celui de la bonite.

Sa couleur est d'un beau bleu sur la tête , le dos; et la portion supérieure des parties latérales ; elle se change en nuances argentées et dorées, mêlées de tons

* Scomber thazard.

Tazo.

Tazard.

Scomber immaculatus, pinnulis dorsalibus octo, ventralibus septem, pinnis pectoralibus ventrales vix excedentibus. Commerson, manuscrits déja cités. L

TOME IIl. | 2

FO: HISTOIRE NATURELLE fugitifs d'acier poli, sur les bas. côtés et le dessous. de l’animal. |

Au-dessous de chaque œil, on voit une tache ovale, petite, mais remarquable, et d'un noir bleuître.

Les nageoires pectorales et les thoracines sont noi- râtres dans leur partie supérieure, et argentées dans Vinférieure ; la première nageoïre du dos est d’un bleu brunâtre , et la seconde est presque brune*. -

_ Au reste, on ne voit sur les côtés du thazard', ni bandes transversales , ni raies longitudinales.

La tête, un peu conique , se termine insensiblement en un museau presque aigu.

La mâchoire supérieure, solide et non extensible, est plus courte que linférieure , et paroît sur-tout moins alongée , lorsque la bouche est ouverte. Les. dents qui garnissent l’une et l’autre de ces deux mâ- choires , sont si petites , que le tact seul peut en: quelque sorte les distinguer. L'ouverture de la bouche est communément assez étroite pour ne pouvoir pas. admettre de proie plus. volumineuse que de’ petits. poissons volans, ou Jeunes exocets.

P "

* 6 rayons à la membrane des branchies..

9 à la.première dorsale.

12 à la seconde dorsale, 1. ou 2.aiguillons.et 22.ou 23 rayons articulés à chacune des pecto--

rales.

x aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thoracines..

12 rayons à la nageoire de l'anus.

39. à la nageoire de la queue.

DIEASUE OMIS S ON 6: TT

Les commissures sont noirâtres:; l’intérieur de la gueule est d’un brun argenté ; la langue , assez large, presque cartilagineuse , très-lisse, et arrondie par- devant , présente , dans la partie de sa circonférence qui est libre , deux bords dont l’un est relevé, et dont l'autre s'étend horizontalement ; deux faces qui se réunissent en formant un angle aigu , composent la voûte du palais , qui, d’ailleurs, est sans aucune aspé- rité. Chaque narine a deux orifices : l’antérieur est petit, et arrondi ; le postérieur plus visible et alongé, Les yeux sont très-grands et sans voile.

L’opercule, composé de deux lames, recouvre quatre branchies, dont chacune comprend deux rangs de franges , et est soutenue par un os circulaire dont la partie concave offre des dents semblables à celles d’un peigne , très-longues dans le premier de ces organes, moins longues dans le second et le troisième , très- courtes dans le quatrième.

La tête ni les opercules ne sont revètus d'aucune écaille proprement dite : on ne voit de ces écailles que sur la partie antérieure du dos et autour des nageoires pectorales ; et celles qui sont placées sur ces portions du scombre , sont petites et recouvertes par l'épiderme. La partie postérieure du dos, les côtés ; et la partie inférieure de l'animal, sont donc dénués d'écailles, au moins de celles que l’on peut apperce- voir facilement pendant la vie du poisson.

Les pectorales , dont la longueur excède à peine celle

12 HISTOIRE NATURELLE

des thoracines , sont reçues chacune, à la volonté du thazard , dans une sorte de cavité imprimée sur le côté du scombre.

Nous devons faire remarquer avec soin qu'entre les nageoires thoracines se montre un cartilage œiphoïde , ou en forme de lame , aussi long que ces nageoires, et sous lequel l'animal peut les plier et les cacher en partie.

La première dorsale peut être couchée et comme renfermée dans une fossette longitudinale ; la caudale, ferme et roide , présente la forme d’un croissant très- alongé.

Huit ou neuf petites nageoires triangulaires et peu flexibles sont placées entre cette caudale et la seconde dorsale ; on en compte sept entre cette mème caudale et la nageoire de l'anus.

De chaque côté de la queue, la peau s'élève en carène demi-transparente, renfermée par-derrière entre deux lignes presque parallèles ; et la vigueur des muscles de cette portion du thazard, réunie avec la rigidité de la nageoiré caudale, indique bien clairement la force de la natation et la HE de la course de ce scombre.

On ne commence à distinguer la ligne latérale qu'à endroit les côtés cessent d'être garnis d’écailles proprement dites : composée vers son origine de petites écailles qui deviennent de plus en plus clair-semées, à mesure que son cours se prolonge, elle tend par de foibles ondulations , et toujours plus voisine du dos

DURS NP MORT NS MOTO "NES! nes

que de la partie inférieure du poisson, jusqu'à l'appen- dice cutané de la queue.

L’individu de l'espèce du thazard, observé par Com- merson, avoit été pris, le 30 juin 1766, vers le septième : degré de latitude australe, auprès des rivages de la Nouvelle-Guinée, pendant que plusieurs autres scom- bres de la même espèce s'élancoient, à plusieurs re- prises, à la surface des eaux, et derrière le navire, pour y saisir les petits poissons qui suivoient ce bâ- timent.

Le goût de cet individu parut à Commerson aussi agréable que celui de la bonite; mais la chair de la bonite est très-blanche, et celle de ce thazard étoit jaunâtre. Nous allons voir, dans l’article suivant, les grandes différences qui séparent ces deux espèces l'une de l’autre,

LE SCOMBRE BONITE*

La bonite a été aussi appelée pélamide; mais nous avons préférer la première dénomination. Plusieurs siècles avant Pline, les jeunes thons qui n’avoient pas encore atteint l’âge d’un an, étoient déja nommés pé- lamides; et il faut éviter tout ce: qui peut faire con- fondre une espèce avec une autre. D'ailleurs, ce mot pélamide employé par plusieurs des auteurs qui ont écrit sur l'histoire naturelle, est à peine connu des marins, tandis qu'il n'est presque aucun récit de

oo

* Scomber pelamides.

Bonnet.

Pélamide.

Scomber pelamis. Zinné, édition de Gmelin.

Scombre pélamide. Daubenton, Encyclopédie méthodique.

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.

Scomber... lineis utrinque quatuor nigris. Læfl. It, 102.

_Bonite. Valmont-Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle.

Scomber pelamis, pinnulis superioribus octo, inferioribus septem , tæ- miis ventralibus longitudinalibus quatuor nigris. Commerson, manuscrits -déja cités.

Scomber , 2, variet. 8. Artedi, gen. 3x, syn. 40.

‘Scomber pulcher, sex bonite. Osbeck, Ie. 67.

Pelamis Plinii. Belon.

Pelamis Bellonii. Fllughby, p. 180.

Raj. 9, p:908, 71.2.

Pelamis cærulea. Aldrov. Ub, 3, cap. 18 , p. 315.

Jonsion, tab, 3, fig. 3. l

HISTOIRE NATUREELE. KE navigation lointaine dans lequel le nom de bonite ne: se retrouve fréquemment. Avec combien de sensations: agréables ou fortes cette expression n'est-elle donc pas Bée! Combien de fois n’a-t-elle pas frappé l'imagination du jeune homme avide de travaux, de découvertes et de gloire, assis sur un promontoire escarpé, dominant sur la vaste étendue des mers , parcourant l'immensité de l'Océan par sa pensée , et suivant autour du globe, par ses desirs enflammés, nos immortels navigateurs! Combien de fois la mémoire fidèle ne l'a-t-elle pas retracée au marin intrépide et fortuné, qui, forcé par Fâge de ne plus chercher la renommée sur les eaux. rentré dans le port paré de ses trophées, contemplant d'un rivage paisible l'empire des orages quil a si sou- vent affrontés, rappelle à son ame satisfaite le charme des espaces franchis, des fatigues supportées, des obs- tacles écartés, des périls surmontés, des plages décou- vertes , des vents enchaînés, des tempêtes domptées ! Combien de fois n’a-t-elle pas ému, dans le silence d'une retraite champêtre , le lecteur paisible, mais sensible, que le besoin heureux de s'instruire, ou l'envie de répandre les plaisirs variés de l’occupation de l'esprit sur la monotonie de la solitude, sur le calme du repos, sur l'ennui du désœuvrement, attachent, pour ainsi dire , et par une sorte d’enchantement irrésistible , sur les pas des. hardis voyageurs! Que de douces et de vives jouissances ! Et pourquoi laisser échapper un seul des moyens de les reproduire, de les multiplier,

-

16 HISTOIRE NATURELLE

de les étendre, d'en embellir l'étude de la science que nous cultivons ? |

Cette bonite dont le nom est si connu, est cependant encore assez mal connue elle-même : heureusement Commerson , qui l’a observée en habile naturaliste dans ses formes et dans ses habitudes, nous a laissé dans ses manuscrits de quoi compléter l’image de ce scombre.

L'ensemble formé par le corps et la queue de la- nimal, musculeux, épais et pesant, finit par-derrière en cône. Le dessus de la tête, le dos, les nageoires supérieures, sont d'un bleu noirâtre ; les côtés sont bleus ; la partie inférieure est d'un blanc argentin: quatre raies longitudinales un peu larges, et d'un brun noirâtre , s'étendent de chaque côté au-dessous de la ligne latérale, et sur ce fond que nous venons d'indiquer comme argenté, et que Commerson a vu cependant brunâtre dans quelques individus ; les na- geoires thoracines sont brunes ; celle de l’anus est ar- gentée; l’intérieur de la gueule est noirâtre ; et ce qui est assez remarquable, c’est que l'iris, le dessous de la tête, et même la langue, paroïssent, suivant Com- merson , revêtus de l'éclat de l'or,

Parlons maintenant des formes de la bonite.

La tête, ayant un peu celle d’un cône, est d’ailleurs lisse, et dénuée d'écailles proprement dites. Un simple rang de dents très-petites garnit la mâchoire supérieure, qui n’est point extensible, et l’inférieure, qui est plus

DES POISSONS. 17 avancée que celle d’en-haut. L'ouverture de la bouche a la grandeur nécessaire pour que la bonite puisse avaler facilement un exocet. |

La langue est petite, étroite ,/courte, maigre, demi- cartilagineuse, relevée dans ses bords ; la voûte du pa- las très-lisse ; l'orifice de chaque narine voisin de l’ œil, unique, et fait en forme de ligne longue très-étroite et verticale ; l'œil très-grand, ovale, peu convexe, sans voile; l’opercule branchial composé de deux lames arrondies par-derrière, dénuées de petites écailles, ét dont la postérieure embrasse celle de devant.

Des dents arrangées comme celles d’un peigne gar- nissent l'intérieur des arcs osseux qui soutiennent les branchies ; elles sont très- “longues dans les arcs anté- rieurs. |

Les écailles qui recouvrent le corps et la queue, sont petites, presque pentagones, et fortement attachées les unes au-dessus des autres. |

Chacune des nageoires pectorales, dont la Iongueur est à peine égale à la moïtié de l'espace compris entre leur base et l'ouverture de l'anus, peut être reçue dans une cavité gravée, pour ainsi dire, sur la poitrine de l'animal, et dont la forme ainsi que la grandeur sont semblables à celles de la nageoire. ù

On voit une fossette analogue propre à recevoir chacune des thoracines, au-dessous desquelles on peut reconnoître l'existence d’un cartilage caché par la peau.

La nageoire de l'anus est la plus petite de toutes. La TOME III. | 3

EG HISTOIRE NATURELLE première du dos, faite en forme de faux, et composée: uniquement de rayons non articulés, peutêtre couchée à: la volonté de la bonite, et, pour ainsi dire, entièrement cachée dans un sillon longitudinal: la seconde dorsale, placée presque au-dessus de celle de l'anus, est à peine plus avancée et plus. grande que cette Ars La nageoire de la queue paroit très-forte , et représente un croissant dont.les deux cornes sont seales et très-- écartées *

Entre cette nageoire et la seconde du . on voit: huit petites nageoires; on. n’en. trouve. que sept au- dessous de.la queue : mais il faut observer que, dans. quelques individus , le dernier lobe de la seconde- dorsale , et celui de la nageoire de l'anus, ont pu être conformés de manière: à ressembler beaucoup à une petite nageoire.;: et voilà pourquoi on a cru. devoir: compter neuf. petites nageoires .au-dessus.et: huit au. dessous de la queue de la bonite.

Les deux côtés de cette même queue présentent un: appendice: cartilagineux, un. peu diaphane, élevé en:

* rayons à la membrane branchiale.. 15 rayons non articulés à la première nageoire du dos. 12 rayons à la seconde dorsale. r ou z.aiguillons, et 26 ou 27 rayons articulés à.chacune des pectos rales. raiguillon-et 5 rayons articulés à chacune des. thôracines.. 32 rayons à celle de l'anus. 30 rayous.à celle de la queues

DES POISSONS, 19 carène, et suivide deux stries longitudinales qui tendent à se rapprocher vers la nageoire caudale.

La ligne latérale, à peine sensible dans son origine ; fléchie ensuite plus d’une fois, devient droite, et sa- vance vers l'extrémité de la queue. | |

La bonite a presque toujours plus de six décimètres de longueur : elle se nourrit quelquefois de. plantes marines et d'animaux à coquille, dont Commerson à trouvé des fragmens dans l’intérieur de plusieurs indi- vidus de cette espèce qu'il a disséqués; le plus souvent néanmoins elle préfère des exocets ou des triures. On la rencontre dans le grand Océan, aussi-bien que dans l'Océanatlantique; maïs on ne la voitcommunément que dans les environs de la zone torride : elle y est la victime de plusieurs grands animaux marins; elle y périt aussi très-fréquemment dans les rêts des navigateurs, qui trouvent le goût de sa chair d'autant plus agréable, que, lorsqu'ils prennent ce scombre, ils ont été communé- ment privés depuis plusieurs jours de nourriture fraîche ; et, poisson misérable, pour employer l’expres- sion de Commerson, elle porte dans ses entrailles des ennemis très-nombreux ; ses intestins sont remplis de _ petits iænia et d’ascarides ; jusque sous sa plèvre et sous Son péritoeine, sont logés des vers cucurbitains très- blancs, très-petits et très-mous ; et son estomac ren- ferme d’autres animaux sans vertèbres, que Commerson a cru devoir comprendre dans le genre des sangsues.

Avant de terminer cet article; nous croyons utile

50 HISTOIRE NATURELLE, de bien faire connoître quelques-unes des principales différences qui séparent la bonite du thazard, avec: lequel on pourroit la confondre. Premièrement, la bo- nite a sur le ventre des raies noirâtres et longitudinales qui manquent sur le thazard. Deuxièmement, son corps est plus épais et moins arrondi. Troisièmement , elle n'a pas, comme le thazard, une tache bleue sous chaque: œil. Quatrièmement, elle est couverte, sur tout le corps: et la queue, d'écailles placées les unes au-dessus des autres : le thazard n’en montre d’analogues quesur le: dos et quelques autres-parties de sa surface. Cinquiè- mement, sa membrane branchiale est soutenue par sept rayons ; celle du thäzard n’en comprend que six. Sixièmement, le nombre des rayons est différent dans. les” pec torales ainsi que dans la première dorsale de a: bonite, et dans les pectorales ainsi que la première- dorsale du thazard. Septièmement, le cartilage situé: au-dessous des thoracines est caché par la peau dans: le thazard: il est à découvert dans Ja bonite. Huitième= ment, la queue est plus profondément échancrée dans. la bonite que-dans le thazard, Neuvièmement, la ligne: latérale diffère dans ces deux scombres, et par le lieu: de son origine ,. et par ses: sinuosités. Dixièmement + enfin la couleur-de la chair du thazard est jaunûâtre. Que l’on considère avec-Commerson qu'aucun deces: caractères ne dépend de l'âge ni du sexe, et l’on sera: convaincu avec ce naturaliste que la bonite-est une- espèce de scombre:très-différente de celle du thazard décrite pour la première fois par ce savant voyageur.

è

LE SCOMBRE ALATUNGA*

-

Cr scombre, dont les naturalistes doivent la première description au savant Cetti, auteur de l'Histoire des poissons et des amphibies de la Sardaigne, vit dans la Méditerranée comme le thon. On l'y voit, de même que ce dernier poisson, paroître régulièrement à cer= taines époques; et cette espèce se montre également en troupes nombreuses et bruyantes. Sa chair est . Blanche et agréable au goût. L’alatunga à d’ailleurs. beaucoup de rapports dans sa conformation avec le thon; mais il ne parvient ordinairement qu'au poids. de sept ou huit kilogrammes, Il n’a que sept petites: nageoires au-dessus et au-dessous de la queue; et ses. nageoires pectorales sont sialongées, qu'elles atteignent jusqu’à la seconde nageoire dorsale, Au reste, il est aisé de voir que presque tous ses traits, et particu= lièrement le dernier, le séparent de la bonite et du: thazard , aussi-bien que du thon; et la fongueur de ses pectorales ne peut le faire confondre dans aucune Cir- | constance avec le germon, puisque le BErmaR a huit

eu neuf petites nageoires au-dessus ainsi qu'au-dessous Pen rennes mean one ann) * Scomber alatungas - Id. Linné, édition de Gmelin. . Ceiti, Pesc. e anf. di Sard. p. 198, Scombre alatunga. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.

pa) HISTOIRE NATURELLE. de la queue, pendant que l’alatunga n’en a que sept au-dessous et au-dessus de cette même partie. Il est figuré dans les peintures sur vélin que l’on possède au Muséum national d'histoire naturelle, etquiont été faites d’après les dessins de Plumier, sous le nom de thon de l'Océan (thynnus oceanicus), vulgairement ger- mon | _* Sa mâchoire inférieure est plus avancée que la supé- rieure , et sa ligne latérale tortuéuse. |

LE SCOMBRE CHINOIS *.

CE scombre n’a encore £té décrit par aucun natura-- liste européen. Nous en avons trouvé une image très- bien peinte dans le recueil chinois dont nous avons déja parlé plusieurs fois : il est d’un violet argenté: dans sa partie supérieure, et rougeâtre dans sa partie inférieure. Sept petites nageoires sont placées-entre la -eaudaleet-la seconde du.dos : on en voit sept autres: au-dessous de la queue.:Les pectorales sont courtes ; la caudale: est ‘très -échanerée. La ligne latérale ‘est saillante, sinueuse dans tout son’ COUTS : et indépen- damment de son ondulation générale, elle descend assez bas après avoir dépassé les pectorales, et se relève un peu ensuite. On n'apperçoit pas de raies longitudi- nales sur les côtés de l'animal.

* Scomber sinensis.

Der enes

LE SCOMBRE MAQUEREA U*.

Lorseus nous avons voulu parcourir, pour ainsi di res toutes les mers habitées par les légions nombreuses et rapides thens, de germons,.de thazards, de bonites, étdesautresscombres que nous venons d'examiner, nous n'avons eu besoin de nous élever, par la force de la pensée ,.qu'au-dessus des portions de l'Océan qu'envi-

EEE

* Scomber stombrus. “Auriol , -sur plusieurs côtes méridionales.de France.

Verrat, zbid.

Makrill, ez Suède.

‘Id. en Danemarck.

Makrel, ez Allemagne. --Macarel, er Angleterre.

Macarello,.à Rome.

‘Scombro, & Venise.

Lacerto,.à Naples.

Cavallo, en Espagne.

Horreau , dans quelques contrées européennese

-Scomber scomber. Linné, édition de Gmelin. |

Scombre maquereau. Daubenton, Encyclopédie méthodique.

Id, Bonnuterre, planches de l’ Encyclopédie méthodique.

Maquereau. Duhamel, Traité des pêches, part.2 ,sect.7, chap. +, pl.4,

PCR E

Bloch, pl. 54.

.Scomber pinnulis .quinque. Faun. Suecic. 330.

Mill, Prodrom. Zoolog. Danic. p. 47, n. 306.

Scomber pinnulis quinque in extremo dorso, spinâ brevi ad anum.

Artedi, gen. 30, spec. 68, syn, 48.

HISTOIRE NATURELLE. 29

ronnent les zones torride et tempérées. Pour connoître maintenant, observer et comparer tous les climats sous lesquels la Nature a placé le scombre maquereau, nous devons porter nos se bien plus loin encore. Que notre vue s'étende jusqu’au pole du globe, jusqu’à celui autour duquel scintillent les deux ourses. Quel spectacle nouveau, majestueux, terrible, va paroître à nos yeux! Des rivages couverts de frimas amoncelés et de glaces éternelles , unissent , sans les distinguer ;

cxoubyos. Arist. Lib. 6, cap. 173 lib. 8, cap. 12, “Ælian. lib. 14, CAP+ T3 Pe 798. à Athen. Lib. 3, p. 121.

Oppian. Halieut. Lib. x, fol. 108 et 100 ; et Lit. 3,

Scomber. Ovid. Halieut. v. 94.

Scomber. Columell. lib. 8, cap. 17.

Scomber. Plin. lib. 9, cap. 15 ; lib. 31, cap. 83 et lib, 32, cap. 1x. Maquereau. Rondelet, part, x , Liv. 8, chap. 7.

Scombrus. 74, ibid. |

Scomber. Gesner, 841 , 10123 et ( germ.) fol, b7.

Scombrus. Id.

Schonev. p. 66.

Aldro». lib. 2, cap. 53, p, 270. : |

- Jonston, lib.x,tit. 3, cap. 3, a. x, punct. 6; p. 92, tab: 21 , fig. 9, 114

VVillughby, p. 187.

Mackrell. Raÿj. p. 58.

Scomber, scombrus. Charlet. p. 147.

Wotion, lib.8, cap. 188, p. 166, &,

Salvian. fol. 230, b, 241, 242.

Pelamis corpore castigato, etc. Klein, Miss. pise. 5, p. 12, n, ÿ

tab. 4, fig. x. Gronov. Mus. x, p. 34, n. sh ei Zooph. p. 93, n. 304. Brit. Zoolog. 3, p.221, n,1.

HOME TEL UN 4

?

26. HISTOIRE NATURELLE.

une terre qui disparoît sous des couches épaisses de: neiges endurcies, à une mer immobile, froide, gelée, solide dans sa surface, et surchargée au loin d'énormes glacons entassés en montagnes sinueuses, ou élevés en. pics sourcilleux. Sur cet Océan endurci par le froid, chaque année ne voit régner qu’un seul jour; et pen- dant ce jour unique, dont la durée s'étend au-delà de six mois, le soleil, peu exhaussé au-dessus de la surface: des mers, mais paroissant tourner sans cesse autour de: l'axe du monde, éleyant ou abaissant perpétuellement ses orbes, mais enchaînant toujours ses circonvolutions,. commençant, toutes les fois-qu’il répond au même méridien, un nouveau tour de son immense spirale, ne: lançant que des rayons presque horizontaux et faci- lement réfléchis par les plans verticaux des éminences. de glace, illuminant de sa clarté mille fois répétée les. sommets. de ces monts en quelque sorte erystallins .. resplendissant sur leurs innombrables faces, et ne pénétrant qu'à peine dans les: cavités qui les séparent. rend plus sensible par le contraste frappant d’une lu-- mière éclatante et des ombres épaisses, cet étonnant assemblage de sommités escarpées et de sin anfractuosités.

Cependant la même année voit succéder une nuit presque égale à ce jour. Une clarté nouvelle en dissipe les trop noires ténèbres : les ondes congelées ren- voient, dispersent et multiplient dans l'atmosphère .. la lueur argentée de la lune, qui a pris la place du:

DLE 15 (0P dONI SON S. 27 soleil ; et la lumière boréale étalant, au plus haut des airs, des feux variés que n’efface ou ne ternit plus l'éclat radieux de l’astre du jour, répand au loin sés gerbes, ses faisceaux, ses flots enflammés, ses tourbillons rapides , et, dans une sorte de renverse- ment remarquable , montre dans. un ciel sans nuages toute l'agitation du mouvement, pendant que la mer présente toute l'inertie du repos. Une teinte extraor- dinaire paroît et dans l'air, et sur les eaux , et sur de lointains rivages ; un demi-jour, pour ainsi dire mys- térieux et magique, règne sur un vaste espace immo- bile et glacé. Quelle solitude profonde! tout se tait dans ce désert horrible. À peine, du moins , quelques échos funèbres ét sourds répètent-ils foiblement et dans le fond de l'étendue, les gémissemens rauques et sau- vages des oiseaux d'eau égarés dans la nuit , affoiblis par le froid, tourmentés par la faim. Ce théâtre du néant se resserre tout d’un coup; des brumes épaisses se reposent sur l'Océan ; et la vue est arrêtée par de lugubres ténèbres. Cependant la scène va changer en- core. Une tempête d’un nouveau genre se prépare. Une agitation intestine commence ; un mouvement violent vient de très-loin, se communique avec vitesse de proche en proche, s’accroît en s'étendant, soulève avec force les eaux des mers contre les voûtes qui les com- priment ; un craquement affreux se fait entendre; cest l'épouvantable tonnerre de ces lieux funestes ; les efforts des ondes bouleyersées redoublent; les monts

326 HISTOIRE NATURELLE

de glace se séparent , et, flottant sur l'Océan qui les repousse , errent, se choquent , s’entr'ouvrent, s’écrou- lent en ruines, ou se dispersent en débris.

C'est dans le sein même de cet Océan polaire, dont fa surface vient de nous présenter l'effrayante image de la destruction et du chaos, que vivent, au moins pendant une saison assez longue, les troupes innombrables des scombres que nous allons décrire. Les diverses cohortes que forment leurs réunions, renferment dans ces mers arctiques d'autant plus d'individus, que, moins grands que les thons et d’autres poissons de leur genre, n'at- teignant guère qu'à une longueur de sept décimètres, et doués par conséquent d’une force moins considé- rable , ils sont moins excités à se livrer les uns aux autres des Combats meurtriers. Et ce n’est pas seule- ment dans ces mers hyperboréennes que leurs légions comprennent des milliers d'individus.

On les trouve également et même plus nombreuses dans presque toutes les mers chaudes ou tempérées des quatre parties du monde, dans le grand Océan, auprès du pole antarctique , dans l'Atlantique, dans la Méditerranée , leurs rassemblemens sont d'autant plus étendus, et leurs agrégations d'autant plus dura- bles , qu'ils paroissent obéir avec plus de constance que plusieurs autres poissons , aux diverses causes qui dirigent ou modifient les mouvemens des habitans des eaux.

Les. évolutions de ces tribus marines sont rapides.

DONS MELON ESS T O0 NE 2

et leur natation est très- prompte , comme celle de presque tous les autres scombres.

La grande vitesse qu'elles présentent lorsqu'elles se transportent d'une plage vers une autre, n'a pas peu contribué à l'opinion adoptée presque universellement jusqu'à nos jours, au sujet de leurs chañgemens pério- diques d'habitation. On a cru presque généralement d'après des relations de pêcheurs rapportées par Anderson dans son Histoire naturelle de l'Islande , que le maquereau étoit soumis à des migrations régulières; on a pensé que les individus de cette espèce qui pas- soient l'hiver dans un asyle plus ou moins sûr auprès des glaces polaires , voyageoient pendant le printemps ou l'été jusque dans la Méditerranée. Tirant de fausses conséquences de faits mal vus et mal eomparés , on a supposé la plus grande précision et pour les temps et pour les lieux, dans l'exécution de ce transport successif et périodique de myriades de maquereaux depuis le cercle polaire jusqu'aux environs du tro: pique. On a indiqué l'ordre de leur voyage ; on a tracé leur route sur les cartes ; et voici comment la plupart des naturalistes qui se sont occupés de ces animaux, les ont fait s’avancer de la zone glaciale vers la zone torride , et revenir ensuite auprès du pole, à leur habi- tation d'hiver.

On a dit que, vers le printemps, la grande armée des maquereaux côtoie l'Islande , le Hittland', l'Écosse et l'Irlande, Parvenue auprès de cette dernière isle,

20 HISTOIRE NATURELLE elle se divise en deux colonnes : l’une passe devant l'Espagne et le Portugal, pour se rendre dans la Médi- terranée, il paroît qu’on croyoit qu’elle terminoit ses migrations ; l'autre paroissoit, vers le mois de floréal , auprès des rivages de France et d'Angleterre, s'enfonçoit dans la Manche , se montroit: en prairial devant la Hollande et la Frise, et arrivoit en messidor vers les côtes de Jutland. C'étoit dans cette dernière portion de l'Océan atlantique boréal que cette colonne se séparoit pour former deux grandes troupes voya- geuses : la première se jetoit dans la Baltique, d’où on navoit pas beaucoup songé à la faire sortir ; laseconde, moins déviée du grand cercle tracé pour la natation de l'espèce, voguoit devant la Norvége, et retournoit jusque dans les profondeurs ou près des rivages des mers polaires, chercher contre les rigueurs de l'hiver un abri qui lui étoit connu. | Bloch et le citoyen Noël ont très-bien prouvé qu’une route décrite avec tant de soin ne devoit cependant pas être considérée comme réellement parcourue ; qu’elle étoit inconciliable avec des observations sûres, précises ; rigoureuses et très-multipliées , avec les épo- ques auxquelles les maquereaux se montrent sur les divers rivages de l'Europe, avec les dimensions que présentent ces scombres auprès de ces mêmes rivages, avec les rapports qui lient quelques traits de la con- formation de ces animaux à la température qu'ils éprouvent, à la nourriture qu'ils trouvent, à la qualité de l'eau dans laquelle ils sont plongés.

DEA SN GMT S 10 K (5: SE

On doit être convaincu , ‘ainsi que nous l'avons: annoncé dans le Discours sur la nature des poissons, que les maquereaux { et nous en dirons autant, dans la: suite de cet ouvrage , des harengs , et des autres osseux: que l’on a considérés comme contraints de faire pério- diquement des voyages de long cours }, que les maque-- reaux, dis-je, passent l'hiver dans des fonds de la mer plus ou moins éloignés des côtes dont ils s'ap- prochent vers le printemps ; qu’au commencement de la belle saison, ils s’avancent vers le rivage qui leur convient le mieux , se montrent souvent, comme les: thons , à la surface de la mer, parcourent des chemins- plus ou moins directs, ou plus ou moins sinueUux ;: mais ne suivent point le cercle périodique auquel on: a voulu les attacher, ne montrent point ce concert régulier qu'on leur a attribué ,; n’obéissent pas à cet ordre de lieux et de temps auquel on les a dits assu- jettis. |

On n'avoit que des idées vagues sur la manière dont les maquereaux étoient renfermés dans leur asyle sou- marin pendant la saison la plus-rigoureuse, et parti- culièrement auprès des contrées polaires. Nous allons remplacer ces conjectures par: des: notions précises. Nous devons cette connoissance certaine à l'observation suivante qui m'a été communiquée par mon respec- table collèoue , le brave et habile marin:, le sénateur et vice-amiral Pléville-le-Peley. Le fait qu'il a remarqué ,. est d'autant plus curieux , qu'il peut jeter un grand.

99 HISTOIRE NATURELLE

jour sur l’engourdissement que les poissons peuvent éprouver pendant le froid , et dont nous avons parlé dans notre premier Discours. Ce général nous apprend, dans une note manuscrite qu'il a bien voulu me remettre , qu'il a vérifié avec soin les faits qu’elle con- tient, le long des côtes du Groenland, dans la baie d'Hudson , auprès des rivages de Terre-Neuve, à l’'épo- que les mers commencent à ÿ être navigables, c'est-à-dire, vers le tiers du printemps. On voit dans ces contrées boréales ; nous écrit le vice-amiral Plé- ville , des enfoncemens de la mer dans les terres, nommés barachouas , et tellement coupés par de petites pointes qui se croisent , que , dans tous les temps , les eaux y sont aussi calmes que dans le plus petit bassin. La profondeur de ces asyles diminue à raison de la proximité du rivage, et le fond en est généralement de vase molle et de plantes marines. C’est dans ce fond vaseux que les maquereaux cherchent à se cacher pen- dant l'hiver , et qu’ils enfoncent leur tête et la partie antérieure de-leur corps jusqu’à la longueur d'un décimètre ou environ , tenant leurs queues élevées verticalement au-dessus du limon. On en trouve des williers enterrés ainsi à demi dans chaque barachoua, hérissant, pour ainsi dire, de leurs queues redressées le fond de ces bassins, au point que des marins les appercevant pour la première fois auprès de la côte, ont craint d'approcher du rivage dans leur chaloupe, de peur de la briser contre une sorte particulière de

DA SUD OM S 5 0: N x. 93

banc ou d'écueil. Le citoyen Pléville ne doute pas que la surface des eaux de ces barachouas ne soit gelée pendant l'hiver, et que l'épaisseur de cette croûte de glace, ainsi que celle de la couche de neige qui s’amon- celle au-dessus , ne tempèrent beaucoup les effets de la rigueur de la saison sur les maquereaux enfouis à demi au-dessous de cette double couverture , et ne contribuent à conserver la vie de ces animaux. Ce n’est que vers messidor que ces poissons reprennent une partie de leur activité, sortent de leurs trous , s'élan- cent dans les flots, et parcourent les grands rivages. Il semble même que la stupeur ou l'engourdissement dans lequel ils doivent avoir été plongés pendant les très- grands froids, ne se dissipe que par degrés : leurs sens paroissent très =affoiblis pendant une vingtaine de jours ; leur vue est alors si débile, qu'on les croit aveugles, et qu'on les prend facilement au filet. Après ce temps de foiblesse , on est souvent forcé de renon-. cer à cette dernière manière de les pècher ; lès maque- reaux recouvrant entièrement l'usage de leurs yeux, ne peuvent plus en quelque sorte être pris qu’à l’hame- Con : mais comme ils sont encore très-maigres, et qu'ils se ressentent beaucoup de la longue diète qu'ils ont éprouvée , ils sont très-avides d’appâts, et on en fait une pêche très-abondante.

C'est à peu près à la même époque qu'on recherche ces poissons sur un grand nombre de côtes plus ou moins tempérées de l'Europe occidentale. Ceux qui

TOME Il | 5

JA HISTOIRE NATURELLE

paroissent sur les rivages de France , sont communé- ment parvenus à leur point de perfection en floréal et prairial ; ils portent le nom de chevillés, et sont moins estimés en thermidor et fructidor, lorsqu'ils ont jeté leur laite ou leurs œufs.

Les pêcheurs des côtes nord-ouest et ouest de la France sont de tous les marins de l'Europe ceux qui s'occupent le plus de la recherche des maquereaux, et qui en prennent le plus grand nombre. Ils se servent, pour pêcher ces animaux, de haims, de libourets’, de mancls* faits d'un fil très-délié , et que l’on réunit quelquefois de manière à former avec ces filets une zessure de près de mille 2rasses ( deux mille cinq cents mètres } de longueur, Les temps orageux sont très-

souvent ceux pendant lesquels on prend avec le plus. _ de facilité Les scombres maquereaux , qui, agités par la tempête , s’approchent beaucoup de la surface de la mer, etse jettent dans les filets tendus à une très-petite profondeur ; mais lorsque le ciel est serein et que l'océan est calme, il faut les chercher entre deux eaux , et la pêche en est beaucoup moins heureuse.

C’est parmi les rochers que les femelles aiment à déposer leurs œufs ; et comme chacun de ces individus en renferme plusieurs centaines de mille, il n’est pas surprenant que les maquereaux forment des légions

: Voyez l'explication du mot /bouret, à l’article du scombre 1hon.

? L'article de la zrachine vive renferme une courte description du rrañet.…

D'ELSUP OU S SON S. 90

très-nombreuses. Lorsqu'on en prend une trop grande quantité pour la consommation des pays voisins du lieu de la pêche , on prépare. ceux que l’on veut conserver long-temps et envoyer à de grandes distances, en les vidant , en. les mettant dans du sel, et en les entassant ensuite, comme des harengs, dans des barils.

La chair des maquereaux étant grasse et fondante, les anciens l’exprimoient, pour ainsi dire, de manière à former une sorte de substance liquide de prépa- ration particulière, à laquelle on donnoit le nom de garum. Pline dit * combien ce garum étoit recherché non seulement comme un assaisonnement agréable de plusieurs mets, mais encore comme un remède efficace contre plusieurs maladies. On obtenoit du garum, dans le temps de Bellon et dans plusieurs endroits voisins des côtes de la Méditerranée, en se servant des intestins des maquereaux; et on en faisoit une grande consom- mation à Constantinople ainsi qu'a Rome, ceux qui en vendoient, étoient nommés piscigaroles.

C’est par une suite de cette nature de leur chair grasse et huileuse, que les maquereaux sont comptés parmi les poissons qui jouissent le plus de la faculté de répandre de la lumière dans les ténebres *. Ils luisent dans l’obscu- rité, lors même qu'ils sont tirés de l’eau depuis très-peu

* Hist. mundi, lib. 81, cap. 8.

UE" ? Voyez la partie du Discours préliminaire relative à la phosphores- cence des poissons.

\

00. HISTOIRE NATURELLE

de temps; et on lit dans les Transactions philosophiques de Londres (an. 1666, pag. 116), qu’un cuisinier, en re- muant de l’eau dans laquelle ilavoit fait cuire quelques- uns de ces scombres, vit que ces poissons rayonnoient vivement, et que l'eau devenoit très-lumineuse. On. appercevoit une lueur phosphorique par-tout on laissoit tomber des gouttes de cette eau, après lavoir agitée. Des enfans s'amusèrent.à transporter de ces gouttes qui ressembloient à autant de petits disques lumineux. On observa encore le lendemain, que, lorsqu'on imprimoit à l'eau un mouvement circulaire rapide, elle jetoit une lumière comparable à la clarté de la lune : cette lumière égaloit l'éclat de la Hamme, lorsque: la vitesse du mouvement de l’eau étoit très- accélérée ; et des. jets lumineux très-brillans sortoient alors du gosier et de plusieurs autres parties des ma- quereaux. |

Mais avant de terminer cet article, montrons avee précision les formes du poisson dont nous venons d’in- diquer les principales habitudes. |

En général, le maquereau a la tête alongée, l’ou- verture de la bouche assez grande, la langue lisse, pointue, et un peu libre dans ses mouvemens ;le palais garni dans son contour de dents petites , aiguës , et semblables à celles dont les deux mâchoires sont héris- sées : la mâchoire inférieure un peu plus longue que: la supérieure: la nuque large, l'ouverture des .bran- chies étendue , un opercule composé de trois pièces.

DE S$ POISSON S. “ir 1 le tronc comprimé; la ligne latérale voisine du dos, dont elle suit la courbure; l’anus.plus rapproché de la

tête que de la queue; les nageoires petites, et celle de la queue fourchue *. | | elles sont les formes principales du scombre dont nous écrivons l'histoire : ses couleurs ne sont pas tout- à-fait aussi constantes.

Le plus fréquemment, Îorsqu'on voit ce poisson: nager entre deux eaux, et présenter au travers.de la couche fluide qui le vernit, pour ainsi dire, toutes les nuances qu'il peut devoir à la rapidité de ses. mou- vemens et à la prompte et entière circulation des liquides qu’il recèle, il paroît d’une couleur de soufre, ou plutôt on le croiroit plus ou moins.doré sur.le dos: mais lorsqu'il est hors de l’eau ; sa partie supérieure n'offre qu'une couleur noirâtre ondulée de bleu; de grandes taches transversales, et d'une nuance bleuâtre sujette à varier, s'étendent de chaque côté du corps.et de la queue, dont la partie inférieure est argentée, ainsi que liris-et les opercules des branchies : presque toutes les nageoires sont grises ou blanchâtres.

Plusieurs individus ne présentent pas de grandes

* A Ja première nageoire dorsale 12 rayons.

à la seconde nas à chacune des pectorales 20 à chacune des thoracines 6 à celle de l’anus 13

à celle de la queue 30-

90 HISTOIRE NATURELLE

taches latérales ; ils forment une variété à laquelle on a donné le nom de rr7archais dans plusieurs pêcheries françoises , et qui est communément moins estimée pour la table que les maquereaux ordinaires.

Au reste, toutes ces couleurs ou nuances sont pro- duites ou modifiées par des écailles petites, minces et molles. |

Ajoutons que les vertèbres des scombres que nous décrivons, sont grandes, et au nombre de trente ou trente-une, et que l’on compte dans chacun des côtés de l'épine dorsale onze ou douze côtes attachées aux vertèbres par des cartilages.

On peut voir par les détails dans lesquels nous venons d'entrer, que les formes ni les armes des maquereaux ne les rendent pas plus dangereux que leur taille, pour les autres habitans des mers. Cependant, comme leurs appétits sont très-violens, et que leur nombre leur inspire peut-être une sorte de confiance, ils sont voraces et même hardis : ils attaquent souvent des poissons plus gros et plus forts qu'eux; et on les a même vus quelquefois jeter avec une audace aveugle sur des pêcheurs qui vouloient Îles saisir, ou qui se baïgnoient dans les eaux de la mer.

Mais s'ils cherchent à faire beaucoup de victimes, ils sont perpétuellement entourés de nombreux ennemis. Les grands habitans des mers les dévorent ; et des poissons en apparence assez foibles , tels que les murènes et les murénophis , les combattent avec

. DUEN SYMPA GNT ASNST'ONNIS, 99

avantage. Nous ne pouvons denc écrire presque aucune page de cette Histoire sans parler d'attaques et de défenses , de proie et de dévastateurs, d'actions et de réactions redoutables , d'armes, de sang, de carnage et de mort. Triste et horrible condition de tant de milliers d'espèces condamnées à ne subsister que par la destruction, à ne vivre que pour être immolées ou prévenir leurs tyrans , à n'exister qu'au milieu des angoisses du foible, des agitations du plus fort, des embarras de la fuite, des fatigues de la recherche, du trouble des combats, de la douleur des blessures, des inquiétudes de la victoire, des tourmens de la défaite ! Combien tous ces affreux malheurs se seroient sur-tout accumulés sur la foible espèce humaine, si la sensibilité éclairée par l'intelligence, et l'intelligence animée par la sensibilité, n’avoient pas, par un heureux accord, fait naître la société, la civilisation, la science, la vertu! Et combien ils peseront encore sur sa tête infortunée, jusqu'au moment la lumière du génie, plus: géné- ralement répandue , éclairera un plus grand nombre d'hommies sur leurs véritables intérêts, et dissipera les illusions de leurs passions aveugles et funestes! C'est au maquereau que nous croyons devoir rap- __ porter le scombre qu’Aristote, Athénée, Aldrovande, Gesner et Willughby, ont désigné par le nom de co/jas”, ne 4 un ca Nllioéeh ti

* Scomber colias, Linné, édition de Gmelin. Kouas. Aristot. Hist, anim. V, 9 ; VIII, 13; 64 IX , 2. Kd. Aihenœus, Derpnosoph, I, 118,120; VII, 3x.

40 HISTOIRE NATURELLE

que l’on pêche près des côtes de la Sardaigne, qui est souvent plus petit que le maquereau , qui en diffère quelquefois par les nuances qu'il offre, puisque ; sui- vant le naturaliste Cetti, il présente un »erd gai mêlé à de l’azur, mais qui d’ailleurs a les plus grands rapports avec le poisson que nous venons de décrire. Le profes- seur Gmelin lui-même, en l’inscrivant: à la suite du amaquereau, demande s’il ne faut pas le considérer comme ce dernier scombre encore jeune.

Au reste, quelques auteurs, et particulièrement Rondelet *, ont appliqué cette dénomination de colus à d’autres scombres que l’on nomme coguoils auprès de Marseille, qui habitent dans la Méditerranée, qui s'y plaisent sur-tout, dans le voisinage des côtes d'Espagne, qui sont plus grands et plus épais que le maquéreau ordinaire, et que néanmoins Rondelet regarde comme n'étant qu'une variété de ce dernier poisson, avec Jequel on le confond en effet très-souvent.

Peut-être est-ce plutôt aux copuoils-qu'aux maque- reaux verds et bleus: de Cetti, qu'il faut rapporter Les passages des anciens naturalistes ; et principalement celui d’'Athénée que nous venons de citer.

Quoi qu'il en soit, les coguoils ont la chair plus gluante

Colias. Aldrov. Pise. p. 274

Gesn. Aquat. p.-256.

JFillughby; Ichthyol, p.182.

Lacertus. Klein, Miss. pisc, 5, p:122:

Scomber lætè viridis etrazureus. Cetti, Pa D ang di Sard. p. 196.

* Rondelet, première partie; Liv, 8, chap. 6.

e.

DUE JS WP DIT SSLONN S. AT

et moins agréable que le maquereau ordinaire. Ils sont couverts d'écailles petites et tendres : une partie de leur tête est si transparente, Qu'on distingue, comme au travers d’un verre, les nerfs qui, du cerveau, abou- tissent aux deux organes de la vue. Rondelet ajoute que, vers le printemps, ils jettent du sang aussi res- _ plendissant que la liqueur de la pourpre. |

Ce fait nous rappelie un phénomène analogue, qui nous a été attesté par un voyageur digne d'estime, et sur lequel nous croyons utile d appeler l'attention des observateurs.

Le citoyen Charvet m'a instruit, par deux lettres, datées de Serrières, département de l’Ardèche, l’une le 19 vendémiaire, l’autre le 16 brumaire, de l’an IV de l'ère françoise , qu’en 1776 il étoit occupé dans lisle de la Guadeloupe , non seulement à faire une collection de dessins coloriés de plantes, qu’il destinoit pour le jardin et le cabinet d'histoire naturelle de Paris, et qui furent entièrement détruits par le fameux oura- gan de septembre de cette même année 1776, mais encore à terminer avec beaucoup de soin des dessins de différentes espèces de poissons pour M. Barbotteau , ha- bitant du Port-Louis , connu par un ouvrage intéressant sur les fourmis, et correspondant de Duhamel, qui publia plusieurs de ces dessins ichthyologiques dans le Traité général des péches.

Les liaisons du citoyen Charvet avec les Caraibes : chez lesquels il trouvoit de l’ombrage et du repos

TOME III 6

e

42 HISTOIRE NATURELLE

lorsqu'il étoit fatigué de parcourir les rochers et les

profondeurs des anses, lui procurérent, de la part de ces insulaires , des poissons assez rares. Ces Caraïbes

le dirigèrent, dans une de ses courses, vers une partie

“des rivages de l’isle, sauvage, pittoresque et mélanco-

lique, appelée Porte d'enfer. Ce fut ne de cette côte qu'il trouva un poisson dont il m'a envoyé un dessin colorié. Cet animal avoit l'air si familier et si peu eflrayé des mouvemens du citoyen Charvet, qui se baignoit, que cet artiste fut tenté de le saisir. A peine le tenoit-il, qu'une fente placée sur le dos du poisson s’entr'ouvrit, et qu "il en sortit une liqueur d’un pourpre vif, assez abondante pour teindre l’eau environnante, en troubler la transparence, et donner à l'animal la facilité de s'échapper, au moment l'étonnement du citoyen Charvet l’'empêcha de retenir le poisson qu'i avoit dans les mains. Cet artiste cependant prit de nouveau le poisson, qui répandit une seconde fois sa liqueur ; mais ce fluide étoit bien moins coloré et bien

moins abondant qu’au premier jet, et cessa de couler;

quoique l'animal continuât d'ouvrir et de fermer la

fente dorsale, comme pour obéir à une grande irrita- tion. Le poisson, rendu à la liberté, ne parut pas très-

affoibli. Un second individu de la même espèce , placé promptement sur une feuille de papier, la teignit de

la même manière qu’une eau fortement colorée avec: de la laque; néanmoins après trois jours, la tache

LE

rouge étoit devenue jaune. Des affaires imprévues ; une

DME P OTS S Oo NS. À

maladie grave, les suites funestes du terrible ouragan de septembre 177684et l'obligation soudaine de repar- tir pour l'Europe , empêchèrent le citoyen Charvet de dessiner et même de décrire, pendant qu'il étoit encore à la Guadeloupe, le poisson à liqueur pourprée : mais sa mémoire, fortement frappée des traits, de l'allure et de la propriété de cet animal, lui a donné la facilité de faire en France une description et un dessin colorié de ce poisson, qu’il a eu la bonté de me faire parvenir.

Les individus vus par ce voyageur avoient un peu plus de deux décimètres de longueur. Leurs nageoires pectorales étoient assez grandes. La nageoire dorsale étoit composée de deux portions longitudinales, char- nues à leur base, terminées dans le haut par des filamens qui les faisoient paroître frangées, et appliquées l’une contre l’autre de manière à ne former qu'un seul tout, lorsque l'animal vouloit tenir fermée la fente propre à laisser échapper la liqueur rouge ou violette. Cette fente, située à l’origine et au milieu de ces deux por- tions longitudinales de la nageoiïre dorsale, ne parois- soit pas s'étendre vers la queue aussi loin que cette même nageoire ; mais le fluide coloré, en sortant par cette ouverture, suivoit toute la longueur de la nageoïire du dos, et obéissoit à ses ondulations.

La peau étoit visqueuse, couverte d'écailles petites et fortement adhérentes. La couleur d’un gris blanc plus ou moins clair faisoit ressortir un grand nombre de petits points jaunes, bleus, bruns, ou d’autres nuances.

&

44 HISTOIRE NATURELLE.

L'ensemble des formes de ces poissons, et les teintes qu'ils présentoient, étoient agréables à la vue. Ils se nourrissoient de petits mollusques et de vers marins, qu'ils cherchoient avec beaucoup de soin parmi les pierres du fond de l’eau, sans se détourner ni dis- continuer leurs petites manœuvres avant l'instant on vouloit les saisir; et la contraction qu'ils éprouvoient Jorsqu'ils faisoient jaillir leur liqueur pourprée , étoit apparente dans toute la Iongueur de leur corps, mais principalement vers l'insertion des nageoires pecto- rales.

Ces zeinturiers de la Guadeloupe, car c’est ainsi que les nomme le citoyen Charvet, cherchent un asyle lorsque la tempête commence à bouleverser les flots : sans cette précaution, ils résisteroient d'autant moins aux agitations de la mer et aux secousses des vagues impétueuses qui les briseroient contre les rochers, que . leurs écailles sont fort tendres, leurs muscles très- délicats, et leurs tégumens de nature à se rider bien- tôt après leur mort. |

Ces faits ne suffisent pas pour déterminer l'espëce ni le genre, ni même l’ordre de ces poissons. Plusieurs motifs doivent donc engager les naturalistes qui par- courent les rivages de la Guadeloupe, à chercher des individus de l'espèce observée par le citoyen Charvet, à reconnoiître leur conformation , à examiner leurs. habitudes, à constater leurs propriétés.

LE SCOMBRE JAPONOIS:.

s .

scombre n’est peut-être qu'une variété du maque- reau , ainsi que l’a soupçonné le professeur Gmelin. Nous ne l'en séparons que pour nous conformer à l'opinion de plusieurs naturalistes, en annonçant aux co notre doute à cet égard , et en les invitant à le résoudre par des ébbbrSatTe A8

Ce poisson vit dans la mer du Japon. Sa longueur n’est quelquefois que de deux décimètres; ses mâchoires sont hérissées de petites dents ; sa couleur générale est d’un bleu clair ; sa tête brille de la couleur de l'argent ; ses écailles sont très-petites ; et l’on a comparé l’en- semble de sa conformation à celle du hareng *. |

Houttuyn l'a fait connoître.

? Scomber japonieus. Id. Zinné, édition de Gmelin.-

Scomber cærulescens , pinnulis quinque spurüs. Houtruyn, Act. Haarl. POS 2LIPE DD Es is TO:

Scombre du Japon. Bonnaterre, planches de PHneyclopédie méthodique.

* À chacune des: deux nageoires dorsales 8 rayons. à à chacune des pectorales 18 à chacune des thoracines- 6 à celle de l’anus

à celle de la queue

IT

LE SCOMBRE DORÉ*

LE nom de ce poisson annonce la riche parure que la Nature lui a accordée, et la couleur éclatante dont il est revêtu. Il est en effet resplendissant d’or sur une très-grande partie de sa surface, et particulièrement sur son dos. Peut-être n'est-il qu’une variété du maque- reau. Le professeur Gmelin a témoigné de l'incer- titude au sujet de l'espèce de ce scombre , aussi-bien qu’à l'égard de celle du japonois. Le doré s'éloigne cependant du maquereau beaucoup plus que ce japo- nois, non seulement par ses nuances, mais encore par quelques détails de sa conformation , et notamment par le nombre des rayons de ses nageoires.

Quoi qu'il en soit, on trouve le doré dans les mers voisines du Japon, ainsi quon y voit le scombre précédent ; et il a été également découvert par Hout- tuyn. à | |

Il n’a au-dessus et au-dessous de la queue que cinq petites nageoires comme le japonois et le maquereau ;

* Scomber aureus.

Id. Fouttuyn, Act. Haarl. 20 2, p. 331, m4 19.

Scomber auratus. Linné, édition de Gmelin.

Scombre doré. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique.

A

HISTOIRE NÂTURELLE. 47

. Eb. LOHMe compte que six rayons à sa nageoire de

11: SR

Nous avons trouvé dans un des manuscrits de P/4- J1LET , déposés a la Bibliothèque nationale , la figure d'un scombre nommé, par ce naturaliste, très- - petit scombre d'Amérique fscomber minimus americanus), et’ qui tient, à beaucoup d’égards , le milieu entre le doré et le maquereau. Des raies ondulent en divers sens sur le dos de ce poisson. Il n’a que cinq petites nageoires au-dessus et au-dessous de la queue , onze rayons à la première dorsale, neuf à la seconde, et cinq à la pen de l'anus. L

* À la première nageoire dorsale 9 rayons.

à chacune des pectorales 18 à chacune des thoracines: 6 à celle de lPanus. 6.

LE SCOMBRE ALBACORE*

Le nom d’albacore ou d’albicore a été donné, ainsi que ceux de germon , de thazard , et de bonite ou péla- snide , à plusieurs espèces de scombres ; ce qui n’a pas jeté peu de confusion dans l’histoire de ces animaux. Nous l’appliquons exclusivement , pour éviter toute équivoque, à un poisson de la famille dont nous traï- tons, et dont Sloane a fait mention dans son Histoire de la Jamaïque. F

Ce scombre , qui habite dans le bassin des Antilles ; est couvert de petites écailles. L'individu décrit par Sloane avoit seize décimètres de longueur, et un mètre. de circonférence à l'endroit le plus gros du corps. Ses mâchoires, longues de deux décimètres, ou environ, étoient garnies chacune d’une rangée de dents courtes et aiguës. On pouvoit voir, au-dessus des opercules, deux arêtes cachées en partie sous une peau luisante. On comptoit, au-dessus et au-dessous de la queue, plu- sieurs petites nageoires séparées l’une de l’autre par un intervalle de cinq centimètres ou à peu près. La na- geoire de l’anus se terminoit en pointe, et avoit trente-

* Scomber albacorus.

Sloane, Hist. of Jamaic. vol. 2, p. zx.

Scombre albacore. Bonnaterre; planches de l'Encyclopédie méthodique. “Scomber albacares, 4, ibid. |

x “HISTOIRE NATURELLE SEMO deus centimètres de long et huit centimètres de haut. Celle de l'anus étoit en croissant. Les deux saillies laté- rales et longitudinales de la queue avoiïent plus de deux centimètres d'élévation. Plusieurs parties de la surface de l'animal étoient blanches , les autres d'une couleur foncée.

TOME III, ! CU Le.

SOIXANTE-UNIÈME GENRE. LES SCOMBÉROÏDES.

De petites nageoires au-dessus et au-dessous de la queueÿ une seule nageoire dorsale; plusieurs aiguillons au- devant de la nageoire du dos.

ESPÈCES, CARACTÈRES.

f. LE SCOMBÉROÏDE NOEL,

Scomberoides Noeliz, j (Scomberoides Noelii.) - recourbés au-devant de la nageoïre du dos,

L Douze petites nageoires au- dessus et au- A Ne D dessous de la queue; six aiguillons au- (Scomb. commersonnianus.)

“devant de la nageoire du dos. 3: LE SCOMBÉR. SAUTEUR.

(Scomberoides saltator.) devant de Ja nageoire du dos:

De petites nageoires au - dessus et quatorze: au-dessous de la queue; sept aiguillons

Sept petites nageoires au-dessus et huit au-. dessous de la queue ; quatre aiguillons au

ram" Dep L2 [7 COR |: etui ares EU

ns «

LE SCOMBÉROÏDE NOËL *

Aucune des espèces que nous avons cru devoir com- prendre dans le genre dont nous allons nous occuper ; n'est encore connue des naturalistes. Nous avons donné x la famille qu’elles composent , le nom de scombt- roïde , pour désigner les rapports qui la lient avec les - scombres. Elle tient, à quelques égards , le milieu entre ces scombres , auxquels elle ressemble par les petites nageoires qu’elle montre au-dessus et au-dessous: de la queue , et entre les gastérostées, dont elle se rapproche par la série d’ aiguillons qui tiennent Heu d'une. pre- mière nageoire dorsale.

Nous nommons scombéroïde \noël la première des trois espèces que nous ayons inscrites dans ce genre, pour donner üne marque solemnelle de reconnoissance et d'estime au citoyen Noël , de Rouen, qui mérite si

bien chaque jour les remercimens des naturalistes par ses travaux, et dont les observations exactes ont enrichi tant de pages de l’histoire que nous écrivons.

Nous l'avons décrite d’après un individu desséché et- bien conservé qui faisoit partie de la collection cédée à la France par la Hollande , et envoyée au Muséum

d'histoire naturelle. NEVERS EU LE M ET PEN QE PART RO UE CRE

* Scomheroïdes Noelii.

\

59 HISTOIRE NATURELLF.

Ce poisson avoit dix petites nageoires au-dessus de la queue , et quatorze au-dessous de cette même partie. Sept aiguillons recourbés en arrière et placés longitu- dinalement au-delà de la nuque , tenoient lieu de pre- mière nageoire du dos; deux aiguillons paroissoient au devant de la nageoire de l'anus. Six taches ou petites bandes transversales s’étendoient de chaque eôté de l'animal, et lui donnoient , ainsi que l’ensemble de sa

conformation ; beaucoup de ressemblance avec le:

maquereau. La naveoire de la queue étoit fourchue *. q 5

* A la nageoire du dos 9 rayons. à chacune des pectorales 18 à chacune desthoracines x rayon aiouillonné et 5 rayons articulés. à la nageoire de l’anus 26 à celle de la queue 26

4

LE SCOMBÉR. COMMERSONNIEN :.

CE scombéroïde , que nous avons décrit et fait oraver d'après Commerson, est un poisson d’un grand volume. Sa hauteur et son épaisseur , assez grandes relativement à sa longueur, doivent lui donner un poids considé- rable. On voit à la place d’une première nageoire dorsale, six aiguillons recourbés, pointus , et très- séparés l’un de l’autre. On compte douze petites na- geoires au-dessus et au-dessous de la queue *. La nageoire caudale est très-fourchue. Deux aiguillons très-distincts sont placés au-devant de la nageoire de l'anus ; chaque opercule est composé de deux pièces. Les deux mâchoires sont garnies de dents égales et aigués : l'inférieure est plus avancée que la supérieure, De chaque côté du dos, paroissent des taches d’une

: Scomberoïdes commersonnianus. |

Scomber pinnulis dorsi et ani duodecim circiter vix distinctis, spinis in anteriore dorso sex discretis, ponè anum duabus; vel maeulis obicularibus supra lineam lateralem utrinque sex ad octo , cæruleis. Com-

° mmerson, manuscrits déja cités.

2 Ce nombre douze est expressément indiqué dans Ja description ma- nuscrite de Commerson, à laquelle nous avons conformer notre texte, plutôt qu’au dessin que ce naturaliste a laissé dans ses papiers, que nous avons fait graver, et d’après lequel on attribueroit au scombéroïde que nous faisons connoître , dix petites nageoires supérieures et treize petites mageoires inférieures,

Ep SNS MIO NE ON AP EU PL Er

nuance très-foncée , rondes , ordinairement au nombre de huit, et imégales en surface; la plus grande est le p'us souvent située au-dessous de la nageoire dorsale , : et le diamètre des autres est d'autant plus petit qu'elles sont plus rapprochées de la tête ou de la queue. Les nageoires pectorales ne sont guère plus étendues que les thoracines. On trouve le commer- sonnien dans la mer voisine du fort Dauphin de lisle . de Madagascar.

LE SCOMBÉROÏDE SAUTEUR *,

À Lx

Nous avons trouvé dans les manuscrits de Plumier , que l’on conserve à la Bibliothèque nationale, un dessin de ce poisson , que nous avons fait graver, Ce naturaliste le nommoït petite pélamide ou petite bonite , vulgairement le sauteur. Nous avons conservé au scom- béroïde que nous décrivons , ce nom ‘distinctif ou spé- cifique de sauteur , parce qu’il indique la faculté de s'élancer au-dessus de la surface des eaux, et par conséquent une partie intéressante de ses habitudes.

Cet animal a sept petites nageoires au-dessus de la queue ; et huit autres nageoires analogues sont placées au-dessous. La dernière de ces petites nageoires , tant des supérieures que des inférieures , est très- “longue, et faite en forme de faux.

La ligne latérale est un peu ondulée dans tout son cours : elle descend d’ailleurs vers le ventre , lorsqu'elle est parvenue à peu près au-dessus des nageoires pec=. torales. Deux aiguillons réunis par une membrane sont situés au-devant de la nageoire de l’anus. Deux fames composent chaque opercule. La mâchoire infe- rieure s’ayance au-delà de la supérieure. On compte

* Scomberoïdes saltator.

Pelamis minima, vulod sauteur. Plumier, inanuscrits déposés à la Bi- Gliothèque nationale.

56 HISTOIRE NATURELLE,

neuf rayons à la nageoire du dos et à chacune des _pectorales *. Cette nageoire dorsale et celle de l'anus sont conformées de manière à représenter une faux. Au lieu d’une première nageoire du dos, on voit quatre aiguillons forts et recourbés qui ne sont pas réunis par une membrane commune de manière à composer une véritable nageoire, mais qui étant garnis chacun d'une petite membrane triangulaire qui les retient et les empêche d’être inclinés vers la tête, donnent à l'animal un nouveau rapport avec les scombres pro= prement dits.

* À chacune des thoracines 7 rayons. à la nageoire de l'anus ‘13

"70

on mn

SOIXANTE-DEUXIÈME GENRE.

LES CARANX.

Deux nageoires dorsales; point de petites nageoires au- dessus ni au-dessous de la queue; les côtés de la queue relevés longitudinalerment en carène, ow une petite: nageoire composée de deux aiguillons et d'une mem- brane, au-devant de la nageoire de l'anus.

PREMIER SOUS-GENRK E.

Point d'aisuillon isolé entre les deux nageoires dorsales.

ESPÈCES. CARACTÈRES.

‘Trente-quatre rayons à la seconde nageoire du dos; trente rayons à la nageoire de anus; la ligne latérale garnie de petites plaques dont chacune est armée d’un ai-

1. LE CARANX TRACHURE. (Caranx trachurus.)

guillon. Trente-quatre rayons à la seconde nageoire 2, LE CARANX AMIE. du dos; le dernierrayon de cette nageoire, (Caranx amia.) très-long; vingt-quatre rayons à la na-

geoire de l’anus.

Vingt-six rayons à la seconde nageoire dor-

3. LE CAR. QUEUE-JAUNE.] sale; trente rayons à celle de Panus; de

(Caranx chrystirus.) trés-petites dents, ou point de dents, aux mâchoires.

TOME III 0

58 HISTOIRE NATURELLE

ESPÈCES, CARACTÈRES. Vingt-six rayons à la seconde nageoire dor- 4. LE CARANX GLAUQUE. sale ; le second rayon de cette nageoire, (Caranx glaucus.) très-long; vingt-cinq rayons à la nageoire de l’änus,

dos; vingt rayons à celle de l'anus; la queue non carenée latéralement ; la cou- leur générale blanche ; les côtés de la queue et la nageoïre caudale jaunes.

b. LE CARANX BLANC. (Caranx albus.)

Es rayons à la seconde nageoire du

dos; quarante rayons à celle de l'anus; une tache noire sur la partie postérieure de chaque opereule.

6. LE CAR. QUEUE-ROUGE.

Vingt-deux rayons à la seconde nageoire du (Caranx erythrurus.)

dos; dix-huit à celle de Panus; des fila-

7e LE CAR. FILAMENTEUX. mens à la seconde nageoire du dos et à

(Caranx filamentosus.)

{Vinot-deux rayons à la seconde nageoiïire du £ Ni celle de l'anus,

8, LE CARANX DAUBENTON.) dos; quatorze à celle de l’anus; les deux.

(Caranx Daubentoni.) mâchoires également avancées ; la ligne

Vingt-deux rayons à la seconde nageoire du latérale rude, tortueuse , et dorée.

dix-sept rayous à celle #de l’anus; un: grand nombre de bandes transversales et noires sur un fond couleur d’or,

9. LE CARANX TRÉS-BEAU.

Vingt rayons à la seconde nageoire dorsale > (Caranx speciosus.)

DIPELS DIPTO LISTE O NE" 09

SECOND SOUS-GENRE.

Un ou plusieurs aisuillons isolés entre les deux nageoires dorsales.

ESPÈCES, CARACTÈRES, Trois aiguillons garnis chacun d’une petite 10. LE CARANX CARANCGUE.

(Caranxæ carangua.)

membrane, et placés entre les deux na- geoires dorsales; les pectorales alongées jusqu’à la seconde nageoire du dos.

dorsale ; vingt-quatre à celle de l’anus; la TI. LE CARANX FERDAU. (Caranx fergire )

couleur générale argentée ; des taches do- rées; cinq bandes transversales brunes ; un seul aiguillon isolé entre les deux na- geoires du dos.

ue rayons à la seconde nageoire

12. LE CARANX GÆZz7. (Caranx gæz2.)

membrane luisante sur la nuque; la cou- leur générale bleuâtre ; des taches dorées ; un seul aiguillon isolé entre les deux na- geoires dorsales.

Vingt-deux rayons à la seconde nageoire du dos ; seize à celle de l'anus; les carènes

19. LE CARANX SANSUN. latérales de la queue, très-relevées; la

(Caranx sansun.)

couleur générale argentée, éclatante, et sans taches ; un seul aiguillon isolé entre

Vingt-huit rayons à la seconde nageoire dor- sale; vingt-cinq à celle de l'anus; une

les deux nageoires-du dos.

| dix-sept à celle de anus; la couleur gé- 14 LE CARANX KORAB,

nérale argentée ; le dos bleuâtre ; un seul (Caranx korab.)

aiguillon isolé entre les deux nageoires

Vingt rayons à la seconde nageoire dorsale : | du dos,

LE CARANX TRACHURE*.

Les caranx sont très-voisins des scombres ; ils leur ressemblent par beaucoup de traits ; ils présentent presqué toutes leurs habitudes : ils ont été confondus

%* Caranx trachurus.

Saurel, dans plusieurs dépariemens méridionaux de France.

Sieurel, zb1d.

Sicurel, zbid.

Gascon, sur plusieurs rivages de France.

Gascanet , zbid.

Chicharou , sur plusieurs côtes voisines de l'embouchure de la Garonne, et de eelle de la Charente...

Maquereau bâtard, dans plusieurs départemens de France,

Sauro, auv environs de Rome.

Pesce di Spagna, dans la Ligurie.

Paramia, zb:d.

Strombolo , id.

Scad , en Angleterre.

Horse mackrell, 2024.

Müseken, en Allemagne.

Stocker, dans quelques contrées du Nord.

Scomber trachurus. Zinné, édition de Gmelin.

Scombre gascon. Daubenton, Encyclopédie méthodique.

Id. Ponnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique,

Bloch, pl. 56.

Sieurel, ow sicurel. Falmont-Bomare, Dictionnaire d'histoire naëw- relle. |

Mus. Ad, Frid ï, p. 895 ét 2, p. go.

Hasselquist, Te. 363 et 407, n. 84.

Müll. Prodrom. Zoolog. Danic, p. 47, n. 397.

HISTOIRE NATURELLE. Gr

avec ces osseux, par le plus grand nombre des natu- ralistes ; et il est cependant très-aisé de les distinguer des poissons dont nous venons de nous occuper. Tous les scombres ont en effet de petites nageoires au-dessus et au-dessous de la queue : les caranx en sont entiè- rement privés. Nous leur avons conservé le nom géné- rique de caranx, qui leur a été donné par Commerson, et qui vient du mot grec xapæ, lequel signifie zéte. Ce

L}

Amaænit. academ. 4, p+ 249:

Scomber lineâ laterali acuminatä, etc. Artedi, gen. 31, syn. bo.

Tpayepose Athen. lib. 7 Pe 326.

Id. Oppian. Hal. lib, 1, p. 5.

Galen. class. 2, fol. 30, b.

Saurus. P. Jov. c. 19, p. 86.

Salyian. fol. 79, a. b. ad iconem.

Lacertus, sive trachurus. Bellon.

Lacertorum genus , quod trachurum Græci vocant , ete. Gesner, p. 467 et 552.

Trachurus, aut lacertus privatim. Zd. (germ.) fol. 56, b.

Sieurel. Rondelet, première partie, li, 8, chap. 6.

Trachurus. Schonev. p. 75. è

Id. A/ldrov. lib. 2, cap. 52, p. 268.

Id. Jonston, lib. x , tit. 3, c. 3, art. x, punct. b, tab. 21, fig. 8.

Charlet. p. 143.

Trachurus. Willughby, p. 290, tab. S, 12, 8, 22.

Id. Raj. p. 92, n. 8.

Scomber line4 laterali... omnino loricatâ, etc. Gronov. Mus.E,p. 34, n, 80; et Z'ooph. p. 94, 71° 308.

Ara. Kæmpfer, Jap. x , tab. xt, fig.

Marcgrav. Brasil. p. 150.

Pis. Ind. p. 55.

Brit Zoolog. 3, p.22b, n. 3. |

Scomber... line laterali.. loricatä, etc, cs, Helyet. IF, p.264, n. 166.

63 HISTOIRE NATURELLE

voyageur les a nommés ainsi à cause de l'espèce de proéminence que présente leur tête, de la force de cette partie, de l'éclat dont elle brille, et d’ailleurs pour annoncer la sorte de puissance et de domination que plusieurs osseux de ce genre exercent sur un grand nombre de poissons qui fréquentent les rivages. |

Parmi ces animaux voraces et dangereux pour ceux des habitans de la mer qui sont trop jeunes ou mal armés, on doit sur-tout remarquer le trachure. Sa dénomination, qui signifie queue aiguillonnée, vient du grand nombre de piquans dont sa ligne latérale est hérissée sur sa queue, aussi-bien que sur son corps : chacun de ces dards est recourbé en arrière , et attaché à une petite plaque écailleuse, que l'on a comparée, pour la forme , à une sorte de bouclier; et la série longitudinale de ces plaques recouvre et indique la ligne latérale. d

Lorsque l'animal agite vivement sa queue, et en frappe violemment sa proie, non seulement il peut l'étourdir, l’'assommer, l'écraser sous ses coups redou- blés, mais encore la blésser avec ses pointes latérales, la déchirer profondément, lui faire perdre tout son sang. D'ailleurs ce caranx parvient à une grandeur assez considérable, quoiqu'il ne présente jamais une longueur égale à celle du thon: il n'est pas rare de le voir long d'un mètre.

On le trouve dans l'Océan atlantique , dans le grand Océan ou mer Pacifique, dans la Méditerranée : par-

4 à

DES POISSONS. 63

tout il s'avance par grandes troupes, lorsqu'il s’ap- proche des rivages pour déposer ses œufs ou sa liqueur fécondante. Sa chair est bonne à manger, quoique moins tendre et moins agréable que celle du maquereau. Du temps de Bellon, les habitans de Constantinople recher- choient beaucoup le garum fait avec les intestins de ce poisson. |

Les écailles qui couvrent le trachure, sont petites, rondes et molles. Sa couleur générale est argentée. Un bleu verdâtre règne sur sa partie supérieure. L’iris brille d’un blanc rougeûtre. Une tache noire est placée sur chaque opercule. Les nageoires sont blanches : et une teinte noire distingue les premiers rayons de la seconde dorsale *,

La caudale est en croissant; l'ensemble de l'animal comprimé ; la tête grande ; la mâchoire inférieure recourbée vers le haut, plus longue que la supérieure, et garnie, ainsi que cette dernière, de dents aiguës ; le palais rude ; la langue lisse; chaque opercule com- posé de deux lames; et la nageoire de l'anus précédée

d’unepetite nageoire composée de deux rayons.et d’une

membrane. |

* À la première nageoiïre du dos 8 rayons.

à la seconde 34 à chacune des pectorales 20 à chacune des thoracines 6 à celle de Panus 30:

à celle de la queue 20

LAC LR LA NO UC T, Hi

E T

LE CARANX QUEUE-JAUNE:.

LE nombre des rayons que présentent les nageoires du caranx amie, peut servir à le distinguer des autres poissons de ce genre, indépendamment des caractères

+

1 Caranx amia.

Scomber amia. Linné, édition de Gmelin.

Scomber dorso dipterygio, ossiculo ultimo pinnæ dorsalis secundæ prælongo. Artedi, gen. 31, syn: 5x.

Scombre amie. Daubenton, Encyclopédie méthodique.

Id. PBonnaterre, planches de l’Encyclopédie méthodique. ® Nota. Il est utile d'observer que les passages des auteurs et les figures des dessinateurs , rapportés par Artédi, et d’après lui par Daubenton, à leur scombre amie, sont relatifs, non pas à ce poisson , mais au caranx glauque, ou au centronote lyzan , ainsi que nous Pindiquerons en détail dans la synonymie des articles dans lesquels nous traiterons du glanque et du lyzan. Cette fausse application faite par Artédi, a trompé aussi le pre- fesseur Bonnaterre, qui a fait graver, pour son scombre amie, une figure | que Salvian a publiée pour un poisson nommé amia, mais qui cependant

ne peut appartenir qu’à un centronote lyzan.

2 Caranx chrysurus.

Scomber chrysurus. Zinné, édition de Gmélins

Yellow tail (queue jaune). Garden.

Scombre queue jaune: Daubenton, Encyclopédie méthodique. Id, Bonnaierre, planches de l Encyclopédie méthodique.

HISTOIRE NATURELLE 68 particuliers a cette espèce que nous venons d d'exposer dans le tableau des caranx ?.

La queue-jaune habite dans la Caroline; elle y a été observée par Garden. Son nom vient de ie couleur de sa queue, qui est d'un jaune plus ou moins doré, ainsi que quelques unes de ses nageoires. Ses dents sont très- petites, tres-dificiles à voir. On a même écrit que ses mâchoires étoient entièrement dénuées de dents. Une petite nageoire à deux rayons est placée au-devant de. celle de l'anus *.

* À la première nageoire du dos du caranx amie, 5 rayons.

à la seconde a 34 à chacune des pectorales 20. à chacune des thoracines 6 à celle de l’anus 24

2 À la premiere nageoire dorsale du caranx queue-jaune y 9'Tayons.

à la seconde 29 à chacune des pectorales 19 à chacune des thoracines - A à celle de lanus 30 à celle de la queue UNS SE sis22

TOME Ille - 9

LE CARANX GLAUQUE*

Ce poisson ; qu'Osbeck a vu dans l'Océan atlantique, auprès de l’isle de FAscension, a été observé par Conr- erson dans le grand Océan, vers les riväges de Mada- gascar, et particulièrement dans les environs du fort Dauphin élevé dans cette dernière isle. H habite aussi dans la Méditerranée , il étoit très-connu du temps de Pline, et même de celui d’Aristote, qui avoit entendu dire que ce caranx se tenoit caché dans les profondeurs

* Caranx glaucus.

Leccia, sur les côtes de la Ligurie.

Polanda, en esclaÿon,

TAavxes ; €I1 QTECe

Derbio , dans plusieurs départemens méridionaux de France

Biche, ibid

Cabrole, :B:d.

Damo, zbid.

Scomber glaucus. Zinné, édition de Gmelin. |

Scombre glauque, Daubenton , Encyclopédie méthodique,

Id. Bonnaterre, planches de l Encyclopédie méthodique.

Scomber dorso dipterygio, ossiculo secundo pinnæ dorsalis altissimo. Artedi, gen. 32,Syn, 5x.

Mus. Ad. Frid. 2, pe 89e

Scomber Ascensionis. Osbeck, 11. 296.

Derbio. Rondelet, première partie, liv. 8, chap. 15.

Glaucus. Plin. lib. 9, cap. 16.

Caranx lineâ laterali inermi, maculisque signaté quatuor nigris, ante- rioribus duabus majoribus. Commerson, manuscrits déja cités.

Glaucus (derbio.) Fæ/mont-Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle.

HISTOIRE NATURELLE. 67

de la mer pendant les très-orandes chaleurs de l'été. La couleur générale de cet osseux est indiquée par le. nom qu'il porte : elle est en effet d’un bleu clair mêlé d'une teinte verdâtre; quelquefois cependant elle paroît d'un bleu foncé et semblable à celui que présente la mer agitée par un vent impétueux. La partie inférieure de l'animal est blanche. On voit souvent une tache noire à l'origine de la seconde nageoire dorsale et à celle de la nageoire de l'anus; et quatre autres taches noires, dont les deux premières sont les plus grandes, sont aussi placées ordinairement sur chaque ligne latérale.

Le second rayon de la seconde nageoire du dos est très-haut, et le premier aiguillon de la première na- geoire dorsale est tourné, incliné, et même couché vers la tête. Une petite nageoire à deux rayons précède celle de l'anus *. |

La chair du glauque est blanche, grasse, et commu- nément de bon goût. a

* A la nageoire du dos | 7 rayons, à la seconde .26 à chacune des pectorales | 20 à chacune des thoracines 5 à celle de l'anus 25

à celle de la queue, qui est très-Fourchue, 20

LE CARANX BLANC ET

LE CARANX QUEUE-ROUGE:

LA mer Rouge nourrit le caranx blanc, que Forskael a décrit le premier, et dont la couleur générale blanche ou argentée est relevée par le jaune qui règne sur les côtés de l'animal et sur la nageoire caudale. Un rang de petites dents garnit chaque mâchoire. Chäque ligne latérale ‘est révêtue, vers la queue, de petites pièces écailleuses. Les écailles proprement dites qui recou- vrent le caranx ; sont fortement attachées. La pre- mière nageoire du dos forme un triangle équilatéral*.

LI

2 Caranx albus. Scomber albus. Linné, on de Gmelin. Forskael, Faun. Arab. p. 56, n. 75. * Scombre sufnok. Bonnaterre, Tree PPROFEOPEUE Herhvatnes 2 Caranx erithrurus. | Scomber hippos. Zinné, édition de Gmelin. Scombre queue-rougé, Daubenton, Encyclopédie méthodique.

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.

3 À la membrane des branchies du caranx blanc, 8 raÿons.

à la première nageoire dorsale | 8 à la seconde 25 à chacune des pectorales 22 à chacune des thoracines 5 à celle de l’anus 20:

à celle de la queue 17

PAPSÉIDO MR ETON AT U RE L LE: 6g

On voit une petite nageoire composée de deux rayons au-devant de l'anus du blanc, aussi-bien qu'au-devant de l'anus du caränx queue-rouge. Ce dernier a été ‘observé dans la Caroline par Garden, et à l’isle de Tahiti par Forster. Il montre une tache noire sur chacun de ses opercules. Sa seconde nageoire du dos est rouge, comme celle de la queue; les thoracines et l’anale sont jaunes. La partie postérieure de chaque ligne latérale est comme hérisséé de petites pointes. Les deux dents de devant sont, dans chaque michoie, plus grandes que les autres *

RE ——————

:* A Ja première nageoire dorsale du caranx queue-rouge, 7 rayons. à la seconde

22 à chacune des pectoralés | 22 à chacune des thoracines 6 à.celle de l'anus | 40 à celle de la queue | 30

LE CARANX FILAMENTEUX:

C'EsT au célèbre Anglois Mungo Park que l'on doit la description de ce caranx, que l’on trouve en Asie, auprès des rivages de Sumatra. Le nom de f/amenteux que Mungo Park lui a donné , vient des filamens qui garnissent la seconde nageoire dorsale, ainsi que celle de lanus. La couleur générale de ce poisson est argentée, et son dos est bleuâtre ; ses écailles sont petites , mais fortement attachées. Le museau est arrondi ; l'œil grand ; Piris jaune; chaque mâchoire hérissée de dents courtes et serrées : chaque opercule formé de trois lames dénuées d’écailles semblables à celles du dos ; la nageoire caudale fourchue ; la petite nageoire qui précède celle de l'anus, composée de deux rayons, dont l'antérieur est le moins orand. Les pectorales sont en forme de faux ; la première du dos peut être reçue dans une fossette longitudinale :.

# Caranx filamentosus. | A

Scomber filamentosus. Munso Park, Transact. de la société linnéenne de Londres, vol. 3. 8 À la membrane des branchies